La question des médias et de la liberté de presse ressurgit au lendemain des élections. Point focal : les télés. Comme en 2011 et 2014, celles-ci ont «choisi leurs camps». Opté pour des «chapelles». Dans les démocraties matures, l’attitude eut été réprouvée. Là-bas, en pareil contexte, on fait clairement la distinction entre ligne éditoriale et égalité de l’information. Les chaînes gardent bien sûr leur liberté de commentaire, mais en durée de passage, en temps de parole, elles observent la stricte répartition entre partis et candidats.
Le cas de la «Tunisie révolutionnaire» diffère obligatoirement. Le pays sort de 60 années de régimes autoritaires. Le traumatisme survit. Et le besoin de «compenser» est vécu comme une urgence. Jusque par les médias. Après le 14 janvier 2011, on s’en souvient bien, «la fracture médiatique» avait vite imité «la fracture politique». Conservateurs contre modernistes. Révolutionnaires contre réactionnaires. Religieux contre laïcs. En 2014, idem ou presque : la Tunisie de Nidaa face à la Tunisie d’Ennahdha. Réunies dans la gouvernance, séparées dans le discours. A travers journaux et plateaux.
Avec les élections de 2019, quoi qu’on ait dit, interprété ou supputé, le fond du pays ne bouge pas. L’idéologie répond toujours à l’idéologie. Dans l’audiovisuel privé, la démarcation est nette, malgré les nuances prises, les tons, les dissimulations. Et la palette est visible pour tout le monde. Parfaitement reconnaissable désormais. On sait «qui plaide pourquoi». «Qui roule pour qui».
Des «affaires» éclatent surtout. Celle d’EL Hiwar Ettounssi, par exemple, et, plutôt dans le prolongement, celle, imminente, de Sami El Fehri.
El Hiwar Ettounssi essuie à ce jour les attaques féroces  de l’électorat du président Kais Saïed. La raison : les  réserves émises à propos d’un projet politique estimé «incertain», sinon, d’après quelques chroniqueurs, d’«illusoire». La profession s’est émue de ces attaques et a dit craindre pour ses acquis. Mais les partisans du tout nouveau chef de l’État n’en ont apparemment cure. Ils insistent encore. Le parti pris politique menace les libertés. C’est ce qui se clame un peu partout aujourd’hui.
S’agissant de Sami El Fehri, il semble que les tensions soient autrement plus marquées. La ligne éditoriale d’El Hiwar a basculé à la veille des élections. La coalition au pouvoir ne semble pas apprécier. Étrangement, le dossier «Cactus» vient de refaire surface. Le 26 décembre prochain sera la réouverture de procès pour Sami El Fehri. Des doutes réapparaissent en un mot. Qu’en est-il de la politique et de la justice, de leur rapport avec les médias, avec l’audiovisuel en particulier ? Qu’en est-il de l’audiovisuel et des médias eux-mêmes ?
L’état des lieux ne donne pas de réponses claires encore. Mais tout avance vite, en ce moment, cela ne saurait tarder.

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