Le nombre de personnes contaminées est reparti à la hausse dans les pays les plus touchés par la pandémie. Depuis l’ouverture de frontières, la Tunisie n’a pas été épargnée non plus. L’inquiétude est vive, d’autant plus que la rentrée scolaire est à nos portes.

Affirmer que tout va pour le mieux serait contraire à la vérité. Nos villes de l’intérieur nous choquent tous les jours avec des chiffres que personne ne prévoyait il y a si peu. Avec les inquiétantes annonces que l’on nous fournit quotidiennement et qui touchent plusieurs villes, un début de panique commence à saisir ceux qui pensaient que la Tunisie était hors de danger, empruntant de suite des attitudes qui n’ont fait qu’accélérer ou qui ont précipité les conséquences de ce relâchement.

De toutes les façons, le Covid-19 n’a pas joué à cache-cache avec les responsables qui se sont succédé à la tête du ministère de la Santé et aucun des «généraux» présumés, n’aurait changé quelque chose à leur assurance lorsqu’ils avaient explicitement déclaré que «ça allait».

Ce regain de vigueur n’est pas une exception tunisienne. On décompte dans le monde les vingt cinq millions de cas d’infection, et le seuil des huit cent mille morts est dépassé.

Dans le monde entier, on s’empresse de revenir aux restrictions qui ont été imposées en début de pandémie. Il y a même des pays qui ont décrété le couvre-feu pour mieux contrôler la situation.

Les hôpitaux mieux préparés

Avec la parution de la décision prise en Conseil des ministres, le port du masque est redevenu de rigueur à l’intérieur et à l’extérieur des espaces publics, là où il y a risque d’avoir des rassemblements.

L’explication de ce retour en force nous a été donnée par une personnalité qui savait de quoi elle parlait : le Tunisien est du type asymptomatique. Il n’a pas présenté en début de pandémie des signes annonciateurs de la maladie. C’est la raison pour laquelle ces chiffres ont évolué de façon vertigineuse, étayée par l’accroissement du nombre des tests de contrôle qui ont gagné en précision avec le déploiement des unités sanitaires de proximité civiles et militaires. Ce n’est donc pas l’ouverture des frontières qui est la cause du retour de la pandémie. Avec les précisions que l’on essayait de faire passer dans les bulletins journaliers, on indiquait fièrement que tels cas étaient «importés». Ce n’est plus de mise avec ce qui se passe à Kairouan, Le Kef ou au sein des autres régions du Sud telles qu’El Hamma, Gabès ou Gafsa, etc.

Se préparer au pire

Le plus inquiétant, c’est que le calendrier et la montre commencent à jouer contre ceux qui sont aux avant-postes. La rentrée scolaire, avec la mobilisation de plus de deux millions de personnes, appelées à se déplacer ensemble, à être présentes en même temps sur un terrain exposé et où le respect des gestes barrières et les précautions à prendre ne sont pas toujours de rigueur a de quoi inquiéter. Une mobilisation doit être mise en mouvement pour les entreprises, les transports, les lieux de ravitaillement, la culture, les sports et qui exigent des mesures respectant les conditions de sécurité, de distanciation, le port des masques, ainsi qu’un comportement bien défini par les protocoles sanitaires mis au point, dont des gestes barrières incontournables.

Le fait d’accepter de vivre avec ce virus, il y a quand même quelques dangers ou dommages collatéraux inévitables. Les affaires ne pourront tourner qu’au ralenti.

C’est le tribut à payer pour bloquer ce virus, tout en protégeant les plus fragiles.

Il nous paraît opportun de préparer un programme pour éviter aux élèves et aux collégiens les conséquences d’un arrêt brusque de la scolarité. En effet, que ferions-nous si nous sommes dans l’obligation de fermer une école ou un collège ? Serions-nous contraints de revenir à des cours à distance ?

Peut-être que oui, peut-être que non, mais le sage aurait intérêt à tout prévoir d’avance pour ne pas perdre de temps. Les batteries de mesures à prendre pourront toujours servir pour alimenter les programmes d’une chaîne nationale 2 qui assisterait les élèves incapables de se payer des cours de soutien, tout en aidant à rattraper ceux qui n’ont pu être dispensés à l’occasion de la période de confinement.

Conséquences sociales

Une recrudescence de l’épidémie, dont personne ne pourra garantir la fin, avant l’arrivée d’un vaccin et du traitement qu’elle exige, a des conséquences sur les enfants en premier lieu. Des incidences psychologiques qui se répercutent sur toute la famille, introduisent les grains des désaccords entre les parents, mettent sous tension les relations, précipitent la déscolarisation et les décrochages scolaires.

Nous n’avons pas encore établi, à ce propos, le bilan à la suite de la période de confinement.

Beaucoup d’enfants n’ont pu reprendre les cours. Qu’en est-il de leur avenir ? Qui les prendra en charge ? Que va-t-on en faire s’ils sont encore en âge de reprendre les cours ou s’ils ont dépassé cet âge ? Va-t-on les orienter vers la formation et l’apprentissage d’un métier, ou va-t-on les laisser livrés à eux-mêmes, proies des gangs et des lobbys qui n’attendent que ces très jeunes perdus, sans repère, dans le besoin, pour couper une route ou lancer une bombe Molotov et gagner un billet ?

Relance économique

Cette poussée du virus arrive à un moment critique de l’année. L’automne-hiver, c’est la relance économique et agricole. Avec la cueillette des dattes, des grenades, du raisin, la préparation de la terre aux grandes cultures, les semailles, la cueillette des olives, la relance des huileries, etc. On ne peut imaginer ce qui pourrait advenir à la suite d’une interdiction de passer d’un gouvernorat à un autre pour transférer des productions ou pour redéployer une main-d’œuvre.

L’hiver, surtout, est difficile pour ceux qui sont démunis. Nous ne pourrons jamais oublier ces gros plans faits et refaits pour choquer, effectués par les chaînes télévisées sur des enfants et des personnes âgées rongées par la misère.

Leur situation est inquiétante, étant donné que l’hygiène est une des principales conditions pour bloquer la propagation du virus. Un virus, qu’un enfant peut sans le savoir ramener de l’école serait catastrophique pour toute sa famille, pour le village, pour la ville. Comment s’en prémunir ? Alors qu’on coupe les routes en raison de l’absence d’eau potable, comment concilier ce besoin de se laver et la pénurie d’eau? Où trouver ce morceau de savon salvateur ? Comment faire pour que chaque membre de la famille ait sa propre serviette ?

C’est toute une pédagogie à adopter pour répondre à toutes ces interrogations et à bien d’autres encore.

Les enseignants en première ligne

Le rôle des enseignants nous paraît de première importance. Ils sont proches de leurs élèves et ces derniers ont confiance en eux. Ils pourraient conseiller, expliquer, dédramatiser, aider à porter la bonne parole et contribuer à colmater les brèches que les lourdeurs administratives laissent grandes ouvertes et sans réponses.

En attendant, il nous semble opportun de se préparer, d’ores et déjà, à une nouvelle vague qui arrivera au mauvais moment.

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