Fait le plus saillant, cette semaine : l’allocution «impromptue» du chef du gouvernement. Impromptue, oui, parce que deux à trois petites heures auparavant, elle n’était pas encore annoncée. En politique, c’est chose rare. Il y faut une grosse urgence. Un heureux «concours». Qu’à Dieu ne plaise, un tragique et subit imprévu.

Aucune de ces trois «hypothèses» ne se vérifiait en l’espèce. Or, le chef du gouvernement n’a ni mâché ses mots, ni, comme on dit, «bradé l’occasion». Son «discours» fut tranchant, véhément, truffé de «flèches assassines», en direction de tout le monde, opposants, élus, médias, jusque (mais au détour des phrases)des gouvernés eux-mêmes.

Beaucoup ont trouvé l’attitude «excessive». Surtout   «inopportune», «infondée».

L’était-elle ? Plutôt non, à notre avis. Ces derniers mois, en effet, la politique et la vie publique ont bel et bien eu des choses à se reprocher. Pour tout dire, sur de nombreux points, le chef du gouvernement n’a pas eu tellement tort de perdre sang froid. Il a par exemple cité l’incident subi lors de son récent passage à l’ARP. Il a parlé d’«absence d’éthique politique», de «perte des valeurs» et de «gabegie». Il a relevé, aussi, que nombreux, parmi nous, gens d’élite ou citoyens lambda, «se trompent lourdement sur le sens de démocratie…»… «l’entendant comme liberté sans mesure et sans respect». Cette dérive des mœurs politiques comme des mœurs en général est une «vérité» flagrante de l’après-révolution. Comment la nier aujourd’hui ?Comment ne pas être d’accord avec la critique acerbe qui lui est adressée ?

Le chef du gouvernement ne semble pas, non plus, avoir eu tort en épinglant d’autres malheureuses «vérités». Tel que l’opportunisme, tel que le populisme. Les élections de fin d’année battent déjà campagne. Avant coup. Avant leur lancement officiel. Mais personne ne l’entend de la sorte. Tous y plongent «corps et âme». Tous violent la règle. Tous enfreignent les délais.

L’allocution du chef du gouvernement a étalé au grand jour toutes ces «tares». Pour autant, fût-elle, elle-même, exempte de «hics» et de critiques ?

Beaucoup en ont douté, d’emblée. Les partis concurrents, bien sûr. Campagne pour campagne, les ripostes devaient bien se faire entendre. Les «politiciennes», les «extravagantes», les «jamais étayées», sont de bonne guerre, on le sait. Mais celles qui interrogent, aussi. Qui donnent à réfléchir. Qui aideraient (essentiel !) à y voir plus clair. A distinguer «le vrai du faux».

Certains ont rappelé à une évidence : que cette campagne hors délais se pratique, en fait, dans les deux camps :pouvoir comme opposition.

Et d’autres ont ajouté : «L’éthique ne vaut jamais qu’ intacte et pleinement consentie». Elle ne sert ni ne dessert des chapelles ou des ambitions. Elle ignore «les vérités de chacun» : les transcendances, les moralismes, les sujectivités, les priorités, les idéologies, les partis pris.

Elle est spinozienne, l’éthique. Elle tend à ce qui préserve, à ce qui renforce, au meilleur et au plus juste:sa seule et unique vérité. Ou alors, elle n’est point.

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