Excellent enseignant de français et chercheur remarquable, Nebil Radhouane a marqué par ses enseignements de stylistique, de rhétorique et de poésie comme par ses travaux de traduction plusieurs générations d’étudiants et de jeunes chercheurs tant en Tunisie qu’en Arabie Saoudite.

Ancien étudiant de l’éminente philologue de Sorbonne Université, Joëlle Gardes Tamine,  titulaire d’un doctorat d’État en poétique,  professeur de l’enseignement supérieur de compétence polyvalente, mais surtout remarquable spécialiste de poésie française et de sciences du langage, maîtrisant comme rarement un autre à la fois la langue arabe et la langue française, Nebil Radhouane, qui s’est éteint en novembre 2018, une année après la disparition de son ancienne directrice de recherche, était l’un de nos meilleurs universitaires tunisiens en langue et littérature françaises, mais aussi l’un de nos meilleurs traducteurs. S’il n’a  pratiqué la traduction que comme une seconde spécialité, une activité à laquelle sa formation et ses diplômes académiques ne l’avaient pas vraiment préparé, il a appris par lui-même à la pratiquer pour son propre plaisir, ce qui l’a progressivement conduit à l’obtention, en 2011, à Riyad, du « Prix Mondial de la Traduction », après avoir traduit, de l’arabe en français,  et publié  l’essai philosophique de l’écrivaine saoudienne  Fatma Abdallah Al-Ouhîbî, «L’ombre: ses mythes et ses portées épistémologiques et créatrices» (L’Harmattan, 2011).

La traduction en français du Coran qu’il a réalisée avec brio, au terme de sa longue coopération technique en Arabie saoudite et que des responsables saoudiens ont publiée, en 2014, à Beyrouth, et diffusée largement dans plusieurs pays arabes et africains, est de toute évidence le couronnement d’un travail de titan, bien méritoire, glorieux même, dans la réalisation duquel Nebil Radhouane a dû suer sang et eau. C’est, disait-il, non sans quelque satisfaction, mais sans vanité aucune, « l’œuvre de sa vie» qu’il venait de produire et dont il était bien normal de célébrer la parution avec grand bonheur.

En plus de ses centaines de papiers littéraires  et ses savoureuses « Fleurs de rhétorique » publiés, le long d’une trentaine d’années, dans les quotidiens tunisiens « Le Temps » et « La Presse de Tunisie »,  de cette traduction majeure, celle du Coran, de la traduction de l’essai susmentionné et de son impressionnante thèse d’Etat, Nebil Radhouane a aussi à son actif un important Dictionnaire de stylistique, rhétorique et poétique (CPU, 2002) et un bel ouvrage sur la Syntaxe descriptive (Academia Bruylant, 2007).

Excellent enseignant de français et chercheur remarquable, Nebil Radhouane a marqué par ses enseignements de stylistique, de rhétorique et de poésie comme par ses travaux de traduction plusieurs générations d’étudiants et de jeunes chercheurs tant en Tunisie qu’en Arabie saoudite.  Ces Mélanges offerts à sa mémoire, et que le directeur de cet ouvrage, Pr Ridha Bourkhis, doit aux collègues et amis ayant répondu à son appel de contribution, correspondent à un collectif scientifique qui s’organise autour des trois axes principaux des recherches que Nebil Radhouane a conduites durant de nombreuses années : l’image, le rythme et la traduction. Trois axes ou trois questions cardinales qui s’inscrivaient au fronton de son activité d’enseignant-chercheur et  procédaient de son champ d’investigation prioritaire qui était sommairement la poétique et où se rencontraient sa triple formation de littéraire, de linguiste et de traducteur.

Et il n’y aurait pas de meilleur hommage à rendre à sa mémoire que de consacrer intégralement ces Mélanges à ces questions qu’il affectionnait et d’inviter différents spécialistes à en parler encore dans les trois diverses rubriques de cet ouvrage : « De l’Image », « Du rythme » et « De la Traduction ».

Plusieurs enseignants universitaires et chercheurs de Tunisie, du Maroc, de France, d’Iran, d’Italie, d’Arabie saoudite et de Belgique, connaissant Nebil Radhouane ou ne le connaissant pas, ont accepté de s’impliquer dans ces Mélanges pour enfin   donner aux lecteurs à lire ici de multiples articles scientifiques de qualité supérieure qui ne peuvent qu’enrichir davantage les recherches déjà réalisées en matière de poétique et de traduction.

Après les textes de témoignage et d’éloge funèbre écrits par Jean-Claude Villain, Nadia Ayadi, Hédi Khélil, Françoise Urban-Menninger, Foued Laroussi, Raouf Seddik et Ridha Bourkhis, on peut lire dans cet ouvrage de 543 pages (grand format 16 X24), des analyses, scientifiques, académiques, de ce procédé rhétorique et littéraire majeur qu’est l’image, de ce mouvement périodique imprimé aux vers et aux poèmes qu’est le rythme et de cette activité tant délicate que difficile qu’est la traduction. Des analyses, souvent fortes et approfondies, réalisées, par exemple,  par la poéticienne française et auteure du Dictionnaire de poétique Michèle Aquien, par le professeur de l’Université de Paris IX, le linguiste spécialiste de la psychomécanique du langage, Olivier Soutet, par les poètes, romanciers et essayistes  Lionel Ray, Pierre Perrin, Fredj Lahouar, Giovanni Dotoli, Mokhtar Sahnoun, Jean-Michel Maulpoix et Jihèn Souki,  par les professeurs marocains Mohammed et Abdelmagid Benjelloun et Mohammed Zahiri, ou encore  par les professeurs tunisiens Najet Limam-Tnani, Hédia Abdelkefi, Ezzeddine Bouhlel, Ibtissem Bouslama, Fayza Ben Zina, Faten Laatiri, Béchir Ben Aïssa, Thouraya Ben Salah, Jihen Souki et Jihene Béji.  D’autres analyses tout aussi intéressantes ont été conduites par les chercheurs iraniens Nahid Djalali Maron, Mohammad Ziar, Sharareh Chavoshian et Mohammad-Ridha Farsian. De France, ce sont aussi les chercheurs Georges Zaragoza, Michel Favriaud, Mary-Annick Morel et Violaine Géraud qui ont apporté à ces Mélanges leurs brillantes études. La lexicologue italienne francophone, Maria Leo, est également de la partie avec les Belges Jan Goes et Jeannine Burny et les jeunes chercheuses tunisiennes en doctorat: Imen Bensalha, Oumaïma Aïssa, Nesrine Nagla et Wejdaine Ami Kaâbi. Le directeur de ces Mélanges est intervenu, lui aussi, sur le rythme dans la poésie du poète libanais d’expression française Georges Shehadé.

La présentation par feu Joëlle Gardes Tamine (décédée en octobre 2017) de la thèse d’Etat de Nebil Redhouane sur La Syntaxe de Saint-John Perse, éditée par l’Université de Tunis, en 2002, figure aussi dans ces Mélanges publiés, dans de très bonnes conditions éditoriales, en janvier 2020, aux éditions françaises l’Harmattan.

Adieu au Pr Nebil Redhouane et longue vie à son souvenir porté par ces Mélanges dédiés à son âme !

 

 

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