Les festivals seront donc au rendez-vous cet été. Autre «bonne nouvelle» de cette fin inattendue (plutôt incertaine encore) du «corona tunisien».

Autre ? Y en a-t-il eu d’autre vraiment ?

La faible létalité du virus, sans doute, oui. Peu d’atteintes en effet. Peu de décès. On ne sait, toujours, exactement, pourquoi. Mais tout le monde semble s’en contenter, parfaitement, par ici. Prendre la chose comme inscrite «dans les gènes». Naturellement «promise». « Donnée».

Peut-être, encore (des spécialistes y rappellent), notre optimisme foncier, resté intact, malgré tout. Les derniers sondages le situent à plus de 70%. Il sera d’un grand soutien, bientôt.

Il l’est peut-être, déjà, à présent, à l’heure où on nous assure que tout le reste va mal. De l’aveu même du premier ministre, et chiffres à l’appui, le constat est terrifiant. Chômage et pauvreté en hausse, finances publiques aux abois, surendettement, inflation, salaires et retraites menacés. Voire, pire, les mécontentements qui s’ensuivent, sont, d’ores et déjà, «non avenus». La révolution est comme interdite de manifester. Le sentiment :il faudra des trésors de patience à ce peuple, et de l’optimisme à revendre, à coup sûr, pour espérer franchir le pas.

Le «retour des festivals», alors ? Que représente-t-il dans tout ça ?

Entendons-nous bien d’abord, n’exagérons rien : cela ne remédiera pas au mal de tout un pays, de toute une population. Du temps des «boums» économiques, ceux de Nouira et de Moalla, peut-être bien. En cette époque d’édification, Culture, Arts et spectacles et Economie étaient intégrés au même grand projet politique. Liés au même destin national. Le soutien mutuel allait de soi. Plus maintenant. Plus le cas. L’économie est la seule priorité. La culture est le parent pauvre. Plus grave (mais on se garde de l’avouer), le peuple en est, forcément, loin. Il est en butte au chômage, à la pauvreté, à l’analphabétisme, à l’illettrisme. Les responsables culturels, les médias culturels, les artistes eux-mêmes parlent souvent de publics des Arts. Jamais d’une minorité de spectateurs, de quelques centaines de mille, répartis sur les mêmes festivals, les mêmes régions, de juste un «reliquat» d’une classe moyenne en perte de vitesse, encore en mesure de se payer un divertissement.

Les festivals 2020 auront lieu pour le plaisir d’une minorité festivalière. Il est bon, il est juste et utile de se le rappeler aujourd’hui. Car ainsi on se rappelle aux millions d’autres boutes hors des loisirs et de la Culture. A tous ceux pris dans l’engrenage de la nécessité.

Rappelons aussi à cette autre évidence : ces festivals apportent principalement la bonne nouvelle aux artistes, à des professions d’artistes. A nos artistes en particulier pour qui la saison des festivals est une rente bénie, et dont le passage, cet été, en l’absence de stars étrangères, sera probablement l’occasion de prouver un mérite et un talent longtemps méconnus.

Bénéfices certains. Mais «catégoriels». La Culture, elle (insistons, encore), exigera toujours davantage. Beaucoup plus, bien mieux, que «divertir des publics», ou «contenter des artistes».

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