Pas de confiance absolue dans les sondages, spécialement dans nos sondages, mais ce dernier Sigma, ces 75% de Tunisiens qui renient désormais la politique, n’a pas tout faux. Voire, à certains égards, correspond au réel. Dit vrai.

C’est, d’abord, ce qu’indiquent les statistiques régulières des principaux partis. Depuis 2011, jusqu’aux dernières élections, l’accent est seulement mis sur leur total de votes effectifs. A titre secondaire, en biais, rarement, très rarement, sur leur moyenne par rapport à l’ensemble de la population électorale.

Conséquence, logique : les partis ne pèsent jamais rien devant le nombre des abstentions.

Pis : les minoritaires du suffrage universel se présentent en majorité «parfaitement élue». Revendiquent l’essentiel des pouvoirs. Décident des alliances et des exclusions.

Pis encore, quand on songe aux chiffres, nets, crus. Ennahdha, premier parti de Tunisie, gouverne aujourd’hui avec un support de 400 mille électeurs ; Qalb Tounès, deuxième, en a totalisé à peine un peu plus que la moitié. Echaab, Ettayar, jusqu’à l’étoile montante «Addastouri», n’en sont, chacun, qu’à la centaine de milliers, plus ou moins.

Comment parler de représentation dans ces conditions? Comment se prévaloir de légitimité, de démocratie ? Comment, par-dessus tout, démentir ce dernier sondage de Sigma ?

Il colle, en effet, à la modicité de notre présence aux urnes durant ces dix années d’expérience démocratique, de post-révolution.

Il traduit ce que nous ressentons tous après tant de reculs, tant d’échecs essuyés, tant d’espoirs perdus.

Il s’aligne, surtout, sur ce que nous entendons, observons et constatons nous-mêmes au quotidien. Au travail, en famille, au café, à même la rue. Là, plus aucun doute, la distance est mise entre État et citoyens. La confiance est bel et bien entamée.

«Fracture», mettait en garde Chirac. Pas tant, espérons. Sigma, en ne levant pas complètement le mystère, réaffiche, par là même, les 60% octroyés, encore, à Kaïs Saïed. En un sens, qui sait, à «l’autre Etat»?

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