Si en 2016, la Tunisie a subi une quarantaine d’attentats terroristes, ce chiffre a significativement baissé en 2019, avec 29 attaques. Nouvelle baisse en 2020. Les arrestations, au contraire, sont allées crescendo : 260 en 2016, 403 en 2017, plus de 500 en 2018.

Avec les larmes, le deuil et la colère, il est difficile de garder la tête froide pour une réflexion. Mais c’est indispensable si l’on veut continuer à combattre le terrorisme. Et c’est effectivement le cas depuis 2017. Que signifie donc l’attaque terroriste de dimanche? Est-elle un signe d’une  recrudescence de la menace djihadiste ? Comment s’inscrit-elle dans l’histoire récente du terrorisme en Tunisie ?

Malgré la vive émotion qu’elle a suscitée auprès de la majorité des Tunisiens, une population qui porte encore les stigmates des années noires. Des années où le pays vivait au rythme des attentats, ciblant invariablement nationaux, touristes et représentants de l’Etat, l’attaque d’Akouda n’a pas cette « envergure ». Loin de là.

Elle est perpétrée par des extrémistes, des radicaux, certes. Dans son modus operandi, elle porte la signature de Daech. Mais c’est la première attaque urbaine depuis longtemps, comme nous allons le voir. Et elle a été montée avec des moyens rudimentaires. Ce genre d’attaques, classiquement, est réalisé par les mouvances qui veulent montrer qu’elles existent encore et qui n’ont plus la capacité de mener des opérations de grande envergure.

L’assaut a été vite donné

On déplore un martyr de la Garde nationale. Une victime est une victime de trop. Laissant presque toujours derrière elle une famille endeuillée et souvent désemparée, privée de ses ressources. L’attaque a fait également un blessé grave, le collègue, qui a eu plus de chance. A l’issue d’une intervention chirurgicale de quatre heures, il semble tiré d’affaire. Laissant enfin un pays en proie à des questions lancinantes, s’adressant aux forces de sécurité et militaires, tous corps confondus : avez-vous baissé la garde ? Pourquoi cette attaque de trop ? A quoi devrions-nous nous attendre encore ?

La réponse ne se fait pas attendre. Les trois assaillants ont été abattus dans le quart d’heure qui suit. La riposte des unités des forces de l’ordre a été rapide et efficace. Les armes saisies par les assaillants ont été récupérées, les couteaux également, les téléphones, les cartes mémoires ainsi que les corps des terroristes. Une mine d’informations.

Que dit l’histoire récente ?

Cette année, on déplore une attaque par un engin piégé qui a explosé contre une patrouille militaire dans le gouvernorat de Kasserine, au mois d’avril 2020. Un mois auparavant, en mars, une patrouille de police a été attaquée aux Berges du Lac, à Tunis.  D’après les données fournies par un think tank international spécialisé dans les affaires terroristes, le rythme des attentats en Tunisie a enregistré une baisse conséquente en 2019 et 2020.

Il est primordial, donc, pour avoir une vue globale sur la question de non pas minimiser mais « contextualiser cela, précise l’étude, et de souligner le chemin parcouru par la Tunisie ces dernières années pour faire face à son problème de terrorisme ». La Tunisie, avancée majeure, n’est plus sur la défensive dans sa lutte contre les terroristes « locaux » qui se revendiquent de l’EI ou d’Al-Qaïda. Au contraire, le pays s’est engagé dans une démarche d’anticipation. Le Centre de recherche affirme également que la Tunisie, compte tenu de ses succès, peut s’ériger en modèle régional, voire mondial, dans sa lutte contre le djihadisme transnational.

Cependant, des défis internes peuvent entraver cette démarche qui a prouvé son efficacité, «la présence de combattants étrangers sur la ligne frontière avec la Libye qui peuvent être l’origine d’une résurgence du terrorisme». Egalement, la surpopulation carcérale qui représente le deuxième défi. Il a été prouvé, non pas en Tunisie, mais en France et dans le monde, que  la prison est un foyer d’apprentissage de la criminalité terroriste.

Rester vigilants, sans trop s’inquiéter

Dans un autre registre, selon les Nations unies, au début de l’année 2019, il ne restait plus que 80 djihadistes dans le maquis. L’armée tunisienne n’a eu de cesse de décimer les groupes terroristes, en éliminant d’abord leurs cerveaux et dirigeants. Ces 80 djihadistes étaient constitués de deux groupuscules, l’un pro Qaïda et l’autre pro-Daech. Selon nos calculs et en tenant compte des terroristes tués en 2019 et 2020, ils ne sont plus 80, mais une soixantaine.

Ainsi et en 2019, il a été enregistré une forte augmentation des poursuites judiciaires pour terrorisme. Cela donne à penser qu’une efficace coordination est scellée entre les forces de l’ordre et le pouvoir judiciaire. « Conférant une plus grande légitimité au système », et ce, par la mise en place d’un processus plus transparent. En comparant les données fournies par ces études: si en 2016, la Tunisie a subi une quarantaine d’attentats terroristes, ce chiffre a significativement baissé en 2019, avec 29 attaques seulement. Les arrestations, au contraire, sont allées crescendo : 260 en 2016, 403 en 2017, plus de 500 en 2018.

La Tunisie sur le bon chemin, mais…

La coopération entre les forces de l’ordre et la Justice demande à être plus renforcée. C’est une revendication de certaines formations politiques et de la société civile. Une autre condition est à même de conforter le succès de la Tunisie dans sa lutte contre le terrorisme, la réforme du système pénitentiaire, en réduisant notamment la surpopulation dont il souffre. Objectif, soustraire les jeunes, principalement, de la pression des caïds des réseaux djihadistes.

Les succès de la Tunisie, qu’on se le dise, est un élément fondamental pour asseoir une stabilité nationale mais également régionale. Ses efforts méritent donc d’être consolidés par les pays partenaires confrontés tous au même fléau. Puisque le monde l’a, enfin, compris, nul n’est à l’abri.

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