Droit dans ses bottes, et malgré les menaces d’Ennahdha et les mises en garde de Qalb Tounès, Elyes Fakhfakh a réitéré son ferme engagement à former un gouvernement sans Qalb Tounès.


Un jour après la prestation télévisée mitigée du Président de la République, le chef du gouvernement désigné a tenu hier lors de sa conférence de presse à réaffirmer son attachement et peut-être même sa loyauté envers Kaïs Saïed, l’homme sans qui il n’aurait jamais pu espérer aspirer à une éventuelle présidence du gouvernement. S’il ne va pas jusqu’à accepter d’être qualifié de «premier ministre» au service du président, Elyes Fakhfakh admet volontiers qu’il travaille harmonieusement et fièrement avec le Chef de l’Etat. Tout porte à croire donc que Kaïs Saïed n’est pas uniquement celui qui l’a chargé de former un gouvernement en vertu de l’article 89 de la Constitution, mais qu’il est l’un des principaux acteurs du processus de formation du même gouvernement.

D’ailleurs, même si la question avait été éludée lors de l’interview accordée jeudi soir par le président de la République, il est évident que l’exclusion de Qalb Tounès des négociations est une décision prise à Carthage entre Elyes Fakhfakh et Kaïs Saïed. Droit dans ses bottes, et malgré les menaces d’Ennahdha et les mises en garde de Qalb Tounès, Elyes Fakhfakh a réitéré son ferme engagement de former un gouvernement sans Qalb Tounès. Mais sans l’aval d’Ennahdha, principale formation politique de l’hémicycle, cette politique jusqu’au-boutiste, pourrait valoir à Elyes Fakhfakh le même sort que son prédécesseur Habib Jemli, en l’occurrence l’impossibilité de réunir les précieux 109 voix le jour du vote de confiance.

Une rapide lecture des positions d’Ennahdha, qui souhaite un gouvernement d’union nationale qui engloberait Qalb Tounès, la Réforme Nationale qui ne semble pas entretenir de bonnes relations avec le chef du gouvernement désigné, nous permet de conclure qu’au pire le gouvernement ne passera pas. Au mieux, il obtiendra le vote de confiance avec une courte majorité. Pourtant, et en dépit de cet épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête, Elyès Fakhfekh s’est voulu confiant lors de son allocution devant les journalistes. Selon lui, les concertations qui ont abouti à l’adoption du document de référence pour la formation du gouvernement ont été «très positives». Dans les médias, la garde rapprochée d’Elyès Fakhfakh laisse entendre que les réactions négatives affichés par certains dirigeants d’Ennahdha ou de la Réforme Nationale ne sauraient être autre chose que de la tactique politique et qu’en fin de compte, tout le monde fera «le choix de la raison».

Sur le fond, le document révisé et renvoyé aux partis de la probable future coalition, n’apporte rien de nouveau. La maîtrise des prix, la lutte contre la corruption, la mise en place des institutions constitutionnelles, ou encore la conquête économique de l’Afrique sont des thématiques qui ont toujours plus ou moins existé dans l’ensemble des programmes électoraux des partis et dans les discours des chefs de gouvernement qui se sont succédé.
En appelant de ses vœux à la formation d’un gouvernement formé de la première ligne des partis qui le compose, Elyes Fakhfekh souhaite à la fois alléger le poids de la responsabilité et rendre finalement possible ce qui n’est jusqu’à présent qu’un slogan. «Mon but n’est pas de former un gouvernement mais de bâtir une nouvelle Tunisie», a-t-il ainsi dit lors de sa conférence de presse.

Conformément à la Constitution tunisienne, Elyes Fakhfakh dispose jusqu’au 19 février prochain (30 jours) pour annoncer son gouvernement avant d’aller devant l’Assemblée des Représentants du Peuple pour un vote de confiance. D’ici là, le chef du gouvernement désigné devra faire appel à ses talents de manager acquis tout au long de sa vie professionnelles pour arrondir les angles.

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