Abir Moussi, avocate de formation, présidente du Parti destourien libre, députée à la tête d’un bloc parlementaire qui compte 17 élus et qui occupe la cinquième position dans l’échiquier politique. Elle est devenue un visage public, une femme politique connue pour sa loquacité, pour son caractère de fonceuse et pour cette désagréable habitude qui frise la discourtoisie de ne laisser personne parler avec elle. Ce défaut s’est avéré minime au regard d’autres qui sont en train de refaire surface et de lui faire perdre petit à petit son capital sympathie auprès des Tunisiens, initialement fans de Mme Moussi.

Si l’on veut remonter à la construction du personnage, on dirait que Abir Moussi s’est opposée, un certain 2 mars 2011, presque seule, à une salle archicomble, en tant qu’avocate de la défense, contre la dissolution du RCD. L’on se rappelle comment les esprits se sont échauffés, comment elle a été dégagée du tribunal. Brutalisée, la police l’exfiltre précipitamment, la sauvant d’un lynchage presque assuré. Une partie des Tunisiens qui honnissent le RCD, ses sbires, ses dirigeants et leurs méthodes ont éprouvé pour elle de la sympathie, voire de l’admiration à l’endroit d’une femme qui va jusqu’au bout de ses convictions, quitte à être seule contre tous. Abir Moussi est née politiquement ce jour-là.

Ensuite, munie d’une assez bonne intuition, une facilité à parler en public et moyennant des alliances avec des personnalités politiques qui ont pesé de leur poids pour constituer un parti. Lui cédant toute la place, elle est propulsée présidente du PDL. Un boulevard s’ouvre devant elle. Le parti se réclame destourien, farouche opposant aux « frères musulmans ». Son identité politique repose sur ces deux fondamentaux. Les partisans réunis autour de cette formation sont à grands traits des Tunisiens farouchement laïques, opposés à Rached Ghannouchi et au parti Ennahdha, et qui n’acceptent ni de près, ni de loin, la moindre alliance avec « El Ikhouan ».

Seulement, avec l’ancrage politique, apparaissent les ambiguïtés. Abir Moussi a enjambé deux décennies pour s’approprier l’esprit destourien, mais encore bourguibien. Elle se réclame désormais adepte du «  Fikr el Bouruigbi » ?! Comment et par quel miracle ou plutôt quelle combine ? A-t-elle fait des révisions idéologiques ? A-t-elle reconnu les erreurs et les errements de Ben Ali ? Que Dieu lui pardonne. Pas du tout.

En revanche, Abir Moussi place à l’Assemblée le portrait de Habib Bourguiba sur son pupitre. Faut-il rappeler que le Destour de Bourguiba n’est pas le même dont se réclame le RCD, dont elle était le porte-drapeau, et qu’elle avait tout naturellement voulu défendre au tribunal, ce fameux jour du mois de mars 2011.

Pour rappel, le président Ben Ali a tenté d’effacer tout ce qui fait référence à son illustre prédécesseur, Bourguiba, à son progressisme, à l’idéal qu’il défendait, à ses valeurs destouriennes. La statue équestre a été déplacée de l’avenue. Bourguiba, vieux et malade, a été isolé, malmené, privé de voir ses proches, sans parler du reste. A sa mort,  les Tunisiens ont été  privés d’exprimer leur douleur, leur deuil de perdre le père de la Nation.

Abir Moussi croyait que par le vocable destour, elle pouvait effacer d’un trait deux décennies de servitude volontaire de sa part, imposée à la plupart des Tunisiens, et faire main basse sur l’héritage bourguibien dans une grande opération de hold-up historique. Comment peut-on comparer Bourguiba, avec ses erreurs, à un homme qui a mis le pays en coupe réglée, qui a martyrisé ses opposants et qui a laissé tout un peuple aux ordres de sa famille. Comment vouloir les lier par le mot destour, en effacer les antinomies intrinsèques qui opposaient les deux hommes.

Enfin, Abir Moussi est farouchement opposée à la révolution. Pour rappel enfin. Se couvrir d’une couette à l’intérieur d’une institution, ou en s’adossant à ses murs, est une pratique consacrée notamment par la révolution du 14 janvier,  avec la Kasbha 1 et 2. Des Tunisiens venus à pied de toutes les régions du pays revendiquer une Constituante. Ils se sont enveloppés de couettes, de draps, parfois de rien et ont dormi à la belle étoile. C’est cette révolution qui permet aujourd’hui à Abir Moussi et à son groupe d’occuper une institution de l’Etat et d’y passer la nuit, couverts de couettes jaune et rose fleuries. Si on déteste à ce point un événement historique, ne serait-ce que par honnêteté intellectuelle, il ne faut pas en adopter les pratiques.

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Un commentaire

  1. Othman Rassaa

    09/12/2019 à 12:39

    Mme Hella, Le RCD n’est qu’une continuation du parti destourien, Ben Ali n’a fait que changer le nom et réduire et occulter l’empreinte de Bourguiba. Par ailleurs, Mme Abir ne reconnait la révolution de 2011 rien que parce qu’elle a amené les islamistes au pouvoir.

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