Brahim Bartégi dit disposer d’informations selon lesquelles des terroristes auraient profité des moments de confusion pour fomenter des actes terroristes. En revanche, et selon les premiers éléments de l’enquête, aucune partie ou formation politique n’est impliquée dans les incidents


L’ordre du jour de la séance organisée hier sous la coupole du Bardo se résume à un point unique : audition de trois ministres (Brahim Bartégi, Ali El Kooli et Mohamed Trabelsi) respectivement titulaires des portefeuilles de la Défense, de l’Economie et des Finances et des Affaires sociales. Une séance publique présidée par la vice-présidente Samira Chaouachi, qui aura duré à peu près 5 heures, avec une centaine de députés présents dont une quarantaine a pris la parole.

Une plénière sans incidents majeurs, mises à part quelques altercations verbales. Les représentants du peuple étant à l’abri, dans leur zone de confort. Ils sont venus auditionner les membres de l’exécutif, « sur le banc des accusés », qui doivent s’expliquer sur les mouvements de contestation et le traitement qui leur a été réservé par les forces de l’ordre, donc par l’Etat. Les élus n’étaient pas tous d’accord sur les dynamiques de ces troubles « manipulés »  pour certains. Mais le diagnostic est quasi unanime. Les jeunes issus de milieux défavorisés vont mal. Une composante de la société qui a fait valoir son malaise depuis longtemps, et, maintenant, sa colère, ne voyant rien venir.

Avant d’avancer plus loin, il faudra d’abord s’entendre sur le sens des mots. S’agit-il de manifestations pacifiques et légitimes garanties par la Constitution ou d’actes de vandalisme contre des propriétés publiques et privées ? Au-delà des subtilités rhétoriques, la désignation desdits « mouvements » a largement divisé l’hémicycle. En cause, l’imbrication des deux dimensions, la légitime et l’illicite. Des protestations de jeunes marginalisés, certes, mais accompagnées d’actes délictueux. C’est une évidence. Comment appeler sinon le fait de défoncer des portes et briser des vitrines de magasins et d’institutions, pour les saccager et piller leurs équipements et mobiliers. Des délits punis par la loi, selon leur degré de gravité. Quels qu’en soient les motifs. Fait aggravant, en violation répétée du couvre-feu décrété sur l’ensemble du territoire.

Aucune partie ou formation politique n’est impliquée

C’est ce qu’a tenté d’expliquer le ministre de la Défense qui représentait, au-delà de son ministère régalien, l’ensemble du gouvernement. Plus grave, Brahim Bartégi dit disposer d’informations selon lesquelles des terroristes auraient profité des moments de confusion pour fomenter des actions terroristes et tenter de semer le chaos dans le pays. En revanche, et selon les premiers éléments de l’enquête, aucune partie ou formation politique n’est impliquée dans les incidents, selon le même ministre, assurant, toutefois, que l’instruction est en cours. En réaction à l’appel de députés pour la libération sans délais des « prévenus ». Bartégi a fait valoir l’incontournable application de la loi sur les jeunes appréhendés. Il a en outre annoncé la remise en liberté de ceux dont l’implication n’a pas été prouvée. Rejetant l’accusation d’usage disproportionné de la force par les unités « d’une police républicaine » qu’il a tenu à saluer.

Ce sont les politiques de l’Etat et un modèle de développement suranné qui sont à l’origine de cette faillite caractérisée de la Tunisie. Nuance de taille, certains l’attribuent à la mauvaise gouvernance qui a prévalu ces dix dernières années. Pendant que d’autres édiles dénoncent un système qui perdure depuis la période beylicale, perpétué par les régimes de Bourguiba et de Ben Ali et après la révolution jusqu’à nos jours.  Ils ont parlé de « certaines familles » qui accaparent les ressources du pays, empêchant une redistribution équitable des richesses. « Dans ce cas, pourquoi sanctionner celui qui vole un ordinateur et protéger ceux qui détournent les deniers publics en toute impunité, et ce depuis des générations ? »

Dans la foulée des critiques, La Kasbah n’a pas été épargnée. L’absence du Chef du gouvernement à la séance de dialogue a été inlassablement dénoncée. Certains députés l’ayant considérée comme une esquive. Sans parler de la prestation télévisée de Hichem Mechichi donnée l’avant-veille et qui était « largement en deçà des attentes sur le plan du fond et de la forme.  Un exercice de communication tout simplement raté ».

Le gouvernement n’a pas de baguette magique

La restructuration des entreprises publiques, la réduction du train de vie de l’Etat, de la masse salariale, la régulation de la Caisse de compensation et la relance de l’investissement sont les leitmotivs d’un débat qui a tenté d’analyser les causes profondes de cette crise généralisée, et de proposer des solutions que tout le monde connaît en théorie. Reste la pratique. En réponse aux interrogations de l’hémicycle, le ministre Bartégi a encore  mis en avant les programmes du gouvernement visant à trouver des solutions pour surmonter la crise, appelant à l’unification des efforts de tous.

« Il n’y a pas de place aujourd’hui aux solutions purement sécuritaires. La  principale option reste le dialogue », martèle pour sa part le ministre des Affaires sociales. « Le dialogue avec les jeunes est la seule solution qui vaille pour sortir de la crise et protéger la démocratie et les libertés. Tout cela n’empêche pas de le dire haut et fort que des personnes ont pillé et détruit des biens publics et privés », dénonce encore Mohamed Trabelsi.

Le ministre de l’Économie et des Finances a tenu, de son côté, à rappeler que le gouvernement est en place depuis seulement quatre mois. Et que « nous nous efforçons de répondre aux revendications populaires. La situation financière étant très difficile, en raison de la masse salariale élevée et des accords passés par les gouvernements précédents ».  Le gouvernement n’a pas de baguette magique, fait remarquer encore Ali El Kooli.  Le ministre a également tenu à rassurer les Tunisiens sur l’arrivage des premières doses de vaccin dès début février. Pour finir, il a conclu par cette logique de premier ordre : « le gouvernement a besoin de stabilité politique pour pouvoir travailler et surmonter la crise.»

Certes. Et sans remettre en cause l’engagement, la détermination et la sincérité des responsables, le climat général devra être apaisé et surtout assaini. Une véritable révolte citoyenne est nécessaire contre la corruption, l’affairisme, le clientélisme. Les phénomènes qui ont sonné le glas de l’ancien régime. Rappelez-vous !

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