Les joueurs cadres, les tuteurs, les patrons, cela a toujours existé, dans tous les domaines et au niveau de toutes les professions.

Bien entendu, ces hommes ou dames qui ont au terme de longues années d’exercice, au service d’une entreprise (une équipe professionnelle qui se respecte est assimilée à une entreprise) ont rempli leur devoir en donnant le meilleur d’eux-mêmes, demeurent en mesure d’offrir davantage. Les jeunes générations ont besoin de leur expérience.
D’ailleurs, à tous les niveaux, ces personnes sont recherchées et les équipes les plus réputées sont toujours à l’affût pour recruter ces « patrons » qui possèdent assez de rayonnement pour être les meneurs et entraîner à leur suite leurs jeunes camarades. Lorsqu’une équipe est en pleine restructuration, ces hommes s’avèrent précieux, surtout sur le terrain grâce à leur rayonnement et leur imposante personnalité.
Il n’y a que se souvenir des rôles joués par Deschamps, Zidane, Ramos, Gareth, Voller, Beckenbauer, Vogts, Chetali, Bayari, Ben Ezzedine, Abderahman, Makhloufi, et bien d’autres encore pour saisir l’importance que revêt la présence de ces éléments qui savent endosser les responsabilités et inciter le reste de leurs camarades à marcher dans leurs pas.

Du charisme
C’est que cet « expert » est arrivé à l’âge de raison, une fin de carrière qui lui permet de transmettre ses connaissances en entraînant dans son sillage des jeunes qui ne demandent qu’à apprendre. Mais cette transmission du savoir n’est pas toujours aisée. Pour guider des jeunes, les inviter à mieux s’organiser, les convaincre qu’il faudrait s’inspirer d’un certain nombre de connaissances, fruits d’une longue expérience, pour acquérir de meilleures habitudes, au niveau du placement ou de la réaction, il faudrait avoir du charisme.
C’est que cette mission ne se limite pas au seul terrain. Il y a des mesures d’accompagnement qui facilitent le contact, déblaient le champ de résistance qui, en principe, est miné par les ambitions personnelles, propres à toute génération montante, l’éducation des jeunes vis-à-vis de ces « cadres », et bien entendu la résistance naturelle à tout ce qui est nouveau, encore flou, quelque peu inattendu et difficile à analyser.
Les jeunes joueurs, de nos jours, ne sont plus formés dans un moule unique. Tout dépend de l’école qui les a formés, des qualités et du …niveau du formateur, ses influences et surtout de son vécu en sa qualité d’ancien joueur, puis de technicien reconverti en formateur, par conviction ou par besoin, ou parfois par accident.

Complexité technique
La complexité technique se situe au niveau de la prise en main. Elle est assurément bien supérieure à la formation que leur assure l’école de sport par laquelle ils sont passés. En effet, faute de plan global de la formation, le joueur arrive dans l’antichambre des séniors, souvent bourré de défauts. Les moyens de communication, les médias, les titres, les superlatifs que l’on utilise pour gonfler les mérites qui ne sauraient être que collectifs dans un sport où on a besoin de ses coéquipiers pour n’importe quelle action sur le terrain, finit par tout fausser.
Ce préambule nous permet de comprendre que la présence de ces « tauliers », de ces « cadres », n’est pas toujours d’un véritable apport. Tout dépend du milieu dans lequel est appelé à évoluer cet ancien, qui ne demande qu’à payer de sa personne pour aider ses jeunes camarades. En effet, rien qu’en observant le déroulement de nos compétitions, nous pourrions faire la part des choses.
C’est ainsi que nous avons des anciens qui travaillent plus que leurs jeunes camarades. Ils sont les premiers à l’entraînement et sont les derniers à quitter le terrain.
Ponctuels, disciplinés, bien organisés, attentifs, ils donnent l’exemple par leur comportement sur et en dehors de leur aire de travail. Ils parlent peu, mais sont tranchants dans leurs décisions et savent ce qu’ils veulent lorsque les consignes sont à appliquer. Ils ne s’affolent jamais et montent les premiers au charbon en dépit de leur âge. Ils se démènent, conseillent, placent, réconfortent et suivent de près ceux qu’ils sont appelés à encadrer.
Ils sont toujours obnubilés par la lecture du jeu et tout en appliquant les consignes de l’entraîneur, apportent leur expérience pour adapter illico et à la lettre ces consignes en fonction de l’évolution de la situation pour éviter de se faire piéger par les changements ou pression des adversaires.
Ils poussent leurs camarades dans leurs derniers retranchements et se font respecter en usant de la voix et du geste.
Certaines équipes évoluent différemment lorsque leurs joueurs « cadres » sont présents et veulent bien se mettre à leur disposition de leurs jeunes camarades.
Ils constituent, en fait, un véritable acquis, puisque ce rôle de meneur est de nos jours difficile. Le professionnalisme est une arme à double tranchant. Lorsqu’il est mal appliqué, mal compris, mal organisé, ce professionnalisme est de nature à fausser toutes les données en minant les relations entre joueurs ou entre dirigeants, entraîneurs et joueurs.

Entre humilité et extrémisme
Nous ne pouvons par exemple qu’être outrés lorsque nous apprenons qu’un mouvement de joueurs est en cours pour acculer un comité directeur de club à limoger un entraîneur.
C’est en fait ce risque que court une équipe qui a un mauvais «meneur», un « cadre » qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez en dépit d’une riche carrière.
Pour éviter ce risque, il faudrait disposer d’éléments capables de jouer ce rôle sans verser dans l’excès ni l’extrémisme, parfois outrancier, pour concilier les intérêts des joueurs et ceux de l’équipe.
D’autres, jouant à l’économie, continuent à monnayer leur «nom» et se fichent comme de l’an quatorze des conséquences de leur laisser-aller. Et si…par malheur, le cours du jeu leur offre la possibilité de marquer un but, c’est l’exploitation à fond de ce don du ciel pour quelques semaines, parfois, souvent au détriment de l’équipe. Dans ce cas, d’ailleurs, voir ces « anciens » embrasser le maillot et se diriger vers les gradins pour saluer les supporters est un geste qui ne relève nullement du cœur, mais bien de l’exploitation d’un fonds de commerce qu’ils souhaitent inépuisable.

Opposants caractérisés
Ce faisant, cela se confirme, lorsqu’une équipe a des problèmes.
De meneurs en dehors du terrain, dans les vestiaires, et sur le champ de jeu, ils deviennent des opposants caractérisés qui tirent les ficelles pour acculer des dirigeants ou pousser à dégommer un entraîneur.
Comment dans ce cas concilier le comportement de ce genre de « patrons », alors que les compétitions se succèdent et que parfois la pression est si vive sur l’équipe, que les problèmes de tous les jours s’amoncellent au point de mener directement à la crise ?
Voilà les raisons pour lesquelles il ne faudrait jamais se fier aux apparences. Le travail de coulisses, les manœuvres, la faiblesse d’une équipe dirigeante sont des critères à prendre en considération pour faire la part des choses à propos de ces « cadres » et du rôle qu’ils pourraient être appelés à joueur au sein d’une équipe..
Disposer de «cadres» capables de se convertir sur le terrain et en dehors, non pas en agitateurs, mais bien en véritables dirigeants, en entraîneur en second, c’est la chance de certaines équipes qui ont pris la précaution de mettre les choses à leur véritable place. Des dirigeants qui savent ce qu’ils veulent pour le bien de leurs équipes. Une association structurée et organisée, des engagements toujours respectés, des dirigeants disponibles qui savent écouter et agir, sont des conditions sine qua non pour la réussite de ces «meneurs» qui ont besoin d’une ambiance saine, franche et surtout loyale pour acquérir prestige et fiabilité auprès de leurs camarades.
Ce n’est pas toujours facile !

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