Après une séries d’incidents préoccupants survenus dans l’hémicycle, temple du pouvoir législatif, l’Ugtt a souhaité faire entendre sa voix comme pour mettre en garde l’ensemble des acteurs politiques de la gravité de la situation et les risques sur la stabilité du pays dans les semaines à venir.

Curieusement, sur la page Facebook de l’Ugtt, l’affiche de la manifestation a suscité des insultes et des agressions verbales à l’égard de la centrale syndicale, de la part d’internautes bercés par la haine, justifiant ainsi l’action des syndicalistes.

Sur le terrain, les militants syndicalistes ont commencé à se rassembler devant le Parlement aux alentours de 15 heures  avec des slogans  appelant au respect du caractère civil de l’Etat. Un principe maintes fois bafoué sur les bancs mêmes de l’Assemblée législative. Certains se sont agacés du fait que le dispositif de sécurité ait interdit aux manifestants de s’approcher de près de la porte principale de l’Assemblée. « Nous ne manifestons pas contre la poste, s’indigne une militante. On nous a bloqués devant le bureau de poste, ce n’est pas normal ».

Huit ans après les assassinats politiques, les Tunisiens continuent à réclamer la vérité complète autour des meurtres de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, tous les deux à l’époque fervents opposants à l’époque du régime de la Troïka piloté par les islamistes d’Ennahdha. « Pas de véritable transition tant que les vrais coupables de ces violences politiques ne sont pas traduits devant la justice », affirme l’un des manifestants dans une discussion en aparté avec un autre manifestant.

Toutefois, certains slogans levés lors de cette manifestation contrastent avec l’appel à l’apaisement lancé par la centrale syndicale. « Ghannouchi, meurtrier », pouvait-on ainsi entendre scander sur place contre l’actuel président de l’Assemblée des représentants du peuple.

La manifestation s’est également distinguée par une présence féminine importante, comme toujours lorsque les choses vont mal. Elles viennent rappeler aux différents protagonistes de l’ARP que le discours anti-féminin, parfois abject, ne saurait être toléré par la société civile.

Par ailleurs, le ras-le-bol des manifestantes et manifestants est général. Sur le terrain, ce ne sont pas les sujets de discussion qui manquent dans un climat devenu complètement délétère un an après des élections reconnues comme démocratiques, les acquis et les fondamentaux semblent menacés. Les manifestants de tous les bords politiques, mais le plus souvent de gauche, rappellent que la Tunisie est une et indivisible, et ce, en réaction aux tragiques heurts tribaux qui ont fait deux morts et des dizaines de blessés.

« Il faut qu’il y ait un dialogue national, je crois que tout le monde est d’accord, nous explique Foued, présent sur place. Mais ceux qui continuent à prôner un discours de haine, un discours qui divise les Tunisiens, n’ont pas leur place parmi nous ».

En attendant les prochaines élections dans quatre ans, la crise politique et institutionnelle n’a jamais été aussi forte en Tunisie, depuis celle de 2013, lorsque les organisations de la société civiles ont été appelées à conduire un dialogue  national, couronné par la mise en place d’un gouvernement de transition. A l’époque, cette initiative avait valu à la Tunisie le prix Nobel de la paix. Aujourd’hui, il est probable que l’on fasse appel, encore une fois, à « l’intelligence tunisienne » pour s’extirper de cette situation kafkaïenne.

 

 Photo : Salma Guizani
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