Oisiveté, pénurie d’eau, chômage… Les habitants des délégations relevant du gouvernorat de Kairouan souffrent le martyre…

En cette période de vacances scolaires, beaucoup de Kairouanais sont obligés, pour des raisons professionnelles, matérielles ou sociales, de passer l’été chez eux, dans une cité où fait défaut une véritable animation culturelle capable de bouleverser leur horizon. En fait, c’est le désert culturel par excellence, d’autant plus que tous les modestes festivals d’été ont été annulés à cause de la propagation du Covid-19. Et vu l’inexistence de salles de cinéma, de théâtre, de clubs culturels, de parcs aquatiques et d’aires de loisirs, les salles de jeux enfumées et les publinets sont devenus l’échappatoire pour la classe juvénile.

Faouzi Saâdallah, cadre dans une banque, trouve difficile de passer l’été à Kairouan, où tout baigne dans la poussière et l’ennui: «Comme j’ai épuisé tous mes congés annuels, je me trouve obligé de rester ici à supporter la monotonie. Il m’arrive d’aller passer quelques moments à Bir Barrouta et de flâner dans les vieux souks couverts et qui sont relativement frais, même pendant la sieste. Ensuite, je trouve refuge dans un publinet climatisé et j’en profite pour me connecter au net et chatter avec mes amis. Mais quand je rentre chez moi, l’ennui me saisit et je ressens la solitude. Mes joies sont rares et s’effilochent vite. Quelle absurdité ces journées estivales qui se succèdent sans fin, sans aller nulle part, d’autant plus que le coronavirus continue de planer au-dessus de la ville à cause du relâchement de citoyens qui ne respectent, en aucun cas, le protocole sanitaire recommandé…»

Notons, dans ce contexte, que depuis le 31 juillet, la ville aghlabide a enregistré 95 cas contaminés par le coronavirus dont 6 sont importés, ce qui limite les sorties de beaucoup de personnes âgées, craignant pour leur vie : panique, angoisse et paranoïa caractérisent leurs journées et soirées, ne sachant que faire, ni où aller dans cette situation épidémiologique.

Par contre, d’autres citoyens, notamment les jeunes, refusent de céder à la panique et continuent leurs nombreuses rencontres dans les cafés et les places publiques bondées de monde, sans oublier les cérémonies de mariage et de fiançailles.

Heureusement que toutes les délégations du gouvernorat de Kairouan sont indemnes, puisqu’on n’y a enregistré aucun cas de contamination. Néanmoins, ce sont l’ennui, la platitude et la soif qui font souffrir des milliers de villageois. A Messouita (délégation d’El Ala), les villageois vivent de la production d’huile d’olive, de la culture des amandes et du petit élevage. Mais c’est le désœuvrement d’une jeunesse brisée par la marginalisation, le chômage et les difficultés de la vie.

Ali Jaballah, 23 ans, et Jabeur Mebhi, 26 ans, diplômés et sans emploi, affalés au pied d’un olivier centenaire, nous interpellent :  «Vivre ici, dans ce village marginalisé, revient à attendre la mort. Notre seule distraction, c’est rôder dans les vallées et les chemins creux en regardant voler les papillons. La maigre vibration de l’air nous touche comme si c’était  un événement. Hormis quelques propriétaires terriens aisés qui peuvent emmener leurs enfants se divertir à Sousse ou à Monastir, le reste des jeunes campagnards sont à l’affût de n’importe quelle fugue. Et pour ceux qui sont au chômage, c’est le désenchantement le plus total. De ce fait, c’est soit la radicalisation, soit l’intégration dans les circuits de la contrebande ou du banditisme…».

60.000 ruraux sans eau potable

Autre problème préoccupant en cet été 2020 dans le gouvernorat de Kairouan, c’est celui des zones assoiffées qui manquent cruellement de cette source de vie. Une pénurie révoltante, d’autant que le thermomètre frôle les 45° ces derniers jours.

D’ailleurs, 60.000 ruraux n’ont pas accès à l’eau potable et se trouvent obligés de recourir au marché illégal de l’eau avec un mode de stockage inapproprié, notamment lors de son transport.

Plusieurs jeunes sans emploi ont trouvé dans ce commerce beaucoup de gain, comme nous l’explique Khalil, de Haffouz: «Tous les matins, tous les transporteurs d’eau, à bord de charrettes ou de camionnettes, se réunissent dans le café du centre-ville et attendent les commandes par téléphone de villageois assoiffés, soit parce qu’ils n’ont aucune source d’eau, soit à cause des nombreuses coupures d’eau, même en période estivale, et ce, à cause des dettes des groupements de développement agricole. Il suffit qu’un seul associé ne règle pas sa quote-part dans les frais de consommation pour que les vannes soient toutes coupées. Personnellement, en tant que distributeur privé, il m’arrive de livrer 20 citernes par jour, surtout pour les villages d’El Alya et Aouled Messaoud. La citerne de 1.000 litres contre 10 D, celle de 5.000 litres, coûte 35 D. Mais les villageois me confient que ces quantités sont insuffisantes pour répondre à toutes les exigences du ménage,  de la cuisine, du linge, etc. D’où les nombreuses maladies constatées dans ces zones, dont l’hépatite et la gale…»

A Aouled Nssir, pas d’eau depuis une décennie !

Parmi les villages assoiffés, on pourrait citer celui d’Aouled Nssir (délégation de Bouhajla) dont les habitants n’ont pas d’eau depuis une décennie. Ainsi beaucoup de villageois ont recours aux véhicules de transport de marchandises, moyennant 10 D afin d’aller à Bouhajla-centre et remplir leurs bidons d’eau.

Pour ce qui est des mères de famille, elles sont obligées d’aller sur des charrettes à la zone montagneuse de Gssyaât, afin de laver  leurs linges dans les rares sources de la région. Et pour leur hygiène quotidienne et pour les soins de leurs bébés, beaucoup sont obligées d’acheter des bouteilles d’eau  minérale, malgré leur pauvreté…

A Oueslatia, 20 écoles sur 26 n’ont pas d’eau potable !

Pour les préparatifs de la rentrée scolaire, prévue le 15 septembre, les responsables insistent sur la nécessité du respect du protocole sanitaire, afin de limiter la contamination par le coronavirus. Cela fait rire certains car beaucoup d’écoles situées dans les différentes délégations du gouvernorat de Kairouan n’ont ni clôture, ni blocs sanitaires, ni ouvriers…

Prenons, comme exemple, la délégation de Oueslatia où, sur 26 écoles, 20 n’ont ni blocs sanitaires, ni ouvriers. En outre, il sera impossible, cette année, pour 2 écoles d’accueillir  des élèves. Il s’agit de l’école Ras El Itha et de l’école Essarj qui n’ont ni électricité, ni eau, ni clôture, ni toilettes, ni gardiens. Rappelons que des travaux d’extension ont débuté en 2016 à l’école Essarj qui ne compte que 3 salles à ciel ouvert et que des travaux sanitaires ont débuté en 2018 à l’école Ras El Itha. Ces travaux n’ont toujours pas été achevés. Alors quand on parle de barrières sanitaires, il ne faut pas trop rêver !

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2 Commentaires

  1. Liberte

    22/08/2020 à 10:36

    Que voulez vous de plus, quand une catastrophe s’abat sur une région c’est la totale. On a jamais vu ça et pour ça aussi que le nouveau gouvernement ne se sera jamais formé pour les objectifs impossibles à réaliser afin de remettre le pays sur pieds.

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  2. Ben Amor

    22/08/2020 à 13:03

    Par temps de COVID, tout le monde est chez soi, pour travailler, pour lire ( une distraction pas coûteuse, on peut échanger des livres si on ne dispose pas d’internet), pour regarder un film ou un spectacle via internet ou via la télévision, je ne peux pas croire que les Kairouanais ne possèdent pas la télévision, à faire une marche le soir lorsque la température est plus clémente. ..etc. Arrêtons cet esprit d’assistance! On attend tout le temps que le ciel pleuve des postes de travail, mais pas n’importe lesquels, des postes dans la fonction publique, مسمار في حيط، من غير تعب و فلوس مضمونة كل رأس شهر.

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