Plus de cent pièces du patrimoine tunisien sont proposées à la vente aux enchères à Paris. Selon l’INP, « les pièces exposées n’appartiennent à aucun musée ou dépôt d’œuvres national ». Elles proviennent d’une « collection privée dont la plupart appartenaient à Ahmed Jallouli qui est décédé en 2011 », selon un communiqué de l’INP qui dit ignorer la date à laquelle ces pièces auraient quitté le territoire national, précisant qu’aucune autorisation à ce sujet n’a été délivrée par le ministère des Affaires culturelles (Ndlr : lire la dépêche de la TAP en page Culture pour le descriptif des pièces mises en vente).

Un autre épisode qui vient s’ajouter à une série d’affaires de trafic de pièces du patrimoine dont la majorité demeure non élucidée.

Source importante de revenus, le vol d’antiquités et le trafic du patrimoine sont devenus une pratique répandue en Tunisie. Ce commerce se développe grâce à un climat d’impunité et aux découvertes fortuites non inventoriées par les spécialistes.

Mais cette affaire de vente aux enchères de pièces provenant d’une collection privée d’un dignitaire tunisien après son décès pose la question du devenir de cet héritage culturel inestimable.  En effet, on peut tout léguer sauf la passion de l’art et de l’histoire. Pour les collectionneurs,  argent et prestige ne sont jamais évoqués. Il n’est question que de passion, d’émotion et de bien d’autres choses encore insalissables. C’est cet amour qui les pousse à vouloir s’unir aux objets et à vivre entourés d’eux. Ils ne s’en séparent que par lors de leur décès. Et c’est là le problème.  Quand ces objets historiques tombent dans les mains des ayants droit qui n’ont rien à faire avec l’histoire et le patrimoine… Ainsi naît un nouveau risque majeur qui viendrait du « grand commerce» frauduleux qui a ses réseaux internationaux et ses circuits de vente.

Les objets concernés étant de plus grande taille et d’une valeur marchande nettement supérieure, comme la sculpture, la mosaïque, les monnaies d’or et d’argent ou la céramique, le voyage de ces œuvres ou pièces devient plus facile.

D’autant plus que l’INP n’a malheureusement pas les moyens de contrôler ou de protéger ce patrimoine, dont on ignore même l’existence. C’est là que le danger est tragiquement présent. Il est grand temps de dresser l’inventaire des pièces historiques qui sont en circulation dans les collections privées. Le ministère des Affaires culturelles  devrait réfléchir sur la question et prospecter les voies à même d’encourager les collectionneurs à déclarer leurs biens et par conséquent de les protéger. Il est aussi important d’organiser des sessions de formation à destination des douanes et de la police, afin de former le personnel à la lutte contre le trafic de biens culturels anciens et récents. 

Le territoire tunisien regorge de trésors archéologiques.  Ce sont donc des millénaires d’histoire qui se lisent dans la pierre de sites d’un intérêt sans égal. N’empêche, la situation de ce fabuleux et insoupçonné patrimoine archéologique est fortement menacé.  Il subit, par le trafic et les constructions, une déprédation à grande échelle aux nombreux relais. Des objets et des monuments de grande valeur, qui représentent des pans entiers de l’histoire de la Tunisie, disparaissent  ou bien se retrouvent dans des collections privées… Les fouilles clandestines donnent aussi forme à un commerce illicite d’antiquités, qui atteint désormais des dimensions préoccupantes. Ce sont surtout des monnaies, des lampes à huile, des céramiques, de petits objets faciles à transporter.

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