L’écologie industrielle fait ses premiers pas dans une politique qui a, depuis des décennies, restreint la problématique environnementale au seul ramassage des déchets ménagers et solides et à la préservation —quoique imparfaite— de la propreté des villes. Introduire la notion écologique dans les zones industrielles acquiert pourtant une importance vitale afin de préserver la qualité de vie dans les régions à vocation industrielle, à protéger l’environnement et l’écosystème particulièrement et à orienter ce secteur fondamental à la dynamique économique vers une approche plus saine et plus rentable.

Lors de l’organisation, par le Citet, de la journée d’information sur l’écologie industrielle, mardi dernier, M. Omar Zouaghi, directeur de la gestion des déchets industriels à l’Agence nationale de gestion des déchets (Anged) a rappelé les ébauches de la stratégie nationale de gestion des déchets, lesquelles remontent aux années 90. La stratégie avait pour assises les défis écologiques internationaux, visant la réduction des nuisances de la pollution industrielle. Aujourd’hui, cette notion suit une évolution de taille puisqu’il convient, désormais, non pas de bien gérer les déchets produits mais de les réduire à la source pour incarner une culture écolo-industrielle. «Cette vision est fondée sur des principes bien déterminés. Les producteurs des déchets doivent trouver des récupérateurs à même de valoriser les déchets.

Quant aux pollueurs, ils sont amenés à assumer des pénalités en contre partie de leur nuisance à l’environnement», a-t-il indiqué. Et afin de réduire les coûts de la gestion des déchets, la Tunisie a ratifié plusieurs conventions internationales, lui permettant d’exporter les déchets organiques, industriels et solides.

Les ébauches de la stratégie écologique

Aussi, et depuis les années 90, la Tunisie a-t-elle réussi à diminuer la quantité des déchets produits, de les valoriser les matières recyclables, d’améliorer le cadre institutionnel et d’implanter des décharges contrôlées, spécifiques à chaque catégorie de déchets. Ces derniers se répartissent, en effet, en trois catégories : les déchets dangereux, les déchets ménagers et les déchets ultimes ou non récupérables. La mise en place du système de gestion des déchets a nécessité des efforts qui se sont étalés sur une décennie. Depuis sa création en 2005, l’Anged assure la gestion des différentes filières. Plusieurs projets environnementaux ont été établis à l’instar d’éco-lef pour le recyclage du plastique, éco-zit, pour la valorisation des déchets d’huile, éco-fibre, pour la valorisation des déchets en fibres ainsi que éco-batterie pour la gestion des batteries périmées.

«De 2007 à 2017, nous avons misé sur l’installation de stations de traitement des déchets industriels spéciaux à Sfax, à Zaghouan et à Gabès. Certes, ces stations n’ont pas été exploitées, et ce, à cause de la rude opposition des habitants des régions concernées. Des concessions sont en cours dans l’optique de rendre ces stations opérationnelles. Nous avons aussi entamé les exportations des déchets vers Bâle», a-t-il ajouté. Le centre de Bizerte recevra, désormais, tous les déchets qui ne sont pas pris en charge par la décharge de Jradou. Ledit centre sera opérationnel en 2021.

Une information défaillante

En dépit des efforts fournis par les parties concernées, l’équation gestion des déchets/écologie industrielle demeure irrésolue. Présents massivement à la rencontre, les représentants des Groupements de maintenance et de gestion des zones industrielles (GMGs) n’ont pas hésité à mettre le doigt sur les différents hics et à crever l’abcès d’une panoplie de projets laissés au stade théorique. M. Abdelwaheb Zarrad, président de l’Association tunisienne des groupements de maintenance et de gestion des zones industrielles, a dénoncé la stagnation des lois réglementant ce secteur et l’absence de financements à même de soutenir les GMGs dans leurs actions.

D’autant plus que la création de la police environnementale relevant du ministère de l’Intérieur a, à son sens, enfoncé le clou, entravant ainsi à la mobilisation des agents municipaux, habitués à relever les infractions environnementales. Il a même reproché à l’Anged le manque de vulgarisation de l’information sur les déchets dangereux aussi bien auprès du public qu’auprès des industriels. Un autre environnementaliste a reproché aux parties concernées l’application de pénalités exhaustives aux détriments des industriels sans pour autant prendre la peine de les orienter vers les sociétés de collectes spécialisées ni vers les décharges contrôlées. «Certaines industries avoisinent des oueds, lesquels sont utilisés comme des décharges engloutissant toute sorte de déchets, ce qui est aberrant», a-t-il indiqué.

GMG : en manque de financement

Les débats ont porté, également, sur les approches individuelles de chaque entreprise en matière de gestion des déchets. Les interventions des GMG n’impactent pas tout le système et se limitent aux seules entreprises sensibilisées. «En 2015, et grâce à l’appui financier de la GIZ qui était de l’ordre de 20 mille dinars pour l’année 2015/ 2016, l’Association a mis en œuvre un projet de ramassage de papier ; une action purement écologique et loin d’être rentable.

Le projet a été mené à bien grâce à la collaboration des industriels. Certes, ces projets ne sont pas d’un effet colossal par comparaison avec les problématiques écologiques dans notre pays. Dans certaines régions, poursuit M. Zarrad, la situation est purement catastrophique. Néanmoins, un financement régulier des GMG serait d’un grand apport et permettrait de se frayer un chemin vers l’écologie industrielle».

Le grand écart !

Parmi les participants, certains ont mis en exergue l’écart faramineux entre le tableau utopique que dressent les exposés et les interventions, d’une part et la réalité telle qu’elle est vécue par le citoyen et par les industriels, d’autre part. D’autres ont attiré l’attention sur le problème des décharges non contrôlées et la diversité inquiétante des déchets qui y sont jetés chaque jour…Des déchets dangereux et autres non dangereux certes, mais qui le deviennent foncièrement sous l’effet de la température et de l’infection du sol, sont exploités par des ferrailleurs clandestins. «A la moindre pluie, il devient dangereux d’y mettre les pieds ! Des métaux lourds sont amassés ainsi que des déchets domestiques et des gravats alors qu’il conviendrait de les collecter et de les exporter», a souligné l’un des participants, appelant les parties concernées à prendre au sérieux des lots convertis en décharges anarchiques, implantées dans les villes.

Manifestement, l’ancrage de la culture écolo-industrielle nécessite la prise de mesures incitatives à la protection de l’environnement ; des mesures qui passent par l’accès à l’information, à l’orientation des industriels vers les sociétés de collecte spécialisées et vers les entreprises dont le potentiel les habilite à valoriser les déchets et à réduire sensiblement et leur quantité et leur nuisance sur l’environnement.
Le Citet s’active dans ce sens et interpelle un réseau comptant aussi bien des institutions nationales, des ONG et des partenaires internationaux. Toutefois, ce réseautage doit prendre plus d’ampleur et de notoriété. La recherche de fonds s’impose pour réussir des projets écolo-industriels et introduire l’économie circulaire dans la politique économique et environnementale.

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