L’accord signé le 20 octobre dernier entre le gouvernement et l’Ugtt portant sur la régularisation définitive de la situation des ouvriers de chantiers n’a pas été unanimement accueilli. Les mesures prises en faveur du recrutement de 31 mille travailleurs ont engendré la confusion. Jamel Zammouri, membre de la coordination, s’oppose à ce qu’il considère  comme «un accord tronqué et incomplet».

Pour les ouvriers âgés de plus de 45 ans, ce fut une grande déception. Il s’agit de ceux que l’accord en question a gratifiés d’une somme de 20 mille de dinars, d’ici fin mars 2021, tout en poursuivant leurs activités jusqu’au mois de février prochain. Selon Jamel Zammouri, membre de la coordination, un tel montant ne peut guère leur garantir une vie digne et décente, et ce à la lumière d’un pouvoir d’achat quasiment érodé. Du reste, «cet accord est aussi injuste, bafouant les droits de plusieurs ouvriers ayant beaucoup souffert du travail précaire», martèle-t-il, affirmant que ces ouvriers marginalisés comptent intenter une action en justice. Leur désespoir risque de les voir revenir à la case départ. Alors que l’Ugtt, la partie négociatrice représentant les ouvriers de chantiers, avait considéré que l’affaire était réglée. Son secrétaire général, Noureddine Taboubi, a ainsi qualifié l’accord signé avec le gouvernement Mechichi d’historique et équitable. «C’est un pas en avant dans la garantie de la stabilité sociale et la rupture avec les formes d’emploi précaire», a-t-il fait valoir.

Les ouvriers agricoles en colère

Tout compte fait, clore ce dossier est de nature à à mettre un terme à la crise. Mais, pas évident ! Quoi qu’on fasse, l’on ne peut pas plaire à tout le monde. Qu’en est-il des ouvriers des chantiers agricoles ? Ceux relevant de Redayef, à Gafsa, considèrent que ce qui a été décidé pour leurs collègues n’a pas rejailli sur eux dont la situation précaire remonte même avant la révolution. «L’accord n’a guère satisfait des centaines d’ouvriers agricoles qui avaient passé plus de 30 ans dans ce secteur si pénible et non rémunérateur», se plaint Tahar Ezzedini, porte-parole de ses collègues. Et d’insister sur son attachement au compromis tel que prévu en avril 2016 relatif à la régularisation de la dernière tranche des ouvriers exploités de 2000 à 2010. «Il s’agit pour nous d’un compromis référence, dont les négociations peuvent être relancées. Et partant, aucun autre accord ne nous concerne plus», lance-t-il, déçu, du fait de voir leurs noms rayés de la liste des ouvriers recrutés en 2016. Et pour cause !, lui et ses collègues ont affirmé qu’ils ne renonceront jamais à leurs revendications. «Notre combat se poursuit», annonce-t-il, en conclusion. Malgré la solution trouvée au sujet des ouvriers de chantiers, la colère couve dans pas mal de régions.

Pour rappel, l’accord fraîchement conclu prévoit le recrutement, sur cinq ans, d’ouvriers de chantiers âgés de moins de 45 ans. Au-delà jusqu’à 55 ans, ils poursuivront leurs activités d’ici fin février prochain, et bénéficieront d’une somme de 20 mille dinars à la fin du mois de mars 2021. Le tout avec une couverture sociale. Ceux ayant plus de 55 ans vont continuer à travailler jusqu’à l’âge de la retraire (60 ans). Ils bénéficieront, alors, d’une prime égale à celle attribuée aux familles démunies, soit 180 dinars par mois, avec un carnet de soins gratuits. Ces mêmes privilèges seront aussi accordés aux ouvriers dont l’âge atteint 60 ans, si leur situation ne leur permet pas d’avoir une pension de retraite.

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