Ça ne semble pas tourner rond au Cap, bon et propice à la surenchère et la spéculation. Le sentiment d’impunité aidant, tout s’achète et se vend la plupart du temps, en marge de la légalité. Même les produits de première nécessité, lourdement subventionnés, ne sont pas demeurés en reste. Certains points commerciaux se livrent à un trois en un, étrange et singulier : l’on y est à la fois épicier, boulanger et pâtissier. Et adieu la farine et l’huile subventionnées! Et bonjour les dégâts!
C’est, en quelque sorte, «consigner le foie dans la gueule du chat». Même le consommateur avisé, mû par un sens aiguisé de civisme, cherchant à réagir, tendre la main et soutenir l’effort officiel de lutte contre l’anarchie, n’est pas pris au sérieux et marginalisé… Et c’est bien dommage !

Cela dit, on n’a jamais assez de le dire et de le redire : le contrôle économique n’est pas le rôle exclusif du personnel de contrôle. Il devrait être partagé bénévolement et avec conviction avec le consommateur. D’autant que les effectifs des agents de contrôle déployés sur le terrain sont très insignifiants par rapport aux besoins.

Une hirondelle ne fait pas le printemps

Et puis, ne dit-on pas qu’une hirondelle ne fait pas le printemps. Et «qu’il n’y a que nos ongles qui nous grattent la peau». Aussi, faut-il que commerçants et consommateurs sachent au moins les abc de leurs devoirs et obligations mutuels. Sur ce plan, l’administration ad-hoc ne semble pas bouger assez pour sensibiliser (par voie médiatique et autres, tels que les prospectus et les dépliants de vulgarisation) les uns et les autres sur la réglementation économique, demeurant souvent le secret bien gardé et jalousement rangé dans les tiroirs des «ronds de cuir» concernés. Pourtant, la sensibilisation et l’implication du consommateur sont le support et le levier idoines et complémentaires à l’effort souvent timide du corps de contrôle, monopolisant le rôle répressif et coercitif.

Au Cap Bon, par exemple, où je me suis fait le plaisir d’élire domicile pour savourer les délices d’un climat clément, contrastant avec le «chehili» et le sirocco d’ailleurs, j’ai eu le déplaisir, l’œil critique aidant, de constater que les abus atteignent leur paroxysme. Le contrôle économique semble souffrir de moult défaillances.

Liberté chérie !

Tout s’y vend et s’y achète en marge de la légalité. C’est la liberté chérie! On y commerce souvent sans quittances d’achat, sans affichage des prix, sans instruments de mesure conformes aux normes et garantissant la transparence des transactions commerciales. En dehors des supérettes et supermarchés, le petit pain est éternellement majoré de dix millimes sous prétexte de ne pas avoir la petite monnaie. Même si vous achetez vingt baguettes, l’on vous fait payer vingt fois dix millimes, c’est-à-dire deux cents millimes de plus. Le prix du grand pain est «conventionnellement» arrêté à 250 millimes, au lieu de 230 millimes. De l’eau de robinet est parfois glissé dans les sticks d’eau minérale. Le prix du lait est majoré de 100 millimes et parfois plus.

Idem pour le ticket de recharge téléphonique. Celui d’un dinar cent cinquante millimes est refilé à un dinar deux cent cinquante millimes. Idem aussi pour l’huile de soja lourdement subventionnée. Elle est généralement vendue à un dinar au lieu de 900 millimes. C’est à prendre ou à laisser. Si, par mégarde,  on s’avise de rouspéter, l’on aura plus la chance d’être servi la fois d’après. Sachant que les cagots d’huile sont soigneusement gardés à l’abri des regards indiscrets. Et la distribution se fait à la tête du client !

Consigner le foie dans la gueule du chat !

Tant que nous y sommes, sachez, comble du laisser aller et laisser faire ! Qu’il m’a été donné de me trouver, au Cap, bon et propice à la spéculation, dans certains points commerciaux, où l’on cumule trois spécialités. Il s’agit à la fois d’une épicerie, d’une boulangerie et d’une pâtisserie ! Ayant la farine et l’huile subventionnées à portée de main,  on y prépare à tour de bras des gâteaux de toutes sortes bel et bien subventionnés ! Une manière des plus faciles de se faire une belle fortune et de faire, du coup, l’infortune des «crève-la-faim» pour lesquels le subventionnement est destiné. C’est, en quelque sorte, comme dit notre sagesse populaire : «Consigner le foie dans la gueule du chat!»

Que de «gourmandise» !

Au souk de la Médina de Nabeul, les touristes, aujourd’hui de moins en moins nombreux, sont silencieusement «égorgés» sans pitié.

Ceux-ci ayant parfois à payer le quadruple du prix, en l’absence d’affichage des prix des divers articles artisanaux. Pour se prémunir contre l’extrême «gourmandise» des marchands des céans, ils sont amenés à se faire accompagner par un quelconque autochtone. C’est en retournant à l’hôtel, que les grandes arnaques éclatent au grand jour, à la lumière de la comparaison des prix d’un même article, offert  à d’autres résidents étrangers.

La pseudo-facture !

Tenez, pour la petite histoire, voici des faits concrets m’ayant été narrés par un mien confrère et non moins frère, établi à Dar Chaâbane.

De quoi s’agit-il au juste? Eh bien, le bel ami s’est adressé à un grand magasin de commerce d’accessoires ménagers, établi non loin de chez lui.

Après avoir parcouru tous les rayons des lieux, sa douce moitié fait le plein de son chariot : des services d’assiettes, de verres, etc. Cela malgré les appels dissuasifs du conjoint.

Bref, celui-ci dut casquer une rondelette somme par chèque qu’il n’aura pas à regretter en recevant des invités. En consommateur avisé, il réclame à la caissière un ticket de relevé de compte de ses achats, pour vérifier l’exactitude du calcul. Et c’est son droit le plus élémentaire. La bonne dame n’adhère pas à son désir, arguant de l’absence de ruban. Il réclame alors une facture au maître des lieux. Qui, navré par l’insistance du client, lui fait servir, en guise de facture, un bon de livraison libellé de la marchandise achetée? Un bout de papier où ne figurent ni l’entête de l’établissement, ni les coordonnées, ni le tampon. Bref du noir sur le noir et blanc. En contestant la prétendue facture, le pauvre client s’est vu traité  de tous les noms d’oiseaux et accusé orageusement par le patron d’être un trublion et un pêcheur en eaux troubles !

Et n’eussent été la chance et la providence, le monsieur aurait risqué le pire et laissé des plumes !

Aux abonnés absents !

Suite à quoi, le chevalier de la plume prend sa plus belle plume et couche un rapport détaillé au sujet de l’incident, à l’adresse de la direction régionale du commerce (Nabeul). Rapport accompagné d’une copie de la pièce litigieuse. Et voilà que, depuis des semaines, il harcèle les services concernés par coups de fil pour s’expliquer avec le contrôleur chargé du dossier ou le chef hiérarchique et chercher à connaître l’issue de sa plainte. Tout ce beau monde est aux abonnés absents ! Entre-temps, l’intéressé est interpellé par différents agents, cherchant à localiser le magasin, laissant entendre que la coordination fait défaut et qu’on est encore au poids mort ! Et voilà que ces jours-ci l’intéressé reçoit une convocation pour vendredi dernier à 9h00, un rendez-vous unilatéralement pris, traité ainsi sans ménagement comme un vulgaire mis en cause.

Un contrôleur bénévole de moins !

Suite à quoi, l’intéressé ne donne pas suite à la convocation, jurant ses grands dieux de ne plus jamais s’aviser à lever le petit doigt et se déranger outre mesure. Et de rejoindre désormais les rangs de la majorité silencieuse qu’il avait pourtant, tant critiquée et stigmatisée. Etant mort de regret de constater que le magasin pointé du doigt continue tranquillement à exercer dans le cafouillage lui étant coutumier…

Un contrôleur bénévole a été ainsi perdu. Il ne doit pas être le seul à baisser les bras et s’en laver les mains. A cause de la réaction passive, voire négative de ceux qui ont besoin de la collaboration du consommateur pour avoir partout «l’œil de Moscou».

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