Amdoun, bien sûr, aurait dû accaparer, seul, ce «récap semaine». Des infortunes pareilles endeuillent les nations. La douleur est telle qu’il n’y a, apparemment, de consolation que dans les mots. Reste que dans notre cas, dans le cas de cette Tunisie qui est passée par tout, qui a connu la libération et l’Indépendance, qui a vécu l’édification, qui a enduré la dictature et qui bâtit aujourd’hui sa révolution, le sentiment est un sentiment de lassitude. Des années que le problème des drames de la route revient dans le débat politique et médiatique.

Des années que ces statistiques ascendantes, effarantes, s’affichent au regard de toute une population, de tout un pays. Des années, maintenant, que l’on en ressasse les causes : l’excès de vitesse, l’indiscipline, l’état des routes surtout. Des années, mais rien n’est fait encore. L’infrastructure périclite en continu. Et le nombre de victimes ‘atteint toujours des records en comparaison avec l’Afrique et le monde arabe. 4 morts et plus de 150 blessés au quotidien, c’est la moyenne officielle depuis fin 1990, il y en a eu 50 d’un seul «coup» dimanche 1er décembre à Amdoun. L’effet est sans doute énorme, mais le taux de gravité demeure égal. En parler, multiplier les discours lasse en fin de compte. On préférera, cette fois-ci encore, espérer et attendre l’action.

Moins «spectatulaire», mais tout aussi sérieux et sujet à regret, le clash qui a opposé Klay BBJ et Beya Zardi. Jeune rappeur et chroniqueuse mature. Pourquoi sérieux ?Le clash est léger, futile même, on le sait. Avec et en prévision du buzz, il sert en règle générale à allumer les shows et les plateaux et à financer les télés. Là, cependant, on est passé aux insultes réciproques, aux menaces, puis, sur initiative du rappeur, à un clip vidéo incitant, tout bonnement, au viol de la chroniqueuse.

Soit, dès lors, la justice a fait son travail. Klay BBJ est aux arrêts et attend de passer en jugement. Pour nous, néanmoins, le problème réside ailleurs.

Il est d’abord dans le fait qu’à cet instant, le premier concerné, l’auteur du délit, «l’incitateur au viol», n’a visiblement pas compris où était sa faute. Ses dernières déclarations, avant le mandat de dépôt, montrent au contraire, qu’il se considère «bien dans son droit». Voire :il désigne d’un doigt vengeur la chaîne qui a diffusé le clash. On parle, ici, d’un artiste de grande audience, qui écrit des textes et qui compose des musiques, mais qui ne fait hélas la distinction ni juridique ni morale entre échanger des insultes et inciter à un viol.

Le problème, ensuite, et c’est le pire regret, est que d’autres artistes, aussi courus, aussi influents, se mettent, là, comme à «chercher des excuses», à «partager des torts». Soi-disant au nom de la solidarité professionnelle. A la vérité, masculine ( ?!?). Voilà où en serait la culture citoyenne (la culture tout court ?) de quelques-uns de nos gens de scène émergés après la révolution. A verser d’une manière ou d’une autre dans le sexisme, la misogynie. A confondre «crime et échange de propos». Simplement malheureux !

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