L’annonce qu’attendaient les centaines de militants présents n’a finalement pas eu lieu. Youssef Chahed n’a pas clairement annoncé qu’il rejoignait le parti Tahya Tounes. Néanmoins, tout au long de son discours, il n’a pas hésité à utiliser le mot «notre», pour parler du projet Tahya Tounes. D’une manière très claire également, il a montré qu’en filigrane, c’est à lui que reviennent les décisions importantes au sein du tout nouveau parti

Le parti Tahya Tounès a vécu hier en grande pompe la clôture de son congrès constitutionnel, qui avait été reporté, à la demande de Youssef Chahed, en raison du tragique accident de Sebbala. La séance de clôture a été une série de joutes oratoires couronnées à la fin par le discours de celui que les militants attendaient véritablement : Youssef Chahed. Le chef du gouvernement, qui n’a pas clairement annoncé son adhésion au nouveau parti, a prononcé un discours de 50 minutes aux airs de meeting électoral. Toutefois, l’annonce qu’attendaient les centaines de militants présents n’a finalement pas eu lieu. Youssef Chahed n’a pas clairement annoncé qu’il rejoignait le parti Tahya Tounes. Néanmoins, tout au long de son discours, il n’a pas hésité à utiliser le mot “notre”, pour parler du projet Tahya Tounès.  D’une manière très claire également, il a montré qu’en filigrane, c’est à lui que reviennent les décisions importantes au sein du tout nouveau parti. «J’ai demandé au secrétaire général du parti, Slim Azzabi, que la femme soit mieux représentée dans les structures», a-t-il par exemple déclaré. Autre signe qui ne trompe pas, Youssef Chahed a confié qu’il a personnellement souffert d’un soutien politique très mou qui a retardé la mise en place des réformes, mais que désormais, il ne se «sent plus seul».

«Depuis la création du groupe parlementaire de la Coalition nationale puis la création de Tahya Tounès, je ne me sens plus seul», a-t-il déclaré.

Youssef Chahed a précisé que ce projet s’inscrit dans la continuité du projet national réformiste entamé par nos aïeuls. Un projet qui, selon lui, ne détruit pas, et au contraire rend hommage à tout ce qui a été fait pendant 60 ans d’indépendance. «Ce sont nos seules et uniques références», a-t-il déclaré tout en saluant les fonctionnaires et l’administration tunisienne qui a su résister aux différentes crises.

Youssef Chahed s’est également présenté dans son discours comme l’homme de la rupture. Une rupture non pas avec les acquis de la République de l’indépendance, qu’il a longuement évoqués, mais avec les pratiques qui pervertissent la noble notion de démocratie. «Certains citoyens ont déchanté après la révolution accusant la démocratie de ne pas avoir amélioré leur quotidien, mais en fait le problème n’est pas la démocratie…le problème ce sont tous ceux qui pensent que la démocratie, c’est barrer les routes et violer les lois», a-t-il clamé.

Il s’est aussi positionné comme un pragmatique qui rompt avec les guerres idéologiques inutiles. «Nous n’écoutons ni les propos d’Al Banna, ni ceux de Mao, seul compte l’intérêt de la Tunisie», explique Youssef Chahed. Traçant les contours de son positionnement politique, le chef du gouvernement en exercice précise qu’il n’est pas non plus favorable au capitalisme sauvage, ni d’ailleurs partisan de l’interventionnisme de l’Etat dans tous les domaines.

«La santé, l’éducation et les transports sont des secteurs clés qui doivent rester dans les mains de l’Etat, note-t-il. En revanche, il existe des secteurs concurrentiels dont l’Etat doit se désengager afin de laisser jouer la concurrence. Et je vais vous dire une chose, quand il s’agit de mener des réformes, il n’y a plus de ligne rouge ou jaune».

Même si les militants présents ont scandé des slogans favorables à ce qu’il rejoigne officiellement le mouvement, Youssef Chahed a préféré continuer à entretenir le mystère. «C’est un secret de Polichinelle, nous confie l’un des militants, il est évident qu’il est des nôtres, il ne pouvait pas être plus clair». 

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