Après les mesures sanitaires drastiques, dont le confinement total décidé par les autorités, le chef du gouvernement s’est exprimé hier soir en direct à la télévision pour annoncer des mesures économiques et sociales attendues par les entreprises et les salariés en cette conjoncture exceptionnelle imposée par la pandémie de Covid-19. Une pandémie qui paralyse l’économie mondiale et met un coup d’arrêt à tout investissement. 

Dans son allocution, le chef du gouvernement a annoncé que l’Etat met sur la table 2.500 MD pour diminuer l’impact de cette crise sanitaire sur l’économie. Une enveloppe globale allouée aux PME, aux commerçants, mais également aux salariés qui seraient affectés par le confinement total, et qui servira à financer l’exemption des taxes pour trois mois, le report de six mois du remboursement des dettes pour les Tunisiens dont le salaire n’excède pas 1.000 dinars, le report pour les entreprises du paiement des cotisations sociales du deuxième trimestre.

Dans le détail, le gouvernement mettra en place une ligne de crédit de 300 MD pour indemniser les travailleurs mis au chômage technique suite à cette crise, tout comme il consacre 150 MD aux familles nécessiteuses et aux plus démunis. Ces 150 MD seront gérés par le ministère des Affaires sociales. 

Pendant six mois, les entreprises pourront bénéficier d’un gel du paiement de leurs annuités bancaires. Rééchelonnement des dettes fiscales et douanières pour une période de 7 ans. Pour sauver le tissu économique formé principalement de PME, le gouvernement met également en place un fonds de garantie de 500 MD qui permettra aux entreprises d’accéder à des crédits de gestion et de travaux. 

Désormais, les entreprises pourront récupérer l’excédent de TVA dû à l’Etat dans un délai d’un mois. 

Pour les entreprises dont l’activité serait fortement affectée par la crise du Covid-19, l’Etat s’engage à mettre à leur disposition une enveloppe de 700 MD, en vue de les restructurer et les recapitaliser. 

En ce temps de morosité économique, Elyes Fakhfakh a décidé des mesures exceptionnelles en faveur des entreprises totalement exportatrices en relevant la part de leur production pouvant être écoulée sur le marché local de 30 à 50%. 

Dans la foulée de ces mesures, l’Etat fait aussi un geste en faveur des entreprises engagées dans des marchés publics en les exonérant des pénalités de retard pour une période n’excédant pas les six mois. 

Tout comme le président français, Elyes Fakhfakh annonce que la Tunisie est en guerre contre ce virus. Pour tenir dans cette guerre qui s’annonce relativement longue, le gouvernement a décidé de consacrer 500 MD à la constitution d’un stock stratégique de médicaments, de denrées alimentaires et d’hydrocarbures. 

Selon le chef du gouvernement, l’ensemble de ces mesures visent à faire en sorte qu’aucun Tunisien ne reste sans soutien, que tous les emplois soient préservés et que toutes les entreprises puissent se relever une fois la crise terminée. 

Par ailleurs, le chef du gouvernement, s’adressant aux grandes entreprises et aux grandes fortunes du pays, n’a pas mâché ses mots. Il espère d’eux une plus grande générosité et une plus grande contribution dans cette guerre contre le virus, sans «obliger l’Etat à prendre des mesures dans ce sens». Une menace à peine voilée qui vient rappeler que les fonds récoltés jusqu’à présent ne sont pas suffisants.

Dans son allocution initialement prévue à 20 heures mais qui a été au final reportée de plus de deux heures, Elyes Fakhfakh s’est prêté à un exercice de pédagogie en expliquant aux Tunisiens, avec des mots simples, les dispositions relatives au confinement total. «Cela veut dire que sortir de chez soi devient une exception et il faudra beaucoup de sagesse, de responsabilité et de discipline», a-t-il affirmé. En effet, les Tunisiens pourront sortir uniquement pour des besoins urgents, comme aller à la boulangerie, acheter des aliments, acheter des médicaments, ou aller à l’hôpital. Ce que le chef du gouvernement omet de dire cependant, c’est comment les autorités pourraient vérifier le caractère «urgent» et «nécessaire» de ces sorties. 

Pour lever toute équivoque, le chef du gouvernement affirme que les activités vitales seront maintenues, à l’instar du transport, de la sécurité, des banques, de l’industrie agroalimentaire, des services, de l’électricité et de l’eau.

Au final, ce sont près de 1,5 million de Tunisiens, soit 15%,  qui travailleront pour les 10 millions de citoyens confinés chez eux. 

«La majorité des Tunisiens seront chez eux, martèle le chef du gouvernement, cela nous permettra de faire 10 000 analyses pour comprendre l’évolution de ce virus et nous préparer à tous les scénarios». 

A la fin de son discours, le chef du gouvernement a officiellement demandé à l’ARP d’activer l’article 70 de la Constitution qui dispose que «l’Assemblée des représentants du peuple peut, aux trois cinquièmes de ses membres, habiliter par une loi le chef du gouvernement, pour une période ne dépassant pas deux mois et, en vue d’un objectif déterminé, à prendre des décrets-lois dans le domaine relevant de la loi». 

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2 Commentaires

  1. Myriam

    22/03/2020 à 08:45

    Les PME ont un gros problème de trésorerie, parler de retarder les paiments de la tva à partir d avril, revient à dire, FakhFakh enfonce le clou et exige le payement de la plus grande somme de déclaration que les PME payent durant l année (Mois de Mars comme par hasard). La crise a été tellement vite, que les PME n ont plus d argent, entre autre, parce que leurs éstimations et leurs plans ont tous tombé à l eau, au moment où FakhFakh a annoncer le couvre feu soudain; du coup, les PME se retrouvent durant une semain sans vente et avec bcp bcp plus de charges que prevu, pour mettre en place les plan de continuité de l activité en temps de crise, notement en payant à l avance ses fournisseurs….Avec cette dicision de Fakhfakh de piquer les payements du moi de mars, il les met à genoux, en tous cas une bonne parti. Pourtant l UTICA, l a bin dit…on a plus de trésorerie!
    Pour le reste, je doute fort que cela soit des donnations en état de crise, parce qu on lidant bien, on comprend vite que les PME devront devenir surcréditées à l etat et aux banques. Avec certainement des menaces pénales si elle essayent de survivre et qu elle n y réussisent pas. On se demande alors, si la bonne solution n est pas d en profiter et fermer pour toujours pour raison de force majeur, laisser les choses se reposer puis de réouvrir pour ceux qui auront le courage de s aventurer dans ce marché tunisien infernal.
    Pour la miniscule somme de 700 md, il est certain qu une fois encore, le sous la table, décidera de qui va en avoir, et si va en avoir, ca sera en contre parti ou juste des crédits….Fakhfakh ou le piége beau parleur! Pour les PME, c est le moment crucial de changer d épaule, de forcer ou de s en aller avec moins de dégat.

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  2. Liberte

    22/03/2020 à 09:09

    C’est vrai qu’il manque beaucoup de convictions, il faut argumenter plus et assurer les entreprises des moyens financiers et faire en sorte que chaque entreprise petite ou moyenne puisse être rassurée de sa pérennité, assurer de payer le salaire de chaque employé, retarder au maximum les charges et le règlement des factures des fournisseurs. Ainsi on peut continuer à persister et à garder un peu le morale. Vous n’avez pas parlé d’un échéancier financier qui permettra à caque PME de se projeter dans l’avenir.

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