Avec ou sans gouvernement, la Tunisie ne sera plus comme avant. Cela fait, presque, une dizaine d’années que le pays est gouverné par des équipes qui n’ont jamais eu d’unanimité. C’est juste si elles arrivaient à fonctionner pour quelques mois ou un peu plus d’une année. Ce laps de temps n’était pas suffisant pour engager des réformes et des programmes de restructuration ou de mise à niveau de l’économie.
Aucun pays au monde ne peut prétendre mener une politique cohérente sans un planning et des objectifs bien définis. De tels objectifs sont le résultat d’un long travail de préparation et d’études entreprises par des spécialistes et des experts relevant de tous les domaines. Le tout devant conduire à l’élaboration d’un plan de développement s’étendant sur une période donnée.

Gouvernements éphémères

Depuis l’indépendance, la Tunisie nous a habitués aux plans quinquennaux. Mais, au cours de ces 10 dernières années, on ne se soucie guère de planifier quoi que ce soit. On laisse faire et on laisse aller.  Aucun gouvernement n’a été capable de proposer une vision précise de ce qu’il allait entreprendre ou mettre au point. Il est vrai, rien ne permettait à l’équipe gouvernementale au pouvoir de se projeter dans un avenir plus ou moins lointain. Les prérogatives, même, étaient limitées. L’équipe ne jouissait que d’une liberté conditionnée par les choix politiques des partis qui constituent tel ou tel gouvernement. Il suffisait d’un simple désaccord pour que la fragile coalition s’effondre au bout de quelques mois. Donc, tous les gouvernements connus par notre pays n’ont eu qu’une durée éphémère. Ce qui ne pouvait donner à aucun d’eux de réaliser ses programmes ou ses promesses si tant est qu’il en ait vraiment.

Qu’à cela ne tienne. Force est de constater que le travail qui doit s’inscrire dans la durée et la stabilité n’est plus dans nos traditions. Faute de choisir les compétences qu’il faut, on tombe, toujours, dans les pièges inhérents à cette gouvernance sans plans, ni assise politique solide, ni crédibilité populaire. Un ministre, à peine investi dans ses fonctions est vite mis en cause par une des parties formant le gouvernement ou contesté par ces organisations de la société civile qui ont, aujourd’hui, pleins pouvoirs de critiquer, de dénoncer voire de dénigrer toute action qui gênerait l’application de leurs nombreux agendas.

Le spectacle offert aux Tunisiens est encore plus grave. Cela fait plus de quatre mois que les tentatives de constituer un nouveau gouvernement se répètent et les mêmes scénarios se reproduisent. On peut même penser que cela va durer encore plus. Au vu de l’évolution des évènements, les possibilités de sortie de crise s’amenuisent, puisque les conditions posées par les uns et les autres sont de plus en plus contradictoires au point qu’on n’est plus en mesure de les satisfaire. Le débat ne se situe plus au niveau de l’intérêt du pays et la recherche d’une solution rapide à l’impasse, mais, il est, plutôt, question d’ego. Chaque parti veut imposer ses vues personnelles sans que celles-ci prennent en compte les enjeux nationaux qui sont, en fait, le but de toute cette mobilisation.

Malheureusement, tous les partis qui sont en discussion (si on peut, vraiment, parler de discussions) n’accordent aucun intérêt aux vraies questions qui devraient être abordées. En effet, il ne s’agit pas de chercher la personne ou le parti qui doit occuper un poste ministériel. C’est, avant tout, de trouver celui qui sera en mesure d’apporter des réponses concrètes aux différents défis qui se dressent devant notre économie. Rien de tel ne semble retenir l’attention des gens qui se chamaillent sur les postes qu’ils doivent occuper dans un éventuel gouvernement et le ministère qui leur reviendra. Comme s’ils voulaient réaliser des desseins inavoués mais que le simple observateur peut deviner. En demandant un poste ministériel bien défini, le parti politique en question suscite des interrogations. Tant mieux, dirait-on, si les intentions sont bonnes. Mais on est loin des bonnes intentions.

Indicateurs au vert, malgré tout

Il y a une odeur de revanche dans l’air. On l’impression que la demande de tel ou tel poste entre dans une logique de règlement de comptes. Annoncer qu’on va inaugurer ou mener une lutte contre la corruption ou mettre en œuvre une action de réformes ou, encore, garantir la pérennité de la loi ne peut convaincre que ceux qui sont prêts à se laisser faire.

Car un vrai gouvernement (dans tous les pays qui se respectent) se fait sur la base d’objectifs et de programmes nationaux et non sur la base d’un casting de personnalités présentées selon un profil de circonstances et selon un quota lié aux résultats des élections parlementaires. Certes, d’aucuns feront savoir que c’est la règle puisque le système politique actuel est ainsi fait et qu’on ne peut pas déroger à la règle. Peut-être, dira-t-on, que dans un autre contexte issu d’une réforme de la loi électorale on pourra changer la donne. Pour l’heure, il faudra se contenter de ce qu’on a. Comme si une éventuelle modification de la loi électorale pouvait amener des améliorations !

Sans pour autant, être pessimiste, on peut affirmer que la loi actuelle ou celle qu’on pourrait adopter n’apporteront pas de vraies réponses aux crises qui secouent le pays. C’est ce qui fait se prolonger à l’infini le feuilleton de la formation d’une équipe gouvernementale.

Alors qu’une amorce d’amélioration des indicateurs économiques se précise, rien n’est fait pour les consolider. Un gouvernement stable et durable tarde à voir le jour (et on fait tout pour le retarder davantage) et l’hypothèse de se diriger vers des élections anticipées prend plus de consistance.

Personne, parmi la classe politique, ne donne l’impression qu’il se soucie de la conjoncture nationale. On le comprend assez aisément : c’est le dernier de leurs soucis. La parité de notre monnaie avec les devises mondiales s’améliore, certaines activités reprennent, l’agence de notation Moody’s a modifié les perspectives de la Tunisie de négatives à stables, notre déficit courant se rétrécit, nos réserves de devises augmentent et le fardeau de la dette publique baisse…

D’autres indicateurs peuvent être cités qui montrent que, finalement, tout n’est pas sombre et qu’il y un espoir pour le pays de s’en sortir.

Or, qui peut venir à l’aide d’une économie qui fait de la résistance malgré tous les bâtons qu’on essaye de lui mettre dans les roues ?

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