La plupart des élèves ont oublié la majeure partie de ce qui leur a été enseigné l’année dernière.

C’est dans un contexte sanitaire exceptionnel marqué par des déclarations rassurantes quant à l’importance des mesures préventives visant à limiter la propagation du Covid-19, ainsi que celles relatives à l’allégement des programmes et au système d’alternance, que les 75.000 écoliers et 45.000 collégiens et lycéens ont entamé la nouvelle année scolaire dans une certaine cacophonie, surtout en ce qui concerne les horaires décalés. En effet, chaque classe est répartie en deux groupes fonctionnant sur le mode de l’alternance entre les jours de repos et de cours. Chose qui n’est pas toujours facile à appliquer surtout dans des écoles qui ne comptent que trois salles de classe.

En outre, beaucoup d’écoles, dont l’infrastructure est délabrée, souffrent de l’absence  de cadres éducatifs, d’eau potable, d’électricité, de clôtures, de cantines, de blocs sanitaires et d’ouvriers pour le nettoyage. En fait, ces établissements n’ont pas été bien préparés pour appliquer le protocole sanitaire. D’où la méfiance des parents et du cadre éducatif. D’ailleurs, certaines écoles n’ont pu accueillir jusqu’à la date d’aujourd’hui leurs élèves. On citerait les exemples des écoles de Ras El Itha et d’Essarj, situées dans les montagnes de Oueslatia et qui n’ont ni toilettes, ni eau potable, ni électricité, ni clôture, ni gardiens. En effet, les travaux de restauration et d’extension ayant débuté en 2016 à l’école Essarj qui ne compte que trois salles, à ciel ouvert, n’ont pas été achevés. Idem à l’école Ras El Itha où des travaux ont débuté en 2018 mais restent inachevés. Par ailleurs, le manque de produits d’hygiène et de désinfection ainsi que de bavettes et de gel fait craindre le pire. Ainsi, au lycée Ibn Rachik (Kairouan-ville), une élève, inscrite en 3e année Lettres, a été testée positive au Covid-19, le 25 septembre, sachant qu’elle a dû attendre pendant 10 jours ce résultat, durant lesquelles elle continuait à fréquenter son lycée et à côtoyer ses camarades et ses enseignants. D’où la panique générale au sein de cet établissement et le sit-in organisé le 26 septembre par les enseignants qui exigent, d’une part, la nomination d’un proviseur (depuis la rentrée, un proviseur par intérim ayant à sa charge le lycée Ibn El Jazzar, assure difficilement cet interim) et, d’autre part, la désinfection totale des locaux. Notons qu’une liste de toutes les personnes ayant contacté cette jeune fille a été établie afin de les soumettre aux prélèvements. En outre, une opération de nettoyage et de désinfection a été assurée afin de permettre la poursuite normale des cours…

Noyade d’un élève à Chebika

Dans la zone rurale d’El Kama (délégation de Chebika), un élève âgé de 14 ans, et inscrit au collège de Chebika, a voulu se rafraîchir dans une Jebbia en compagnie de deux de ses camarades, vu la hausse anormale de la température, en cette journée du 25 septembre, frôlant les 40°. Malheureusement, il est mort noyé bien que ses camarades, meilleurs nageurs, aient fait des efforts pour le sortir de l’eau. En vain..

Par ailleurs, trop d’heures creuses dans les emplois de temps des collégiens et des lycéens exposent ces derniers aux dangers de la rue, aux trafiquants et aux délinquants, sans oublier le risque de contamination par le virus. Il serait nécessaire de regrouper les heures de cours pour leur permettre de regagner leurs domiciles à la fin des cours. Toujours à Sbikha et, plus précisément au village de Hendy Zitoun, les parents ont décidé le 25 septembre la fermeture de la seule école en empêchant tous leurs enfants d’y aller sans avoir cours et cela à cause du manque flagrant d’instituteurs (il en manque 14), sachant que cette école compte 334 élèves. Dans les zones rurales, le manque de ressources n’encourage pas les familles nécessiteuses à acheter les bavettes de protection. Certains élèves se trouvent obligés d’emprunter celles de leurs camarades augmentant, ainsi, le risque de contamination. Pourtant, les responsables ont affirmé que les masques de protection seront distribués  aux élèves  nécessiteux. Il n’en fut rien.

Organisation inintelligible

Après une rupture de 6 mois, les élèves ont été, durant les deux premières semaines de la rentrée scolaire, quelque peu déboussolés par le nouveau rythme scolaire et  l’application du protocole sanitaire. Sihem, professeur de français, dans un collège à Chebika, nous a confié que ses élèves (8e année) ont oublié une partie du programme scolaire de l’année dernière et  n’arrivent plus à faire la différence, à titre d’exemple,  entre les modes et les temps d’un verbe. C’est pourquoi la plupart des enseignants ont consacré leurs premières séances à la récapitulation des enseignements de l’année scolaire précédente, suivie par une synthèse des cours du troisième trimestre sans oublier de rappeler aux élèves les mesures de prévention sanitaire pour se protéger du coronavirus : «Ce n’est pas toujours facile de veiller à l’application des recommandations du ministère de la Santé au sein de la classe d’autant plus que nous-mêmes nous avons du mal à supporter les bavettes, surtout quand il fait chaud et qu’on porte des lunettes!»,  confie Salem, un instituteur de l’école de Fej Houisset.

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