Depuis le début de la période de confinement général, on assiste à une valse des prix au marché central de Tunis qui offre, comme à son habitude, un bel achalandage de fruits et   légumes.

Jeudi matin. A 11h00,  les commerçants sont assis devant leurs échoppes. Les uns discutent entre eux, les autres sirotent un café en attendant l’arrivée des clients. En effet, ils essayent d’attirer l’attention des passants qui s’arrêtent pour jeter un coup d’œil sur les produits exposés sur les étals.

A première vue,  les fruits sont plus présents que les légumes. Les fruits de saison sont exposés chez tous les marchands. Des dattes des moins mûres aux plus mûres varient entre 6,000 d et 10,000 d le kg. Les oranges Tompson sont vendues à 1,600 d le kg. Le citron est écoulé à 1,300 d le kilo. Les bananes sont commercialisées à 5 d le kg. Les fraises sont écoulées à 4,000 d le kilo et les mandarines chinoises  à 1,000 d le kg. Quant aux pommes et aux grenades, elles se vendent respectivement à 1,000 d et 1,380 d le kg. Saifeddine, 35 ans, vendeur de fruits, a été touché durement par la crise liée au coronavirus qui a, selon lui, poussé de nombreux petits commerçants à mettre la clé sous le paillasson. «Je croule sous les dettes et j’ai de lourdes charges. J’ai des enfants et une famille comme tout le monde et je dois subvenir à leurs besoins. Il faut parfois augmenter les prix pour pouvoir entrer dans ses frais et garder le cap. Sinon, c’est la faillite».

En parcourant le rayon des poissons, Mounira, une dame qui vient d’acheter deux kilos de poissons témoigne : «Les prix sont  très chers. Les daurades sont écoulées à 13,800 d le kilo. Le rouget se vend à 11,600 d le kg. Les crevettes sont à 28,600 d le kg, le loup de mer se vend à 39,800 d le kg  et le thon à 13,800 d. Les calamars affichent  42,800 d le kg».

Les prix de certains produits ont enregistré une hausse exponentielle, comme les poivres qui sont commercialisés à 4 d le kg, les tomates à 2,250 d et les pommes de terre se vendent à 1 d le kg. Les concombres affichent 4,375 d le kg ; l’ail rouge 19,000 d le kg et les olives noires sont commercialisées à  7d le kg.  Il en est de même pour les oignons qui se vendent à 1.d170 le kg. Plusieurs consommateurs ont fait savoir qu’ils n’arrivaient plus à acheter certains produits, tels que l’huile d’olive, la viande rouge, les poissons et certains fruits à cause de la cherté de la vie.

«Les prix sont devenus hors de portée», lance Marouen, père de famille de 46 ans, venu faire un petit tour dans le marché. Mécanicien, ce père de famille n’arrive plus à satisfaire les besoins de ses enfants, puisque le pouvoir d’achat a régressé. «Avec ma femme, nous percevons, chacun, un salaire. Malgré cela, nous avons du mal à joindre les deux bouts».

Devant l’étal des légumes et fruits, Nouha, liste de provisions à la main, scrute avec attention les prix affichés. Pour cette retraitée, les prix sont devenus un casse-tête:« Les prix diffèrent d’un étal à l’autre et cela m’amène à faire plusieurs fois le tour du pavillon des fruits et légumes pour trouver les meilleurs prix», raconte-t-elle.  De son côté, Mohamed, vendeur de légumes, reconnaît d’un ton pessimiste que les prix sont élevés pour le consommateur. Le marchand est obligé de vendre cher, vu les prix pratiqués par les grossistes. «La situation est devenue invivable et rien n’est plus comme avant dans tout le pays», se plaint ce dernier qui s’inquiète de la situation économique du pays.

Vendeur de fruits et photographe à ses heures, Hamza préfère  garder le sourire. Les prix ne sont pas stables et changent en fonction des saisons, observe ce dernier. Le prix du carburant a des répercussions sur celui des fruits et légumes. Il estime que les prix affichés dans les supermarchés sont plus élevés que ceux pratiqués dans ce marché. Les prix des fruits et légumes dans les supermarchés sont 15 à 20%  supérieurs à ceux du marché central.  «On a constaté que la majorité des consommateurs se plaignent de la cherté des fruits et légumes et autres denrées de base dans les grandes surfaces», renchérit un autre vendeur dans le marché. Et d’ajouter : «La Tunisie était, jadis, le grenier de Rome. Nous disposons d’une multitude de fruits et légumes, mais, malheureusement, leur prix est élevé. Notre espoir est que le ministère de tutelle trouve des solutions pour aboutir à la maîtrise et l’équilibre des prix des denrées de base dans les souks et les marchés afin de préserver le pouvoir d’achat des citoyens».

De son côté, le président de l’Organisation de défense du consommateur (ODC), Slim Saâdallah, estime que le consommateur n’a plus confiance, jugeant que le gouvernement ne fait pas assez d’effort pour réguler les prix des produits de base écoulés sur les circuits officiels.  Et d’ajouter que «l’exportation de grandes quantités de tomates et légumes est également  à l’origine de cette hausse». Dans le marché central de Tunis, le prix des viandes rouges a augmenté ces dernières années poussant les  consommateurs a se rabattre sur les viandes blanches dont le prix a également augmenté, ce qui a érodé davantage le pouvoir d’achat du consommateur moyen.

Revoir le système de programmation

Ce problème s’est posé avec acuité, au cours des dernières années. Fayçal, un vendeur appartenant à une grande chaîne de production et de commercialisation de viandes blanches, estime que la situation est devenue difficile dans le secteur des viandes blanches à tel point que certains vendeurs ont été obligés de fermer boutique.

De son côté, Mme Naziha se fait l’écho d’un autre son de cloche: «Il n’y a aucun rapport qualité/ prix. En effet, les prix des viandes blanches ont augmenté 3 ou 4 fois au cours de la pandémie. Mais s’ils sont moins chers que ceux des viandes rouges, il est nécessaire d’assainir le secteur. Les petits et moyens éleveurs doivent travailler dans un environnement concurrentiel loyal et organisé».

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