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Petite histoire de la Cathédrale Saint-Louis à Carthage

Le roi Charles X avait obtenu, en 1830, quelques jours après la prise d’Alger, du gouvernement tunisien, un emplacement sur lequel est mort, en 1270, le roi saint Louis avec les représentants les plus illustres de la noblesse française, qui succombèrent comme lui, frappés par la peste. Ces précieux souvenirs avaient été complètement abandonnés ; il appartenait à la monarchie légitime de les ressusciter et de les consacrer par un monument digne d’eux : c’est ce qu’entreprit Charles X. Mais il tomba avant d’avoir pu achever son œuvre. Après bien des lenteurs, le gouvernement de Juillet, réalisant cette pensée, fit élever, sur le terrain cédé par le Bey, une chapelle dédiée à saint Louis, avec les constructions nécessaires à l’habitation d’un aumônier et d’un gardien.

M. Victor Guérin, chargé d’une mission officielle en Tunisie quelques années plus tard, s’est fait l’éloquent interprète de ces sentiments de pudeur nationale, en demandant que la chapelle du saint roi ne restât pas abandonnée comme elle l’était alors, et surtout qu’elle fût construite dans des dimensions moins indignes de sa destination doublement sacrée.

C’est à ces vœux chrétiens et patriotiques que Mgr Lavigerie a bien voulu répondre; il a commencé par obtenir du gouvernement que le service religieux de la chapelle fût confié aux missionnaires récemment fondés par lui à Alger ; il a entrepris ensuite de construire, à la place de la chapelle actuelle qui contient à peine quinze personnes, une église monumentale sur les murs de laquelle seraient rappelés les noms des familles françaises dont les ancêtres trouvèrent une mort sainte et glorieuse dans ces lieux mêmes, il y a plus de huit siècles.

Déjà, grâce à la générosité des plus grandes familles de France, à la tête desquelles Mgr le comte de Chambord et les princes de sa maison ont daigné s’inscrire, une partie des fonds nécessaires pour réaliser cette entreprise a été souscrite. C’est pour régler les derniers détails de l’œuvre de Saint-Louis, que Mgr l’archevêque d’Alger, qui en a été le promoteur, est venu à Tunis.
Mgr l’archevêque d’Alger a rencontré dans le gouvernement du bey les dispositions les plus favorables, qu’il a été nommé grand’croix de l’ordre tunisien et décoré par le bey en personne devant la foule des musulmans. Pendant tout le temps de son séjour à Saint-Louis, l’archevêque n’a cessé d’être entouré d’une multitude de tunisiens musulmans.

Choix du site
Hussein bey ne pouvait faire à Charles X un don plus exceptionnel, car on n’avait vu encore aucun prince musulman aliéner volontairement même une parcelle de son territoire en faveur d’un prince chrétien.
Le consul général de France eut, en outre, la faculté de déterminer l’emplacement et de prendre autant de terrain qu’il le jugerait nécessaire. M. Matthieu de Lesseps chargea de cette mission son fils, M. Jules de Lesseps. Celui-ci, après avoir attentivement examiné les ruines de Carthage, décida que la chapelle serait construite sur Byrsa même, au centre de l’acropole punique, sur le temple d’Esculape (Eschmoun).
Le roi Louis-Philippe donna son approbation à ce projet, et M. Germain, architecte, fut chargé de l’érection du monument.
Diverses raisons avaient déterminé le choix de l’emplacement.

Joinville rapporte que le roi de France, ayant débarqué sur la plage de Carthage, établit un camp contre un castel arabe situé sur une colline qui dominait la mer. L’acropole est encore le seul point des environs qui réponde bien à cette description. C’est donc là que Louis IX a dû expirer. L’étude de la topographie du terrain compris entre la mer et Tunis démontre que c’est là que Louis IX, battu et rejeté des murs de cette ville, ne pouvait, avant de reprendre la mer, faire autre chose que se placer sur une éminence pour assister à l’embarquement des troupes et pour surveiller l’ennemi du côté du lac. A son arrivée, le roi de France avait débarqué à peu près au même point, c’est-à-dire entre les citernes du bord de la mer et la maison de l’ancien premier ministre Sidi Mustapha.
A la place même où s’élève l’autel du saint roi, la fable a placé le bûcher de Didon. C’est là aussi que régnaient les maîtres de l’Afrique, de la Sicile, de la Sardaigne, des îles de la Méditerranée, de l’Espagne : Magon le Grand, Amilcar. C’est de là que partaient, avec Hannon, ces expéditions audacieuses qui découvraient les côtes de l’Océan, les îles Britanniques, l’Islande, et même cette Amérique que le monde ancien devait perdre et que Colomb devait retrouver un jour.

C’est là que Régulus devait, selon la belle parole de Bossuet, se rendre plus illustre par sa prison que par ses victoires. C’est de là que part Hannibal pour balancer un moment la fortune de Rome et revenir assister à la ruine de sa patrie. C’est là qu’apparaissent, tour à tour en vainqueurs et en fugitifs, les deux Scipions, Marius, César, Caton, et plus tard Genséric avec ses Vandales, et Bélisaire, et enfin les farouches khalifes qui étendent pour des siècles sur tant de ruines le voile sanglant de l’oubli. Et, au milieu de ces sombres figures, les douces images de Cyprien, de Félicité, de Perpétue, d’Augustin, de Monique, cette autre mère d’un autre roi qui ne monta pas il est vrai sur un trône, mais qui n’en règne pas moins depuis des siècles sur les esprits et sur les cœurs.
La chapelle fut commencée en 1841, et consacrée le 25 août 1845, par Mgr Sutter. Les découpures sur plâtre, qui ornent le plafond de la chapelle et le maître-autel, rappellent les travaux de l’Alhambra.

Au fond du sanctuaire, une magnifique statue de marbre noir représente le saint roi en costume fleurdelisé, avec le sceptre et la couronne. La statue est de M. Seurre. Elle a été transportée, de la mer sur la colline de Byrsa, à force de bras, par les soldats musulmans du bey.
En avant, vers le sud, un large corps de bâtiment fut construit et réservé aux aumôniers. A droite et à gauche, l’architecte a ménagé deux petits péristyles où sont encastrés des fragments de pierres antiques trouvées dans les fondations.
Parmi les inscriptions, ainsi conservées, il existe quatre inscriptions romaines.
Au pied de la chapelle, vers le nord-est, un petit cimetière qui garde les dépouilles des marins français morts en rade de La Goulette et d’autres, en l’occurrence Mgr Lavigerie, Saint Louis et son tombeau.
La chapelle de Saint-Louis fut placée sous la dépendance du consulat général de France à Tunis et sous la juridiction ecclésiastique du vicaire apostolique de Tunis. Depuis 1875, elle est desservie par des Religieux que Mgr Lavigerie a détachés de la mission du Sahara et du Soudan.

Lettre du Bey au consul général chargé des affaires du Roi,
M. LESSEPS.
Louanges à Dieu l’unique, auquel retourne toute chose !
«Nous cédons à perpétuité à Sa Majesté le Roi de France un emplacement, dans la Maalga, suffisant pour ériger un monument religieux en l’honneur de Louis IX, à l’endroit où ce prince est mort. Nous nous engageons à respecter et à faire respecter ce monument consacré par l’Empereur de France à la mémoire de l’un de ses plus illustres aïeux.
Salut de la part du Serviteur de Dieu, Hussein-Pacha-Bey.
Que le Très-Haut lui soit favorable! Amen.
Fait au Bardo, le 8 août 1830.
Source : Sainte-Marie,
Évariste-Charles Pricot
de La Tunisie chrétienne
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Un commentaire

  1. suzanne Feugeas

    17 avril 2023 à 13:47

    En tant que professeur d’histoire, et ayant passé les 7 premières années de ma vie en Tunisie, j’apprécie énormément ce document exceptionnel qui m’a intéressée très personnellement.

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