Le déploiement de la 5G n’a fait l’objet d’aucun débat démocratique, d’aucune étude d’impact. Et pourtant, le code de Nuremberg stipule l’interdiction des expérimentations sur les humains sans leur consentement.

A l’heure où les principaux opérateurs téléphoniques s’apprêtent à lancer la 5G et se frottent les mains quant au potentiel de cette nouvelle technologie, des voix se lèvent dans le monde entier pour dénoncer les risques liés à son déploiement. Mais, en fait, qu’est-ce que la 5G ?

Une «société connectée»

Il y a seulement quelques années, nous avions pu avoir accès à la 3G et nous étions très contents de pouvoir nous connecter sur Internet «rapidement» avec nos «Smartphones» de l’époque. Puis, la 4G débarque avec ses gros sabots, encore plus rapide adaptée à nos Smartphones encore plus puissants. Mais parce que la machine du développement technologique ne s’arrête jamais, voilà que la 5G pointe le bout du nez, et les opérateurs de téléphonie mobile, nous promettent monts et merveilles.

A plusieurs égards en effet, la technologie de la 5G est une véritable révolution. Grâce à elle, on nous promet, pour de vrai cette fois, que tout sera à portée de clic. De 10 à 100 fois plus rapide que la 4G actuelle, la 5G nous fait miroiter l’énorme potentiel de connectivité.

«La 5G va faire de l’Internet des objets une réalité quotidienne. Le contrôle en temps réel des machines à l’aide d’appareils mobiles va être possible», nous explique Zouha Cherif, du département de Recherche et Développement chez Siemens France.

Concrètement, nous explique notre interlocutrice, la 5G grâce à sa rapidité, les objets qui nous entourent, grâce à leurs capteurs intelligents, pourront communiquer. Notre quotidien, selon les promesses des oracles des temps modernes, en sera métamorphosé.

«C’est en fait cette promesse de la maison connectée qui se concrétise avec la 5G, précise Zouha Cherif. Munis de nos Smartphones, nous pourrons ainsi gérer la température du radiateur, la lumière dans la maison et même, demain, un frigo intelligent qui gère automatiquement son contenu en détectant et commandant en ligne les produits qui vont manquer».

Selon notre interlocutrice, la liste des avantages ne s’arrête pas là. Dans le domaine de la santé par exemple, la 5G permettrait une meilleure fluidité des échanges d’imageries HD entre médecins et hôpitaux, le développement de la télé-chirurgie, télé-suivi médical grâce à l’utilisation des objets connectés.

Mais alors, la 5G est là pour nous faciliter la vie, pourquoi donc certains s’en méfient comme de la peste, et militent pour l’interdire ? Quel coût sur notre santé devrions-nous concéder pour profiter de la 5 G ?

Amish ou lanceurs d’alertes ?

Pour clore prématurément le débat d’un revers de la main, le Président français, Emmanuel Macron, avait pris la défense de la technologie de la 5G déployée depuis peu en France. «J’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile! Je ne crois pas que le modèle Amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine», avait-il déclaré. En Tunisie, de nombreuses voix commencent à s’élever pour dénoncer l’arrivée de la 5G dans notre pays, en raison de son impact nocif, non seulement écologique, mais également les probables répercussions directes de cette technologie sur la santé des individus. Parmi ces opposants au lancement de la 5G en Tunisie, nous avons pu discuter avec Salma. Salma n’est certainement pas Amish et encore moins ennemie de la technologie. Militante écologiste, Salma utilise encore le bon vieux câble RG pour se connecter à Internet via son ordinateur portable. Le Wifi, elle ne le supporte pas. Elle est convaincue de sa nocivité. A notre époque, alors que nous nous endormons quasiment dans les bras de nos Smartphones, cela peut vous paraître saugrenu, mais en réalité, l’Organisation Mondiale de la Santé avait déjà pointé du doigt «les champs de radiofréquences électromagnétiques émis par les terminaux mobiles connectés comme potentiellement cancérigènes ».

Depuis mai dernier, Salma et d’autres militants dirigent un groupe Facebook hostile à la 5G, baptisé «Non à la 5G en Tunisie!». Depuis, le nombre d’internautes qui se sont ralliés à cette cause n’a pas cessé de grimper, pour atteindre plus de 11.300 membres.

«Depuis les années 1970, nous sommes de plus en plus cernés par les ondes électromagnétiques, et elles sont à chaque fois de plus en plus puissantes et nocives, s’exclame Salma. Pour la 5G, on parle d’un réseau 10 à 100 fois plus puissant, et a fortiori, 10 à 100 fois plus dangereux pour la santé».

Les détracteurs de la 5G évoquent ainsi certaines études menées sur l’impact de cette technologie sur la santé et la stabilité des écosystèmes. Ne serait-ce que sur le plan de la consommation d’énergie, une antenne 5G consomme jusqu’à 3,5 fois plus d’énergie.

Ce que reprochent les initiateurs du mouvement anti-5G en Tunisie, est l’absence de débat sur la question. «Le déploiement de la 5G n’a fait l’objet d’aucun débat démocratique, d’aucune étude d’impact. Et pourtant, le code de Nuremberg stipule l’interdiction des expérimentations sur les humains sans leur consentement», peut-on lire sur la page Facebook créée à cet effet.

En France aussi, le débat sur la 5G n’a quasiment pas eu lieu. Mais vendredi dernier, le Haut Conseil pour le Climat (un organisme dont nous ne disposons pas d’un pendant en Tunisie) a apporté de l’eau dans le moulin des contestataires. Dans un rapport détaillé, le conseil s’attarde sur «l’impact carbone» du déploiement de la 5G. Certaines études prévoient même une hausse de près de 40% des gaz à effet de serre. Un emballement de la pollution de l’air engendré notamment par « le rythme de renouvellement des terminaux (Smartphones, tablettes, montres connectées…) qui pourrait s’accélérer du fait de la 5G», note le rapport. En d’autres termes, la fabrication d’objets compatibles avec cette nouvelle technologie va littéralement exploser.

Pourtant, malgré ces études préoccupantes, ni les politiques ni les opérateurs ne semblent s’en émouvoir. Pour le moment, aucun garde-fou n’est prévu pour se prémunir des effets néfastes sur l’écologie et la santé. L’absence de débat public sur la question de la 5G, génère aussi un public mal informé, à qui on demande tout de même son avis. Jeudi, le département d’étude Consumerlab qui relève d’Ericsson, le fabricant de téléphonie mobile, dévoile un sondage dont la fiabilité n’est pas vérifiée. Selon ce sondage, «70% des sondés affirment qu’ils vont switcher sur la 5G dès son déploiement en Tunisie». Mais si les effets néfastes de cette technologie sur la santé se confirment, il sera encore possible de se faire ausculter par un cancérologue à distance, grâce aux prouesses de la 5G.

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2 Commentaires

  1. Wassim

    21/12/2020 à 14:03

    Bravo, excellent article qui explique bien l’impact, dans les deux sens, de la 5G sur notre futur proche.

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  2. zainouba

    21/12/2020 à 20:15

    vivre dans un environnement sain est un droit constitutionnel et vivre en plaine santé n’a pas besoin de recourir aux avocats pour assurer ce droit primitif. Monsieur le ministre de la télécommunication je vous rappelle que nous une partie du peuple tunisien plus ou moins informé de la nocivité de cette technologie en particulier sur la santé de l’homme refuse la 5G en tunisie

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