Si le pays a changé, si nous avons, nous-mêmes , changé, ou si ce sont nos médias qui n’en ratent plus une, qui nous déterminent en nous inondant d’informations et d’«événements», la question est fréquente, mais la réponse nous paraît simple : c’est ceci et cela à la fois.

Evidence, d’abord : après une si longue dictature, la Tunisie et les Tunisiens ne pouvaient rester les mêmes. Il leur fallait extérioriser des rancœurs, rattraper des privations, dégager des «ennemis». Ils l’ont fait. Dieu merci, grâce, aussi, au bon legs bourguibien, ils n’en ont pas abusé. Ils ont laissé faire l’administration et les structures de l’Etat. De telles expériences modifient les caractères, néanmoins. Les modes de vie et les comportements. On plaint, aujourd’hui, le laisser-aller de nos compatriotes, leur indiscipline, leurs «incivilités», ce ne sont peut-être que «réactions» inconscientes à une oppression passée.

Seconde évidence : les médias se sont multipliés, privatisés, commercialisés, l’information s’est libérée. Il en résulte qu’ils se partagent désormais entre vérité et argent. De plus en plus, en fait, vers le «buzz», le «sensationnel», vers ce qui brasse et agite des foules, ce qui explose les audimats, et de moins en moins vers ce qui est authentifié, vrai, prouvé.
Peuple libéré, «revanchard», et médias pris dans l’appât du gain : l’addition n’est pas l’idéal, on s’en doute bien.

A commencer par la pratique, planétaire, de la rumeur et des «fake news». D’énormes taux d’écoute, des records de suivi, des montagnes de recettes et de bénéfices, mais au bout du compte, reconnaissons :avec quel espèce de gâchis ? Régulièrement, voire systématiquement, ce sont des drames irréparables, de fausses nouvelles qui détruisent des réputations, qui séparent des couples, déstabilisent des relations.
Ce sont aussi de vrais traumatismes psychologiques. Pire, qui peuvent menacer la sécurité des personnes, des Etats. Telles ces fausses annonces de décès. Nos réseaux sociaux en ont regorgé ces derniers mois. Les auteurs exultent, semble-t-il. Ils se prévalent d’audience, d’argent. En comparaison des risques encourus, avec les conséquences subies, cela vaut-il vraiment le cas ?

Qui d’entre nous ne garde encore souvenir et frayeur d’un certain «jeudi noir» et de la fausse info du décès du président Essebsi ? Le pays avait failli sombrer dans un complot.
A souligner, surtout, les effets culturels de la «mixture». Les Culturalistes, plutôt. Le mot désigne mieux la posture, l’attitude qui prétexte de valeur. Les Tunisiens , victimes du régime de Ben Ali, n’attendaient que d’être confortés au lendemain de la révolution. Les plateaux télé s’en sont littéralement occupés. Au point de tromper tout le monde sur leur nouveau motif: gagner le marché. Plus la révolution.

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Un commentaire

  1. Houda Ben El Haj Salem

    01/12/2019 à 11:15

    Merci si Khaled on a besoin de cette reflexion

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