Crédit photo: La Presse de Tunisie


Par Abdel Aziz HALI

Alors que le torchon brûle entre Erdogan et Macron sur fond d’une campagne de boycott ciblant les produits français dans plusieurs pays musulmans, en signe de protestation contre les déclarations d’Emmanuel Macron sur le «séparatisme islamiste» et sa défense des caricatures du prophète Mohammed, les Camerounais sont toujours sous le choc suite au massacre survenu le week-end dernier à Kumba, dans la région du Sud-Ouest anglophone.

En effet, au moins sept enfants de neuf à douze ans inscrits dans l’établissement scolaire privé « Mother Francisca International Bilingual Academy » ont été froidement assassinés, samedi matin, dans leur classe par une dizaine d’hommes, armés jusqu’aux dents.
Les hôpitaux de la région, notamment ceux de Kumba, Buea et Mutengene ont accueilli, avant-hier (dimanche), une douzaine d’enfants blessés, dont certains sont entre la vie et la mort.

« Une équipe de Médecins Sans Frontières (MSF) a pris en charge dix d’entre eux, âgés de dix à quinze ans, dont sept étaient dans un état grave, blessés par balle, selon Alberto Jodra, coordinateur MSF dans la région du Sud-Ouest, actuellement à Kumba », souligne une dépêche de l’AFP.

Si Yaoundé a pointé du doigt des bandes armées terroristes sécessionnistes, évoquant «un acte terroriste d’une cruauté et d’une barbarie insoutenables», les parents et les proches des victimes ont, de leur côté, exprimé leur rage au ventre à travers un rassemblement tenu, avant-hier (dimanche), à Kumba, pour dire «Non aux tueries et aux assassinats», chantant et marchant «contre la violence».

«Il n’y a pas de mots pour le chagrin ni de condamnation assez forte pour exprimer toute mon horreur face à l’attaque brutale qui a visé des écoliers en école primaire (…) alors qu’ils étaient assis, en train d’apprendre, dans leur salle de classe», a également déclaré Moussa Faki Mahamat, président de l’Union africaine.

Nul doute, Kumba et ses anges n’auront jamais le même degré d’empathie sur les réseaux sociaux comme ce fut le cas pour les attentats de Paris ou de Charlie Hebdo ou la tuerie d’Orlando, voire pour les récentes explosions de Beyrouth.

Et vous ne verrez jamais un slogan sous forme hashtag style: « #JeSuisParis », « #PrayForOrlando », « #BostonStrong », « #JeSuisCharlie » ou « #JeSuisBeyrouth », etc.

Idem pour la couverture médiatique en Occident et dans le monde arabe, aucun média ne s’intéressera à cette boucherie ou au conflit au Cameroun anglophone ainsi que les exactions et meurtres de civils par les deux camps. Selon certaines ONG, cette guerre qui n’intéresse personne aurait fait plus de 3.000 morts et plus de 700.000 déplacés en près de trois ans.

Assurément, au diable les « deux poids, deux mesures » et l’empathie à géométrie variable… Je suis Kumba !

A.A.H.


 

Charger plus d'articles
Charger plus par Abdel Aziz HALI
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire