Il est temps de surmonter une situation plus que jamais critique de la filière laitière.


L’élevage en Tunisie a des capacités suffisantes pour produire du lait qui puisse satisfaire les besoins à l’échelle nationale. On estime que 900 millions de litres sont collectés en Tunisie, ce qui représente 63% du lait produit dans les unités de production laitière. Mais ce pourcentage reste insuffisant commercialement. Tous les maillons de la chaîne de la production sont ainsi affectés et nécessitent un traitement pour accroître les apports.

Dans ce contexte, M. Boubaker Mehri, président de la Chambre syndicale des industries laitières relevant de l’Utica, nous a donné un aperçu sur les difficultés liées à la filière en déclarant d’un ton amer : «Malgré les réalisations obtenues en termes de production, la chaîne souffre de plusieurs lacunes qui affectent négativement la distribution. La valeur ajoutée de cette filière par rapport aux autres est également mise en cause. En outre, les coûts des matières premières sont élevés, notamment pour les petits éleveurs».

Prix encadrés par l’Etat

En effet, la filière laitière agonise. Cette dernière vit une crise et l’effondrement ne va pas tarder. Les prix aussi bien à la production qu’à la distribution sont encadrés et fixés par l’Etat et ne tiennent en aucun cas de la réalité économique des éleveurs et des industriels qui continuent à travailler à perte.

Le cheptel ne cesse de diminuer en passant de 440.000 vaches en 2010 à moins de 400.000 vaches en 2020, ce qui ramène le nombre des éleveurs à moins de 100.000.

Les unités industrielles ferment d’année en année et nous enregistrons la fermeture, actuellement, de 4 unités industrielles, ce qui a provoqué le licenciement de plus de 2.000 travailleurs.

Face à cette conjoncture difficile, la filière supporte la hausse du coût de production. L’Etat fait la sourde oreille  et refuse de payer les échus impayés des subventions d’exploitation, qui s’élèvent à ce jour à 80 millions de dinars, au profit des industriels. Quant à la subvention de stockage de 2019, elle s’élève à plus de 10 millions de dinars et la subvention pour les centres de collecte n’est pas versée depuis le mois de novembre 2019.

Cette filière souffre  du déficit imposé par l’Etat  avec sa politique tarifaire et des prix qui n’ont aucun rapport avec les coûts de revient. Cette crise est accentuée par le non-paiement des subventions qui pèsent lourdement sur les opérateurs et vont les mettre dans une situation encore plus difficile.

Et notre interlocuteur d’ajouter : «On assiste à une destruction de la filière qui a été construite sur une trentaine d’années. Nous n’avons aucune visibilité, aucune lueur d’espoir pour sortir de ce gouffre». Pour parvenir à sortir de la crise, il faut en aborder les différents aspects: élevage, fourrages, alimentation, législation, certifications, de manière appropriée.

Il est nécessaire aussi de pratiquer la vérité des prix et de libérer la filière. Ce sont les uniques solutions à privilégier. Autrement, nous serons dans les jours à venir des importateurs de cette denrée pour satisfaire les besoins du consommateur tunisien.

L’Etat a refusé de subventionner l’éleveur tunisien en lui donnant la latitude de travailler. On se dirige vers l’importation pour subventionner l’éleveur européen. Nous avons refusé de payer le lait à son vrai prix, à savoir 1d, 500 dinars et nous acceptons de l’importer à 2 dinars en devises.

«C’est la nouvelle politique économique de notre pays : Ce n’est pas un signe de destruction de la filière ?», a-t-il conclu.

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