La période que nous sommes en train de vivre depuis presque deux mois est assez difficile pour beaucoup d’entre nous : la triste expérience du confinement, l’isolement forcé, la solitude… nous ont mis tous à dure épreuve et les effets psychologiques sur notre psyché sont parfois très éprouvants comme la peur de ressortir, de rencontrer les autres ou bien les attaques de panique. Je dis tout de suite que je ne suis pas un psychologue et que je n’ai nullement fait d’études en psychologie, que le lecteur ne m’en veuille pas, mais je désire malgré tout parler de l’origine du mot «panique» à partir d’un personnage de la mythologique grecque fascinant et controversé, le dieu Pan, représenté par la légende comme un demi-dieu, moitié homme et demi-chèvre (un satyre), si laid en apparence, que même sa mère, la nymphe Dryope, dès sa naissance, a refusé de s’en occuper. Son père, d’autre part, était un dieu très puissant de l’Olympe, nul autre que le dieu Hermès, le messager divin.

Cornes au-dessus de sa tête, sabots durs, barbe touffue et pointue, queue de chèvre, toison noire sur les jambes : Dante, faisant allusion au diable, a souvent été inspiré par la représentation de Pan. Même pour le Christianisme, Pan est devenu Satan, et ses satyres les démons. Une caractéristique de ce demi-dieu était son cri effrayant, capable de laisser ses ennemis paralysés et semi-inconscients, dans un état de panique absolue, d’où le nom de l’attaque de panique.

Mais l’association entre l’attaque de panique et le cri de Pan ne s’arrête pas aux symptômes que l’on connaît habituellement (sentiment de vide et d’évanouissement, essoufflement, rythme cardiaque accéléré, tremblements, etc.), mais aussi à la position médiane typique de ceux qui souffrent de cette forme d’anxiété : la sensation de se retrouver dans sa propre vie, dans un bourbier, bloqués, incapables d’entrer et de partir ou encore de faire des choix. La position du milieu est typique du dieu Pan: un demi-homme et une demi-chèvre, ou nous pourrions dire ni homme ni chèvre, ou encore le demi-dieu, c’est-à-dire, ni dieu ni homme, mais en tout cas un être mortel.  Une autre caractéristique de ce personnage controversé est la nymphomanie, à lire comme une véritable fixation pour les nymphes.

Dans une belle statue du Louvre, que je vous invite, chers lecteurs, a aller regarder de plus près la prochaine fois de votre séjour à Paris, Pan est représenté tenant une pomme de pain et une flûte, son instrument à vent préféré. Phinix et Syrinx étaient deux des nymphes qui ont été victimes de ce personnage grotesque.

L’amour non partagé de Pan s’est souvent transformé en un engouement, une obsession avec des effets néfastes.

Comme les nymphes, ceux qui souffrent d’attaques de panique retrouvent soudainement ce demi-dieu en face d’eux, craignant son cri, entrant dans un état d’angoisse, le cœur à la gorge, le souffle se raccourcit. Pan arrive sans avertissement et comme il arrivait souvent aux nymphes, après la première attaque de Pan, on rentre dans un état de peur perpétuelle de son retour, la peur dans la peur.

Mais alors pourquoi Pan apparaît-il ?

Les psychologues affirment qu’il n’y a pas de cause unique d’attaques de panique. Ces attaques apparaissent souvent en présence d’émotions réprimées et toutes ces émotions réprimées, non entendues par nous-mêmes, exploseront dans l’attaque de panique, que beaucoup appellent précisément, une émotion sans nom. L’attaque de panique, en fait, se manifeste souvent en présence d’alexithymie, c’est-à-dire l’incapacité à éprouver et à exprimer ses propres émotions, ou encore quand on fait face à un comportement hystérique, ou à des phobies particulières et obsessionnelles, vers un objet qui crée une peur profonde.

Et puis il y a des cas d’attaque de panique chez des gens qui, au sein de leur famille, ont assumé le rôle de bouc émissaire, de tort, de différend, ou de liaison: combien d’enfants tombent malades et se culpabilisent pour garder leurs parents ensemble, qui autrement se sépareraient? Ou encore combien d’enfants culpabilisent leurs parents pour différentes raisons, comme la différence d’âge ou de niveau social? Quelle que soit la cause, pour réduire les attaques de panique, il faut écouter le dieu Pan. Pan ressemble à un monstre, c’est vrai, le monstre qui est en nous, si horrible que même sa mère l’a rejeté. Et pourtant, sommes-nous tout à fait certains que Pan veut nous anéantir? Sommes-nous vraiment sûrs que notre attaque de panique est là pour nous mettre à mort, pour nous faire du mal ?

L’anxiété, les crises de panique ont le même but. Pan apparaît avec son apparence monstrueuse pour nous obliger à nous regarder, et à attirer notre attention sur nous-mêmes, sur nos relations, nos positions intermédiaires, et de nous aider à les résoudre. De la souffrance, après tout, Pan est expérimenté: chaque nymphe, comme sa mère, le rejette.

Mais qui mieux que nous, peut nous comprendre ?

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