Les dettes de la caisse s’élèvent à 1.3 milliard de dinars.

Les problèmes que vivent les adhérents de la Cnam ne sont plus cycliques mais bien des ennuis quotidiens et qui deviennent de plus en plus fastidieux, harassants, décourageants  pour ceux qui attendent le remboursement de leurs soins, la possibilité d’aller voir un médecin  ou de recourir à tel ou tel acte médical.

Ce feuilleton  est donc en droit de faire son entrée dans le «Guinness», avec la confiance qui s’effiloche, tant au niveau des affiliés qui ne croient plus à rien que du côté des médecins et autres vis-à-vis partenaires de cette institution.

Aux dernières nouvelles, le syndicat des médecins privés se déclare prêt à relancer les négociations. Encore une occasion de perdre du temps car, sans décision de reprise en main sérieuse, les deux parties se  retrouveront au même point dans quelques mois.

La raison de tous ces problèmes se résume en quelques mots. On ne peut pas continuer à rafistoler une institution qui ne tient que par la présence de ses fonctionnaires et par les promesses que les différents PDG distribuent à tour de bras le jour de leur désignation. La Cnam dans l’état actuel où elle se trouve ne marche pas. Elle ne marche pas parce qu’elle a perdu une très grande partie de la confiance qui s’était instaurée à sa création.

Bien sûr, on fera valoir qu’elle-même subit les pressions de ceux qui ne l’ont pas remboursée ou à qui elle doit de l’argent. Ce cercle  vicieux,  à l’instar d’un tourbillon infernal,  aspire plus d’un et, d’année en année, approfondit les problèmes.

Maintenant que les médecins de libre pratique, spécialistes ou autres, sont  revenus à de meilleurs sentiments, que va-t-il se passer ?

Le ministre des Affaires sociales a bien entendu réagi à cette situation, mais c’est malheureusement le énième responsable qui se dit sensibilisé, qui promet d’œuvrer pour une refonte complète du système, mais qui s’en ira peut-être sans avoir rien fait. Pour la simple raison que le mal est tellement profond, qu’il a tant de ramifications, qu’il y a tellement de parties prenantes en cause, que toutes les bonnes volontés finissent  par… baisser les bras.

Désespoir des malades

En attendant, la Cnam a fait savoir qu’elle maintiendra le remboursement de ses affiliés conformément aux procédures en vigueur.  Pour ce qui concerne le système passant par le médecin de famille, l’affilié continue de suivre les mêmes procédures, dans le cas où le médecin continue à traiter avec la Cnam. Dans le cas contraire, l’affilié se doit de présenter son bulletin de recouvrement des frais dans la limite des tarifs contractuels tout en suivant les mêmes procédures pour l’acquisition des médicaments. L’affilié peut, à titre exceptionnel, s’adresser à un spécialiste sans passer par le médecin de famille ou demander à changer de médecin sans attendre les délais légaux.

Il peut également changer de régime ou système de soins sans attendre les délais légaux.

Pour toute approbation préalable d’un acte, l’affilié peut,  dans le cas où le médecin rejette une prise en charge émise par la Cnam, récupérer  les frais engagés sur présentation d’une carte de recouvrement des dépenses.

En reprenant les négociations, les deux parties se doivent à notre sens de prendre en considération la situation dans laquelle se trouve le pays (au déficit global s’ajoutent le paiement des contributions qui a atteint environ 450 millions de dinars en 2019, outre le déficit estimé à 250 millions de dinars en 2020 à cause de la pandémie), de faire preuve d’un peu plus de souplesse et d’éviter d’aller au-devant d’une nouvelle crise, dans quelques mois. C’est la raison pour laquelle nous pensons qu’il faudrait prendre le temps d’aller au fond des choses et de mettre en place un système plus élaboré.

En fin de compte, les déboires de la Cnam ne viennent ni des médecins, pharmaciens et autres parties prenantes, ni des affiliés que personne n’écoute d’ailleurs. Ils viennent des complications que vit cette institution dans le cadre de ses relations avec ceux desquels elle dépend ou est en relation (ses dettes s’élèvent à 1.3 milliard de dinars répartis comme suit : les structures publiques doivent à la Cnam 550 millions de dinars, la Pharmacie centrale doit à la Caisse 450 millions de dinars et la dette des structures du secteur privé s’élève, quant à elle, à 300 millions de dinars). Cela sous-entend que le règlement des menaces qui pèsent sur les Caisses est loin d’avoir été réglé.

En attendant

Durant une semaine,  un mois ou plus, la durée des futures négociations, les malades devront s’en tirer par leurs propres moyens. Les dispositions prises par la Cnam pour éviter de porter atteinte aux intérêts des affiliés sont rationnelles. Elles allègent un tant soit peu les difficultés qui jalonnent depuis des années ce pénible chemin de croix qu’ils arpentent après chaque acte médical.

Le ministère de tutelle a beau s’engager à mettre en place un système prenant en compte de manière effective tous les problèmes  que pose cette assurance maladie. Il a beau promettre la participation de toutes les parties prenantes pour promouvoir par le dialogue et les négociations  responsables  une  stratégie plus adaptée, répondant aux véritables besoins des adhérents. Il a certes assuré que la numérisation prochaine des services de santé sera d’un apport certain pour ce secteur, les causes fondamentales de cette crise  à répétition ne seront pas résolues.

Il y a, en effet, en amont, des intervenants qui ne tiennent pas leurs engagements et en aval des vis-à-vis peu soucieux des conséquences que leurs actes  produisent.

La Cnam ne maîtrise pas ou ne possède pas  les moyens qu’impose une politique future fonctionnelle, juste,  prenant en compte les intérêts de ses affiliés.

En soulignant la nécessité de tout remettre à plat et d’inviter toutes les parties prenantes à participer  à la mise en place d’une véritable réforme, le ministère de tutelle et le syndicat des médecins devront  d’abord faire vite pour rétablir la confiance et prendre en compte ce qu’endurent les citoyens affiliés ensuite. 

Des services approximatifs

Ce que subissent  ces affiliés parfois affalés sur une béquille ou peinant à respirer, derrière des guichets surchargés, parfois sous un soleil de plomb, face à des visages  fermés au masque des mauvais jours, devant des «responsables» qui donnent l’impression qu’on les dérange, confondus par ces remboursements insignifiants qu’ils ont été obligés d’attendre des mois, et bien d’autres désagréments ont démoli ce minimum de confiance que l’on devrait avant tout restaurer.

A l’état actuel des choses et pour éviter la langue de bois, dans ce magma, les seuls à être sûrs de quelque chose, ce sont les employés de cette caisse qui recevront leurs salaires en fin de mois. Les médecins, les pharmaciens, les affiliés malades et autres, ne sont sûrs de rien. C’est au bon vouloir de ceux qui daignent payer  ou non leurs cotisations, devenues des dettes abyssales envers les caisses. Sous le regard impassible de ceux qui donnent l’impression de refuser  de réveiller les lièvres qui dorment…

La Cnam, ce n’est plus ni une question de rafistolage ni de bricolage. C’est une refonte et des décisions rapides à prendre, car la maladie n’attend pas.

 

 

 

Habib Toumi, Directeur Général de la CNAM : «On n’augmentera pas les contributions des affiliés sociaux»

La crise du coronavirus a provoqué une baisse importante au niveau du paiement des contributions des assurés sociaux enregistrant un déficit entre 150 et 170 millions de dinars le mois d’avril dernier.

«La Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) ne compte pas augmenter les contributions des assurés sociaux pour surmonter sa crise de liquidité financière»,  a déclaré le directeur général de la Cnam, Habib Toumi, à l’agence TAP.

En effet, selon Jamel Zairi, directeur central des finances à la Cnam, la caisse souffre d’une crise de liquidité aiguë puisque ses dettes s’élèvent à 1.3 milliard de dinars répartis sur 550 millions de dinars envers les structures de santé publique, 450 millions de dinars envers la Pharmacie centrale et 300 millions de dinars envers les institutions du secteur privé.

En revanche, la Caisse nationale de sécurité sociale doit à la Cnam environ 2 milliards de dinars et la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale lui doit environ 2.5 milliards de dinars. Des dettes qui se sont accumulées depuis 2016.

D’après Habib Toumi, la crise du coronavirus a provoqué une baisse importante au niveau du paiement des contributions des assurés sociaux enregistrant un déficit entre 150 et 170 millions de dinars le mois d’avril dernier.

«Cela s’ajoute au déficit global, au niveau du paiement des contributions, qui a atteint environ 450 millions de dinars en 2019, outre le déficit estimé à 250 millions de dinars en 2020 à cause de la pandémie», a-t-il ajouté.

Habib Toumi a indiqué que la Cnam n’est pas parvenue à mettre en application la convention signée avec le syndicat tunisien des médecins de libre pratique (Stml) signée le 11 février 2020 et portant sur l’augmentation des honoraires des médecins à partir du 1er juillet 2020 en raison de la crise de liquidité qu’elle connait.

Selon Toumi, l’augmentation des honoraires des praticiens à partir du 1er juillet au 31 décembre 2020 coûterait à la Cnam environ 50 millions de dinars.

«Une augmentation qui pourrait être reportée au mois de janvier 2021 en attendant l’amélioration de la situation financière de la Cnam», a souligné la même source.

A noter que le Stml avait annoncé lundi dernier que sa relation contractuelle avec la Cnam prend fin le 30 juin 2020 en raison de la non-application de l’accord du 11 février 2020.

Charger plus d'articles
Charger plus par Kamel GHATTAS
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire