Le Président de la République, Kaïs Saïed, a exposé au grand jour une partie des maux de la Tunisie actuelle, en présidant, lundi 24 janvier, la réunion du Conseil de sécurité nationale.

La Constitution et les lois organisant le vivre-ensemble sont tenues pour des chemises à coudre en fonction de la taille et de l’ego des personnes et des partis en exercice, a-t-il argué.

Dans le même sillage, le Chef de l’État a dénoncé une gestion publique calamiteuse. Une gestion qui s’apparente à une carambouille, s’agissant de la restitution des biens mal acquis, déposés par le clan Ben Ali en Suisse.

À plus grande échelle, aux maux énumérés par le Président s’ajoutent un taux de chômage de 16,2% au 3e trimestre de 2020, selon l’INS et un taux de pauvreté qui devait atteindre 21% à la fin de 2020, selon la Banque mondiale. Volet éducation, le pays enregistre annuellement 100 mille abandons scolaires, selon l’Association des études pour le Maghreb. La fragilité et l’inefficacité du système de santé publique n’ont d’égale que la gestion calamiteuse de la pandémie.

En se référant au bilan des dix dernières années, l’égalité républicaine inscrite dans la Constitution de 2014 apparaît, à bien des égards, formelle, voire fallacieuse, du moment que tous les Tunisiens ne jouissent pas des mêmes positions au sein de la société. L’inégalité d’accès à une éducation de qualité, la concentration du pouvoir et des richesses dans les mains d’une minorité ne font que perpétuer l’injustice profonde, l’inéquité sinon une équité et une égalité des chances en trompe l’œil.

Pourtant, les spectacles offerts ces dernières années par les élus du peuple au sein d’une ARP hétéroclite ont été d’une turpitude qui n’a d’égal que l’opportunisme de politicards dont les coups bas pleuvaient et pleuvent encore à souhait.

Quelle école de pensée pour un pays en transition?

Aujourd’hui que les bourrasques continuent à alterner avec les orages sous un ciel chaotique tunisien, une chose est sûre : ni le régime hybride ni celui parlementaire ne peuvent fonctionner avec une société qui vit une grande métamorphose. Une société où le processus démocratique a besoin de plus de temps pour mûrir.

Le régime politique à adopter pour cette Tunisie nouvelle qui se reconstruit est, donc, à repenser minutieusement et en profondeur. Loin des slogans creux, des fulgurances fourguées ici et là, le pays a aujourd’hui besoin d’une religion de l’État, d’une politique de l’État. Il faut que les dogmes individuels cèdent aux dogmes nationaux. Il faut une raison nationale assez forte pour réprimer les aberrations de la raison individuelle et changer l’existence individuelle en une existence commune.

La Tunisie moderne ne manque pas d’atouts pour réussir sa transition : hommes et femmes qualifiés, terres fertiles et emplacement stratégique entre autres. Reste à repenser les priorités et les choix à faire dans un monde globalisé où tous les peuples sont mis en concurrence.

De ce point de vue, l’économie sociale de marché, dont le père n’est autre que le premier ministre fédéral allemand de l’économie (1949 – 1963) sous le chancelier Konrad Adenauer, serait l’école de pensée la mieux adaptée, aujourd’hui et ici, dans cette Tunisie qui trébuche. Car garantir la prospérité et la protection sociale aussi étendues que possible pourrait être le ciment d’une société souffrant d’injustice profonde. Si bien que «l’homme ne saurait rien créer de grand  en se passant de croyance et de référence à la raison générale», de l’avis de l’homme politique et philosophe français Joseph de Maistre.

Nous ne sommes pas en retard, nous sommes entravés !

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