Pour rembourser les créances des entreprises (publiques et privées) dues à l’Etat, le DG de la Bourse propose une émission nationale d’emprunt obligataire qui sera exclusivement dédié, du côté souscripteur, aux créanciers. Bilel Sahnoun estime, également, que la cotation en Bourse des entreprises publiques peut augmenter d’une manière significative la contribution du marché financier dans le financement de l’économie. 

Lors du débat en ligne “La Tunisie au creux de la vague:  la refondation de la politique financière pour une  reprise inclusive”  qui a été organisé vendredi dernier par l’Institut des hautes études de Tunis (Ihet) et présenté par l’économiste Tahar El Almi, le directeur général de la Bourse de Tunis, Bilel Sahnoun, a proposé un mécanisme de mobilisation de ressources financières qui serviront à rembourser les dettes de l’Etat envers les entreprises publiques et privées dont l’encours s’élève à environ 10 milliards de dinars. Il s’agit d’une émission nationale sur le marché boursier, d’un montant important, “qui sera exclusivement dédiée, du côté souscripteur, aux créanciers”.

Donner une bouffée d’oxygène aux entreprises

Sahnoun a expliqué que ce mécanisme permettra aux entreprises,  via la revente des obligations d’Etat sur le marché secondaire de la Bourse et “leur acceptation par la Banque centrale à un taux de refinancement important”, de disposer de la liquidité nécessaire en BFR (Besoins de Fonds de Roulement) “engloutis par les marchés impayés”. Il a également ajouté  que cette émission sera l’occasion d’inciter les agents de l’économie informelle à s’y souscrire. “Cela va permettre aussi à tous ces gens qui ont de  la trésorerie oisive non  intégrée dans le circuit économique estimée à 4 ou 5 milliards de dinars à souscrire à cette émission-là.

C’était dans le plan de relance qui a été proposé par l’ancien ministre des Finances, Nizar Yaiche, dans la partie amnistie fiscale et amnistie de cash dont, malheureusement, on n’entend plus parler, surtout sur ces points où il y aurait pas mal d’objections même si ça peut être une bonne solution pour une  reprise inclusive”, a-t-il précisé. Il a ajouté que même si cet emprunt va augmenter l’endettement de l’Etat, l’avantage réside dans le fait qu’il s’agit d’un endettement additionnel en dinars. “Pour qu’il n’y ait pas un effet négatif sur l’inflation et sur la valeur du dinar il faut  jouer sur le long terme. Ce type d’émission sera une seule  fois dans la vie de la Tunisie.

Mais il faut que ça soit sur une période très longue et qu’il ait l’adhésion de tous les acteurs, notamment  avec l’accord de la  Banque centrale, l’accompagnement des banques qui vont transformer ces créances en liquidité à réinjecter dans le marché tout en essayant d’attirer les agents économiques du marché informel. Si l’objectif est de donner une bouffée d’oxygène aux entreprises, notamment publiques, il ne faut surtout pas leur laisser la possibilité de replonger dans la situation où elles sont aujourd’hui. Il faut éradiquer tous les ingrédients qui ont fait qu’elles basculent d’un épargnant national en 2010 à des consommateurs structurels en 2020, à commencer par leur management comme c’était le cas pour les banques publiques”, a-t-il affirmé.

“La contribution du marché financier dans le financement de l’économie ne dépasse pas les 10%”

A une question sur la possibilité de cotation en Bourse des entreprises publiques, Sahnoun a fait savoir que grâce au principe de Gloden Share (qui permet à celui qui détient cette action  de conserver un droit de veto sur l’ensemble du capital d’une société dans des circonstances spécifiques),  l’Etat aura la possibilité de maintenir un droit de regard sur l’entreprise publique cotée en Bourse et de préserver son caractère public. Il a affirmé, dans ce sens, qu’à l’occasion de la discussion, l’année dernière, de la nouvelle loi relative à la refonte du management des entreprises publiques, il a débattu avec l’Ugtt de  l’idée de la cotation en Bourse des entreprises publiques opérant dans les secteurs concurrentiels. Il a affirmé qu’elle n’a pas rencontré de refus de la part des partenaires sociaux à condition  de garantir la préservation des emplois et des avantages consentis au personnel.  S’exprimant sur le faible rôle de la Bourse de Tunis dans le financement de l’économie, Sahnoun a affirmé que le marché financier ne joue pas pleinement son rôle dans l’économie et que sa contribution dans le financement de l’économie ne dépasse pas les 10%, un taux quasi faible même en comparaison avec les économies émergentes où la participation des marchés financiers s’élève à 30%.  “Pour qu’un marché financier joue son rôle il faut qu’il y ait de la demande et de l’offre. Pour  l’offre, nous sommes presque une exception planétaire où on ne trouve pas les secteurs télécommunication, industrie minière, tabac,  tourisme, etc.

Nous avons  des pans entiers de l’économie que je peux estimer à 40% ou 50% qui ne sont pas représentés en Bourse. De ce fait,  on a une Bourse qui présente une très faible offre de produits et n’attire pas les investisseurs. 53% des titres en Bourse sont des titres bancaires et financiers”, a-t-il précisé. Il a noté que la capitalisation boursière  est à peine de  22% du PIB alors qu’elle est de 50%  dans les pays émergents. “Si des entreprises publiques, comme la Steg, étaient cotées en Bourse, on aurait pu avoir des émissions d’emprunt obligataire sur de  grands organismes,  et ça aurait augmenté d’une manière significative la contribution du marché financier dans le financement de l’économie”, a-t-il ajouté. 

Le DG de la Bourse a indiqué que la demande en Tunisie est formée uniquement d’investisseurs particuliers, tout en soulignant que le bon modèle consiste à avoir un mix entre le particulier et l’institutionnel. Par ailleurs, Sahnoun  a affirmé que les répercussions de la crise Covid-19 sur le marché tunisien, qui a accusé un recul de 6%,  étaient relativement faibles en comparaison avec les autres marchés dont la chute varie entre -15% et -20%.

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Un commentaire

  1. Kounna

    30/10/2020 à 02:06

    Malgré la présentation confuse du projet (caractères en gras), l’objectif non avoué derrière le fait de « Coter les entreprises publiques( entreprises qui appartiennent en majorité à l’Etat) en bourse » , est en réalité une privatisation totale ou partielle de ces entreprises publiques.De plus, étant donné la conjoncture, la vente sera au plus bas pris !

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