Un bras de fer s’est installé entre le personnel mis à la porte après de longues années de service et le patronat qui fait la sourde oreille à leurs doléances.


Des salariés de l’hôtel «El Hana-International» ont entamé un sit-in ouvert depuis le 29 octobre 2020, date de fermeture de l’unité hôtelière située en plein cœur de la capitale. Ces derniers réclament leurs émoluments qu’ils n’ont pas perçus depuis août 2020. C’est l’équivalent de sept mois de salaires qui n’ont pas été payés au personnel qui vit à l’agonie. Un recueil de témoignages est devenu nécessaire sur place pour mesurer l’ampleur de la crise financière qui secoue l’hôtel et du conflit naissant entre le patronat et les employés, abandonnés à leur propre sort. Lundi 11 janvier 2021, à Tunis, par un beau soleil printanier en plein hiver, devant l’hôtel fermé, un décor indescriptible se dessine qui vous laisse perplexe. Des banderoles portant des messages revendicatifs et remplis de colère contre le propriétaire de l’hôtel  qui a manqué à ses engagements financiers, ces derniers temps. Des messages hostiles à la politique de la hiérarchie, c’est ce qui ressort des témoignages des salariés en sit-in devant l’hôtel, qu’on a pu recueillir ici et là.

Réparer le préjudice moral et financier

L’un d’eux ne mâche pas ses mots pour traduire sa colère. Mohamed Jemii, 56 ans, père de quatre enfants, a été remercié, après 27 ans de bons et loyaux services. Il a raconté, avec une pointe d’amertume, les dernières années, au moins depuis 2015, qu’il a exercées à l’hôtel avant d’être congédié. Il remarque «une détérioration de son salaire au cours des mois avec des montants perçus différents et sans équivalence». Il y a un manque de considération du travail et du rendement du personnel de l’hôtel dans l’ensemble. Il poursuit : «Depuis le mois de mars de l’an dernier, le patron nous paye à sa guise soit 50 D, soit 100 D par mois. On a fait toutes les démarches pour obtenir la réparation du préjudice moral et financier, sans résultat. On est allés rencontrer le gouverneur de Tunis en personne et on s’est déplacé jusqu’à la Kasbah, siège du gouvernement, mais en vain. Tout le monde fait la sourde oreille. Je me débrouille au quotidien pour subvenir à mes besoins et nourrir convenablement ma famille. Ma situation est encore floue et incertaine, ne sachant plus où donner de la tête et de la voix».

Autre son de cloche, Abdel Hamid Bouchiba, 25 ans de service et nouveau retraité, se plaint de sa situation matérielle déficitaire : «Je n’ai perçu ni la prime de retraite, ni mes avantages sociaux et matériels». Le propriétaire de l’hôtel invoque, pour sa défense, l’argument de la crise sanitaire du Covid-19 qui a impacté durement son activité hôtelière en particulier et le tourisme, en général. «On attend le jugement du tribunal, prochainement qui va statuer sur notre sort. On appelle le Président de la République, Kaïs Saïed, à prendre les mesures nécessaires pour mettre fin à ce conflit interminable».

Pour sa part, Aroussi Aoumri, raconte son expérience : «Ça fait 20 ans que je travaille dans cet hôtel. Je ne vois plus mon fils depuis sept mois pour des raisons matérielles. Je n’ai plus les moyens de subvenir aux besoins et aux charges de ma famille. Chaque jour qui passe me fait détester le pays qui m’a vu naître…».

Après les témoignages des salariés et ceux des défenseurs de leurs droits, la gouvernante générale de l’Hôtel International, Feten Ayedi, couronne le conflit : «Je défends mes droits et ceux de 116 familles qui dépendent de l’hôtel depuis 2020. On a reçu l’équivalent de sept mois de salaires. On a procédé à cinq réunions au siège du gouvernorat de Tunis pour aboutir à une solution qui arrange toutes les parties, mais sans résultat. Le propriétaire n’a pas eu froid aux yeux pour licencier tout le personnel, sans préavis. On ne connaît toujours pas quel est le sort de l’hôtel dans un avenir proche et s’il sera vendu ou pas. Il est à noter que l’hôtel a une dette envers les caisses de l’État et les banques évaluée à 19 millions de dinars répartis comme suit: 9 MDT envers la Caisse nationale de sécurité sociale (Cnss) et 10 MDT envers la Société tunisienne de banque (STB). On a tenté de contacter le propriétaire, mais l’administration de l’hôtel nous a signifié que nous ne pouvons ni le voir, ni le rencontrer».

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2 Commentaires

  1. Cleret

    22/01/2021 à 19:59

    Une des première fortune de Tunisie in aoable de régler proprement ce litige… Le pouvoir de l argent
    Que font les syndicats
    Corruption syndicale ?

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  2. cet article nous est très utile merci de partager cette info avec nous…

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