Dans les salles de sport, dans les gares, les administrations, les magasins ou plus simplement dans les maisons, ça sent bon, même très bon, ça sent le propre, le désinfecté. Grâce aux produits de nettoyage, comme par miracle, on se sent un peu plus en sécurité face à la contamination au virus qui nous a gâché l’année 2020, le coronavirus. Mais ces produits miracles, ces eaux de javel parfumées au je ne-sais-quoi, ces détergents aux fruits des bois, ces concentrés de ce que la nature a de plus beau sont-ils sans conséquences sur notre organisme ?

En effet, chez les scientifiques, il est notoirement connu que ces produits détergents, prisés par les ménages, sont potentiellement des «perturbateurs endocriniens».

En 2012, l’Organisation mondiale de la santé a défini les perturbateurs endocriniens comme étant une substance ou un mélange de substances qui altère le système hormonal, avec des effets nocifs pour organes aussi indispensables que la thyroïde, ovaires, testicules, hypophyse, pancréas, etc.

Ces substances peuvent se trouver dans les produits détergents mais également dans les produits cosmétiques. Et même si, pris un à un, ces produits ont été testés pour ne pas nuire à la santé, il est quasiment impossible de prédire les effets du mélange dans l’air des minuscules molécules de ces différents produits qui se forment et que nous respirons.

Diabète, obésité, cancers de l’appareil reproducteur, troubles cardiaques, troubles du système immunitaire, les perturbateurs endocriniens sont souvent accusés de tous ces maux.

Des produits détergents dangereux pour la santé

Dès le début de la pandémie, deux scientifiques, Linda S. Birnbaum et Harrold J. Heindel, alertent dans un article dans la revue Environmental Health News, publié en avril 2020, sur l’intérêt de «réduire l’exposition des populations aux perturbateurs endocriniens», très présents dans la vie quotidienne et qui serait à l’origine d’un certain nombre de maladies chroniques. 

Bouthaina Sou’af, doctorante, mène depuis le début de l’année des recherches sur les perturbateurs endocriniens, et elle est inquiète. Alkylphénols ou phtalates, ces noms scientifiques ne vous disent peut-être rien, mais ils font partie de notre vie quotidienne car ils entrent dans la composition de plusieurs produits détergents. Même à petites doses, ces composés chimiques peuvent être dangereux pour le corps humain. 

«Prenez par exemple les Alkylphénols  qui entrent dans la composition des détergents, lorsqu’ils se décomposent durant le processus de traitement des eaux usées, ils donnent naissance à un nouveau composé, le nonylphénol, qui agit comme œstrogène, et contribue à la baisse de la fertilité et une hausse des risques liés aux cancers», explique la chercheuse. Elle estime néanmoins que les conséquences de l’amplification des teneurs de perturbateurs endocriniens dans l’environnement, ne seront perceptibles que sur le long terme.

De son côté, contacté par le journal La Presse, le professeur Bruce Blumberg du département de biologie cellulaire à l’université de Californie, convient qu’effectivement de nombreux produits de nettoyage contiennent des produits chimiques toxiques, dont certains sont des perturbateurs endocriniens et  peuvent avoir des effets néfastes sur la santé.

«Cependant, précise-t-il, je pense qu’il faut équilibrer les effets à long terme de la perturbation endocrinienne avec les effets aigus et peut-être mortels du coronavirus».

Pour contourner les dangers des perturbateurs endocriniens tout en se protégeant efficacement de la pandémie de coronavirus, Bruce Blumberg préconise l’utilisation des produits de nettoyage les moins toxiques possibles et dont l’efficacité contre le coronavirus a été démontrée. «L’eau de javel simple est une excellente option partout où son utilisation est possible», précise-t-il.

Docteur en pharmacie et spécialiste en santé environnementale, Isabelle Guglielmi appelle, de son côté, à une utilisation modérée des produits de nettoyage, même les plus communs comme l’eau de javel.

«L’usage intensif de l’eau de javel, par exemple, entraîne une augmentation du chlore dans l’air, élément assez toxique responsable de l’ashme et autres perturbations endocriniennes», explique-t-elle.

Par ailleurs, Isabelle Guglielmi recommande aux usagers des gels hydroalcooliques, de s’assurer qu’ils sont à base d’éthanol et non à base de méthanol, substance là aussi potentiellement dangereuse, notamment pour le foie. 

«L’utilisation à outrance de produits ménagers à hautes doses engendre la libération dans l’air intérieur de composés organiques volatils, tels que le formaldéhyde, et bien d’autres, bref cela fait une soupe non recommandée pour les poumons», résume cette spécialiste en santé environnementale.

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