Le Contrepoint du mardi 9 juin abordait (on cite) les «quelques problèmes qui agitent le secteur de la culture».

Nous confondions sûrement les notions. Ce dont il s’agissait se rapportait plutôt aux Arts et aux Artistes. A la dynamique artistique proprement dite. Aux faits de créations. Aux faits de profession et de corporation. Or, nous y insistons toujours, la Culture n’est jamais réduite à ces seules activités. Entendue dans son sens large, elle est éducation, elle est mode de vie d’une société. Elle est intelligence et conscience collectives. Elle est initiation au goût et à la beauté. Elle est apprentissage de la citoyenneté. Plus précisément encore, elle s’avère être le vecteur dont tout dépend : peuple, Etat, nation, politique, économie, etc.

Les problèmes que nous évoquions mardi (impayés des festivals, report des festivals, statut des Arts et des artistes) chauffent, certes, les débats, impliquent le milieu du spectacle, mais n’ont, évidemment, ni cet impact, ni cette importance, ni cette profondeur. Pas ce degré d’utilité, en tout cas.

Occasion d’un rappel, ici.

Et d’abord au plus simple, mais au plus négligé par nos décideurs culturels : améliorer le niveau des Arts et la condition de l’artiste n’a pas, forcément, le bon effet. Le contraire peut même se produire : une élite artistique prend place, tandis que régresse une population. Le cas tunisien mérite attention. L’essentiel des moyens s’oriente vers les festivals, les créateurs, la création, mais, dans le même temps, augmentent l’analphabétisme, l’illettrisme, se répand la pauvreté, disparaît l’enseignement des Arts des écoles, des  régions. A quoi servent les grands talents, les grands événements, quand il y a défaut de vis-à-vis ? Dans les années 70 et 80, nos publics valaient nos festivals et nos talents. La scène valait le pays. Là, depuis pas longtemps, la même petite minorité fréquente les théâtres, les festivals, la «sempiternelle» Cité. Par ailleurs, partout ailleurs, le pays se morfond. Un pays «végète au plus bas». Etranger aux Arts, aux artistes, à l’idée de culture. Jusqu’à son illusion.

Les vis-à-vis manquent aussi, cruellement, à la politique. Et pour les mêmes raisons. Le spectacle de l’ARP s’étale, aujourd’hui, devant nos yeux. Celui d’élus qui rivalisent d’incongruités, d’irresponsabilité, tandis que, chiffres «à l’appui», nous touchons le fond. Ces «élus», nous ne les aurions pas élus, si nous avions été à de meilleures écoles, si une vraie politique culturelle, éducative, sociétale, citoyenne autant qu’initiatrice au bel Art et au bon goût nous avaient rendus moins naïfs au vote, plus vigilants, plus avisés. Si, comme sous la férule du Zaïm Bourguiba, nous avions eu la culture du juste vis-à-vis.

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Un commentaire

  1. Amel BOUSLAMA

    16/06/2020 à 09:43

    Juste et vrai, bravo. A quoi bon d’avoir des artistes talentueux lorsque le reste de la population est inculte et tourne le dos à l’art et à la culture!

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