Nos fromages, à l’exception de notre bon vieux «testouri», sont des produits pour VIP. Il faudrait qu’ils soient démocratisés.

Nous ne citerons pas de marque pour ne pas faire de jaloux ni de publicité gratuite. Ce qui nous intéresse, ce sont bien les prix qui sont affichés un peu partout et qui, pour les mêmes marques, diffèrent d’un lieu à un  autre. A croire que ces fromages ne proviennent pas  du même fournisseur.

Les fromages sont un véritable concentré de calcium, c’est pourquoi ils sont préférables à d’autres aliments pour les en-cas, que l’on sert aux enfants. A ne pas confondre avec ces «préparations alimentaires» que certaines personnes achètent  pour leur prix plus à  la portée des bourses moyennes.

Le même type d’emballage porte, certes, la précision, mais il faudrait être informé pour faire la différence. Et comme,  en plus de leur exposition aux côtés des vrais fromages, ces précisions n’apparaissent pas toujours clairement, la confusion demeure possible.

D’ailleurs, à partir des prix, nous pouvons deviner ce qu’il y à l’intérieur de ces boîtes qui se ressemblent comme des sœurs jumelles: l’un se vend à quatre dinars deux cent-quatre-vingts, alors que l’autre est à …deux dinars cinq cent- cinquante millimes.

Pourquoi les prix des fromages sont-ils relativement élevés ?

Élevés surtout pour qu’une famille de quatre ou cinq personnes puisse en consommer de manière régulière. En effet, si l’on considère qu’une personne a besoin entre trente à quarante grammes de fromage par portion, une famille de cinq personnes se doit d’acheter deux cents grammes, disons de «fromage rouge hollandais». A trois dinars huit cents millimes les cent grammes, cela fait sept  dinars six cents millimes à payer. Dans une grande surface, nous l’avons trouvé à quatre dinars deux cents millimes les cent grammes. C’est plus que le prix d’un poulet qui nourrit toute une famille.

Et encore, on ne va pas loin avec cette quantité achetée, mais qui revient très cher pour une  bourse  moyenne. Autant dire que, dans ces conditions, que l’on a «goûté» au fromage et non pas en avoir mangé.

Des prix incroyables

La ricotta est à six dinars le kilo en vrac. Elle vaut plus de cinquante pour cent plus cher en emballage. En effet, dans son bel emballage en plastique, elle se vend à  trois dinars deux cent- vingt millimes les deux cent- trente grammes. Une autre marque se vend à deux dinars les cent-cinquante grammes. N’oublions pas de signaler que les pots se font à partir d’un plastique alimentaire importé, donc, payé en devises.

Sachant que  pour la mozzarella «classique», fromage à pâte filée qui se fabrique à partir du lait de vache, il faut en moyenne 10 litres pour produire un kilo.

Que la mozzarella que l’on dit « fromage des enfants », et dont Tahar Ben Jelloun dit « qu’elle lui rappelle le sein de sa mère, parce que lorsqu’il y mord, des gouttes de lait s’en échappent »,  est à  un dinar six cent-quatre vingt-dix chez les uns et dans une grande surface à un dinar sept cent-cinquante les cent grammes.

Si nous prenons en compte qu’il faut  5 litres de lait pour fabriquer 1 kg de fromage frais et 7 litres pour du fromage affiné.

 Qu’il faut environ 10 litres de lait pour fabriquer 1 kg d’emmental. 2 litres de lait pour un camembert.

 Pour 1 kg de beurre, il faut en moyenne 22 litres de lait.

Qu’il faut environ 10 litres de lait pour produire 1 kilo de fromage de Gouda.

Qu’avec un litre de lait, dont on retire une bonne partie de la graisse pour faire du beurre par exemple, on peut faire de sept à huit pots de yaourt. Là c’est une autre histoire.

Qu’une vache produit environ 20 litres de lait par jour, le rapport quantité utilisable et prix est loin d’être logique, explicable.

On a beau parler de produits importés, tels que la pressure ou pour d’autres intrants, d’énergie, d’amortissement de matériel, du coût de la main-d’œuvre, etc, quelque chose ne va pas.

Inexplicables

En conclusion, qu’il s’agisse d’une pâte fraîche pressée ou d’une pâte cuite, le fromage est bien un produit de luxe, dont les prix ne s’expliquent pas.

D’après les données du ministère de l’Agriculture, le secteur laitier représente 11% de la valeur de la production agricole, 25% de la valeur de la production animale et 7% de la valeur des produits agricoles.

Le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche a annoncé, le 6 juillet 2018, que le prix du lait frais à la production sera augmenté de 24 millimes pour s’établir à 890 millimes le litre, en tant que prix minimum garanti de l’agriculteur, contre 766 millimes le litre auparavant.

La hausse concerne la prime de collecte du lait consacrée aux centres de collecte du lait frais et son transport, soit 90 millimes par litre de lait collecté réfrigéré et industrialisé.

En 2019, le Syndicat national des agriculteurs de Tunisie (Synagri) a revendiqué l’augmentation du prix du lait à la production à 1.150 millimes, au minimum, afin de réduire les pertes supportées par les éleveurs.

D’une hausse à une autre

En  avril 2019, une hausse du prix du lait de 100 millimes le litre au niveau de la production a été décidée. Elle n’a pas  impacté le prix de vente et a été annoncée mercredi 24 avril. La répartition de ce montant : 55 millimes iront au producteur, 30 millimes pour les industriels et 15 millimes pour les collecteurs de lait. La Caisse générale de compensation (CGC) a supporté cette augmentation évaluée à 60 millions de dinars.

Dernièrement, une nouvelle grève a été renvoyée à une date ultérieure. Mais des augmentations sont réclamées par  les éleveurs.

Ce n’est pas l’objet de notre article, mais il n’empêche que les prochaines augmentations impacteront, elles, le milieu fromager qui est déjà à un niveau dépassant de loin le niveau de vie du Tunisien.

On rétorquera que l’on  peut s’abstenir d’en manger, ce n’est pas une obligation de le faire, mais dans le prix du lait que les producteurs de fromages utilisent, l’Etat est partie prenante.

Comme certains pâtissiers

C’est exactement ce qui se passe au niveau de la production des gâteaux. Des tailles minuscules et des prix défiant tout entendement. On a beau dire que les pâtissiers n’utilisent pas de la farine compensée, mais tout le monde sait qu’une très bonne partie de cette honorable corporation, surtout ceux  qui essaiment aux alentours,  utilisent cette farine compensée, dont les prix au niveau du produit final sont une source d’enrichissement illicite pour ceux qui réussissent à s’en procurer.

Les saisies opérées et les tonnes  qui gisent dans les dépôts clandestins sont là pour prouver que cela n’est pas vrai.Pour revenir aux fromages, qu’en sera-t-il des prix si le lait n’était pas compensé ?

Voilà pourquoi nous pensons que le fromage est un produit de luxe. On essaiera de nous faire croire le contraire, et il y a ceux qui savent faire danser les chiffres pour essayer de le prouver, mais l’amère vérité est là.

Nos fromages, à l’exception de notre bon vieux «testouri» sont des produits pour VIP.

Il faudrait qu’ils soient démocratisés.

Le consommateur a un rôle à jouer, s’il a le courage d’agir.

Nous en doutons.

 

Image par HNBS de Pixabay
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