Illustrations : © Côté (Canada)


Par Abdel Aziz HALI

« Ô roi, tu regardais, et tu voyais une grande statue ; cette statue était immense, et d’une splendeur extraordinaire ; elle était debout devant toi, et son aspect était terrible. La tête de cette statue était d’or pur ; sa poitrine et ses bras étaient d’argent ; son ventre et ses cuisses étaient d’airain ; ses jambes, de fer ; ses pieds, en partie de fer et en partie d’argile. Tu regardais, lorsqu’une pierre se détacha sans le secours d’aucune main, frappa les pieds de fer et d’argile de la statue, et les mit en pièces. Alors le fer, l’argile, l’airain, l’argent et l’or, furent brisés ensemble, et devinrent comme la balle qui s’échappe d’une aire en été ; le vent les emporta, et nulle trace n’en fut retrouvée. Mais la pierre qui avait frappé la statue devint une grande montagne, et remplit toute la terre. », lit-on dans cet extrait du livre de Daniel (la Bible, 2-31 à 2-45): une interprétation du rêve raconté par le prophète Daniel et qui annonçait l’effondrement du royaume de Babylone à Nabuchodonosor II.

Ce rêve nous laisse faire un parallèle avec la situation de la pandémie du SARS-CoV-2 aux États-Unis. En effet, depuis que le premier cas de coronavirus a été confirmé dans ce pays, le 21 janvier, la réactivité de l’administration Trump ainsi que que la stratégie de lutte anti-Covid-19 ont affiché les limites de la première puissance mondiale.

Près d’un million et demi (1.486.590, dont +18.937 — avant-hier —, selon les chiffres de l’Université Johns Hopkins du 17/05/2020) d’américains ont été testés positifs au SARS-CoV-2. Le 12 avril, les États-Unis sont devenus la nation avec le plus de décès dans le monde. Aujourd’hui, le pays de l’Oncle Sam dresse un tableau noir affichant près de 90.000 morts (89.561 décès, dont +808, le 17 mai 2020, toujours selon l’UJH). Et tout porte à croire que les 50 États américains s’acheminent tout droit vers une catastrophe humanitaire estimée à 200.000 morts, selon les prévisions des experts de la Maison Blanche.

Cette situation si alarmante a poussé, récemment, l’ex-président américain, Barack Obama à critiquer vivement la gestion de la pandémie du nouveau coronavirus par son successeur Donald Trump en la qualifiant de « désastre chaotique absolu », lors d’une conference téléphonique privée, rapporte la BBC.

« Cela aurait été mauvais même avec le meilleur des gouvernements », a-t-il déclaré. « C’est un désastre absolu depuis que cet état d’esprit – de « qu’est-ce que j’y gagne » et « au diable tout le monde » – s’est concrétisé au sein de notre gouvernement », a-t-il déploré.

Pis encore, le 14 mai, dans son audition au Congrès américain à Washington,  le docteur Richard Bright a jeté un pavé dans la mare en affirmant que les États-Unis devraient faire « face à leur pire sombre hiver » a fait savoir le médecin, selon la BBC; notamment si la planification de la lutte contre la maladie demeure aussi pauvre… « des vies ont été perdues » titre de son côté le prestigieux New York Times, citant le témoignage du Dr Bright, car les autorités américaines et à leur tête Donald J. Trump n’ont pas fait le nécessaire au moment opportun.

Dès le mois de janvier l’ancien patron de l’Autorité de recherches biomédicales avancée avait tiré la sonnette d’alarme sur le manque de matériels, essentiellement les masques de protection et l’administration a fait la sourde oreille. « L’audition du Dr Bright est la première du genre où un haut fonctionnaire accuse l’administration de mettre en danger des vies américaines en ayant sabordé la politique de lutte contre la maladie », souligne le journal new-yorkais.

Un avis partagé par Chungkuo Shihpao dans son éditorial « L’Amérique ébranlée » publié le 7 avril dernier dans le journal taïwanais, « China Times » (un quotidien pro-Pékin).

« (…) la première mesure d’endiguement de l’épidémie aurait dû être placer New York en confinement, pour y bloquer la principale source de contagion; il aurait fallu y concentrer le travail de prévention et de soins, et retrouver la trace des personnes ayant quitté New York au cours des deux semaines précédentes, et imposer une quarantaine par secteur. », lit-on dans cet article. « Malheureusement, les États-Unis n’ont pas procédé de la sorte, et le virus s’est propagé en continu à l’ensemble du pays. Conséquence : la lutte contre l’épidémie n’a pu que se mettre à courir derrière la propagation du virus et peine à être à la hauteur de la situation malgré tout le personnel soignant et le matériel médical qui y ont été affectés. », ajoute l’éditorialiste taïwanais.

Et malgré sa puissance militaire, son hégémonie financière et sa domination commerciale, l’administration Trump s’est montrée vulnérable voire même impuissante face à un minuscule virus alors que d’autres nations comme Taïwan, le Vietnam, la Corée du Sud, Singapore, l’Allemagne, la Nouvelle-Zélande, l’Australie ou la Chine (le grand rival des États-Unis) ont su casser la chaîne de transmission du virus et enrayer l’épidémie.

« Face à une forte et durable contraction de la production, de la consommation ou de la finance, le pays, aussi fort et riche qu’il soit, aura du mal à supporter une telle situation. », renchérit ce journal édité à Taipei. « Si l’épidémie n’est pas endiguée, non seulement elle sera hors de contrôle, mais toute l’économie le sera également, avant que ce soit la société même. Lorsque les États-Unis se relèveront péniblement de cette crise, le monde devrait avoir bien changé. », conclut « China Times ».

Une chose est sûre, la crise du nouveau coronavirus est en train de re-configurer la géopolitique internationale. Et l’épreuve de la Covid-19 nous a révélé une autre facette du Tout-Puisant Oncle Sam moins reluisante que celle mise en avant par les chroniqueurs de la chaîne TV d’information en continu ultra-conservatrice « Fox News ».

D’ailleurs, entre son engagement dans la guerre du Vietnam (1962-1975) et ses interventions militaires en Irak et en Afghanistan, la suprématie militaire américaine a déjà affiché ses faiblesses. Et si le mythe hollywoodien de l’ « US Army » invincible ne fait plus recette, le leadership américain sur la planète bleue vit, aujourd’hui, une rude épreuve.

Manifestement, dans sa lutte contre le nouveau coronavirus, Washington semble pour le moment échouer là où Pékin ainsi que plusieurs autres capitales ont réussi… Est-ce le début de la fin pour ce colosse aux pieds d’argile? Wait and see…

A.A.H.


 

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