Au large de la ville de Sfax, les îles Kerkennah gardent encore leur mystère et leur charme. A la beauté naturelle légendaire de cet archipel vient s’ajouter une autre particularité, unique en son genre, à savoir que des citoyens ont la possibilité de travailler dans une partie de la mer. Mais, revers de la médaille, les ressources halieutiques s’amenuisent de plus en plus. Les poissons se font de plus en plus rares…


Les felouques des pêcheurs ont la chance d’assister au quotidien à un beau spectacle bien particulier : celui des poissons de toutes formes. Entre les Kerkeniens et les poissons, une vieille histoire d’amour s’est tissée au fil des jours. L’activité de la pêche constitue, en effet, la principale source de revenu des Kerkeniens qui vivent essentiellement de la mer. 10h00. Une vingtaine de pêcheurs, l’air fatigué, le pas lourd, sont de retour après de longues nuits de pêche passées en mer. Ils s’activent pour faire descendre des caisses de poissons mi-pleines. Le résultat de la pêche ne correspond pas aux attentes.

Pêche ancestrale et traditionnelle

Les quantités de poissons, de petit calibre, sont réduites. Raïs Mondher, la cinquantaine, dispose d’un bateau de pêche, parmi la vingtaine de bateaux qui ont quitté le port à la recherche de poissons. Il a révélé que la pêche ancestrale figure parmi les traditions de l’archipel. Au cours de ces sorties, de nombreux pêcheurs, le visage bronzé par un soleil de plomb et les mains durcies par la manipulation des filets, partent en groupe, avec leurs embarcations pour pratiquer cet art de pêche, qui est le premier gagnepain des Kerkeniens et la principale activité économique des habitants des îles.

Mondher regrette que cette activité soit frappée de plein fouet après la révolution. Les petits pêcheurs, qui sont majoritaires, subissent les conséquences de la pêche anarchique avec les larges filets et le «kiss» qui détruisent les ressources halieutiques. Des pêcheurs mécontents, désespérés, essayent de survivre malgré ces mauvaises conditions…

Pêche anarchique ravageuse

Il s’agit d’une menace qui pèse sur les ressources halieutiques de l’île. En effet, la pêche anarchique a fait des ravages dans l’écosystème. La situation environnementale est déjà fragilisée et continue à se détériorer. Au cours de ces dernières années, les pêcheurs ont vu leurs outils de pêche traditionnelle concurrencés par le chalutage et la vente illicite du poulpe. Une méthode qui décime les réserves de poissons et arrache les plantes du fond marin. Conséquence: les revenus des pêcheurs de Kerkennah ont baissé de 80% au cours des dernières années.

Un peu plus loin, Ridha, la soixantaine, déclare sur un ton maussade que «les pêcheurs éprouvent des difficultés pour conserver leur mode de vie et de travail. La pêche est bien maigre ces jours-ci. Je rentre bredouille», poursuit notre interlocuteur, le coeur serré. Nos filets sont vides. Un appel est lancé aux autorités locales pour agir afin de mettre fin à ces pratiques. «L’Etat doit améliorer les conditions de vie sur l’archipel, d’autant plus que la situation économique et environnementale dans ces lieux déjà fragilisés continue à se détériorer. Notre but est d’inciter chacun à faire un effort dans le but de protéger notre environnement.

Le contrôle est nécessaire pour rappeler à l’ordre tout contrevenant», recommande-t-il. Un autre pêcheur raconte, avec la voix pleine de nostalgie, que les moments d’euphorie, lorsque les filets remontaient pleins de poissons, sont bien finis. Aujourd’hui, ces moments se sont transformés en moments de détresse. D’où la nécessité de rationaliser l’exploitation des ressources halieutiques et chacun doit déployer un effort dans le but de protéger l’environnement et l’écosystème de l’île.

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