Dans le Grand-Tunis et à l’issue d’une  campagne ciblant les restaurants, les fastfoods, les cafés, les grandes surfaces, les espaces de loisirs, des équipes mixtes de la santé et du commerce ont adressé, ces derniers jours, 50 avertissements, proposé la fermeture de 7 commerces ne respectant pas les règles d’hygiène, saisi 147 kg de produits alimentaires impropres à la consommation et rédigé 14 infractions économiques.


Bien entendu, le port du  masque, la distanciation sociale, la stérilisation des locaux, objets des recommandations datant du 4 juin 2020, n’étaient respectés qu’à  20%.

Les problèmes sanitaires des grandes surfaces  n’ont rien à voir avec ceux des restaurateurs ou de la gargote dont le nombre se multiplie à vue d’œil. Bien des commerces ont été reconvertis. La restauration marche, entendons-nous dire  partout, alors que les drapiers, vendeurs de prêt-à-porter ou autres activités stagnent depuis un bon bout de temps.

Les contraintes économiques, sociales et…familiales ont fait que cette restauration tourne à plein régime. La femme travaille, les enfants mangent à la crèche ou à la cantine, il faudrait bien qu’il y ait  des lieux pour   permettre de dîner sur le pouce.

Des conditions incontournables

On a beau dire tout ce qu’on veut. Le fait de trouver des gargotes qui font à peine seize-vingt mètres carrés est une aberration. En effet, aucun respect de distanciation sociale, ni au niveau des personnes qui attendent leur tour pour être servies, ni au niveau de la planche fixée au mur qui fait office de table. Bien entendu, il y a des tables qu’on installe sur le trottoir et autour de laquelle se pressent autant de personnes qu’elles pourraient recevoir, mais Covid-19 ou pas, on en convient, il n’y a rien d’hygiénique dans tout cet attroupement.

Certes, à une certaine époque, avant cette histoire de virus, cela faisait partie du folklore, mais il y a une logique à respecter.

C’est qu’il n’y a pas que la seule vitrine « réfrigérée » qui occupe l’espace de manipulation des produits appelés à être servis à la clientèle.

Il y a la cuisine où s’amoncèlent les légumes à préparer en salades et autres composants dont certaines gargotes ou points de vente de restauration légère sont passés maîtres en la matière.

Ce sont ces petits secrets, ces tours de main qui font leur réputation et font d’elles des points de rendez-vous pour les  fins gourmets de l’alimentation des rues en Tunisie.

Le problème réside dans cette facilité qui s’installe au fil des jours. Avec des apprentis volages, qui sont loin d’être fidèles, par ces temps où la paresse est devenue la qualité la mieux partagée, il y a toujours des failles.

Il faudrait repartir à zéro, donner des instructions, inculquer des gestes et des préparations de base pour faire vite et ne pas laisser en attente une clientèle qui vient en même temps, veiller à la propreté de l’habillement, des mains, du visage, mettre un masque même en dehors des obligations à laquelle le Covid-19 plie toute la population.

Cela n’est pas toujours évident

Il n’y a pas que les gargotiers qui se laissent aller. Les mêmes mauvais réflexes se retrouvent auprès des «restaurateurs». Ils disposent de l’espace, mais économisent sur le personnel, sur la qualité des produits, s’adonnent à des mélanges grotesques pour ne pas être dans l’obligation de jeter les restes, etc.

Conséquences de ces « manipulations », nous retrouvons le bonhomme qui délaisse la coupe des cornichons ou des patates, pour balayer ce qui est tombé par terre. Bien entendu, il oubliera de se laver les mains, ou il les essuiera dans un semblant de tablier luisant de graisses et de saletés accumulées.

Ne parlons pas de cette… étourderie à son retour des toilettes. S’il n’est pas habitué à le faire chez lui, à la maison, surtout parce qu’il ne dispose pas  d’eau courante, il est impensable qu’il s’y plie.

A la fin,  tout cela débouche sur des produits souillés, emmagasinés pêle-mêle, stockés hors du frigo faute de place ou pour des raisons de facilité d’accès. Les frigos, à supposer qu’ils fonctionnent,  de toutes les façons, avec leur utilisation fréquente, ne sont pas toujours efficaces.

La température ambiante enfonce le clou dans ce fatras, et comme on oublie souvent de faire le ménage avant de partir, et qu’on omet de vider et de laver et désinfecter  le broyeur, on repartira le lendemain avec ce qui y est resté la veille.

Le «cochon de payeur» ne s’apercevra jamais de ces agissements à la limite criminels, car il y a toujours des problèmes gastriques que chacun met sur le compte de l’eau ou de la boisson très froide, pour avoir marché pieds nus, etc.

Pour ceux qui adorent ces repas de rues, ces restaurants où ils se font servir, où ils aiment sentir le fumet des plats qu’ils préfèrent, tout est acceptable.

Au bout du compte, le citoyen, peu regardant à ces détails, est impliqué dans ces insuffisances.

Nous avons vu des inspecteurs sanitaires prier les clients de sortir en raison de la décision de fermeture prise. Ce n’était pas facile de les convaincre que leur restaurateur a tout simplement mis leur santé, pour ne pas dire leur vie, en danger.

Qu’à cela ne tienne, il faut absolument acheter ce casse-croûte, ces beignets, cette pizza avant de rentrer.

Des substituts

Ne parlons pas des substituts que les vendeurs de pizza utilisent. La pâte est souvent congelée. Les fromages sont couramment des préparations alimentaires auxquelles on ajoute des condiments pour dérouter le goût. Le beurre est mélangé à de la margarine, alors que la mayonnaise est faite sans œufs, mais avec de l’huile végétale et du lait.

Ces manipulations, et bien d’autres inventions de ces esprits sans scrupules, permettent de jouer sur le prix et sont à l’origine d’un gain facile. Imaginez des gamins qui sont affamés et qui  sentent les douces senteurs d’une pizza à emporter. Ils sautent dessus sans prendre la peine de regarder ce qu’ils mangent.

Bien entendu, il ne faut pas généraliser. Il y a des restaurateurs et des gargotiers honnêtes, mais cette corporation a besoin d’être suivie de près. Lorsque l’on a la tête dans le tiroir-caisse, on se permet bien  des dépassements.

Des sanctions trop tendres

Dans ces milieux, on avoue que le jeu en  vaut la chandelle. Les sanctions prises ne sont pas du tout du genre dissuasif. Les quelques centaines de dinars payés, la fermeture pour un laps de temps, plus ou moins long, ne sont rien par rapport à ce qui échoue quotidiennement dans  le tiroir-caisse. L’argent coule à flots et la clientèle reprend le chemin de ces points de vente en dépit des problèmes et complications qu’ils mettent toujours sur le compte d’autres choses.

C’est un des points à revoir, car il ne s’agit nullement de sanctionner pour faire mal, mais bien pour prévenir, anticiper et  éviter des complications toujours possibles, surtout lorsqu’il s’agit de la santé d’autrui.

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Un commentaire

  1. Hajer El Mabrouk

    06/09/2020 à 13:28

    L’article sur la restauration est très vrai et bien écrit. Merci à l’auteur de soulever ce problème ! J’espère que les mentalités changeront ne serait ce le temps de la pandémie !

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