Les décharges non contrôlées mettent en présence des déchets de natures diverses et des populations mixtes de microorganismes endogènes


Les déchets peuvent être abordés de manière différente en fonction de leurs propriétés. Leur classification se fait notamment en fonction de leur état physique solide, liquide et gazeux, de leur provenance, de leur traitement ou encore de leur dangerosité (déchets inertes, déchets banals, déchets spéciaux). De façon intuitive, l’être humain, comme les animaux, dépose ses déchets à l’écart de ses lieux de vie, pour des raisons diverses, parmi lesquelles existent des préoccupations d’ordre sanitaire. Dans ce contexte, Yassine Mchirgui, éco-conseiller, a expliqué qu’au sens strict du terme, la gestion rationnelle des déchets urbains consiste à évacuer les ordures en dehors de la ville car leur dépôt dans des zones habitées pollue l’environnement et détériore la qualité de la vie.

Malheureusement, la mise en décharge pose problème dans les pays du Sud. Toute matière organique d’origine animale ou végétale sera tôt ou tard, en fonction des conditions physico-chimiques telles que la température et l’humidité, colonisée par des microorganismes. Ils y trouveront matière à se nourrir et se développer tout en produisant des gaz et des substances ayant un effet négatif sur le milieu environnant.

Dans une décharge les phénomènes qui se développent, suite à la dégradation de la matière organique, seront d’autant plus complexes que le volume de déchets est hétérogène. M. Mchirgui a révélé également, que  la décharge non contrôlée met en présence des déchets de natures diverses et des populations mixtes de microorganismes endogènes (qui proviennent des déchets, de l’atmosphère environnante ou du sous-sol de la décharge). L’hétérogénéité, la présence de matières biodégradables et l’influence des paramètres externes, tels que la pluviométrie et la température, sont à l’origine de processus chimiques, physiques et biologiques s’influençant réciproquement et engendrant des flux de gaz et de liquides.

Ces liquides issus d’une décharge sont communément appelés lixiviats. Les gaz, quant à eux, sont qualifiés de biogaz. Les microorganismes sont responsables de la plupart des modifications des propriétés physico-chimiques des lixiviats et du biogaz. Les flux entrant dans cette décharge correspondent à l’entrée d’eau ainsi qu’à l’apport de déchets durant le déversement des déchets. L’eau, élément ayant la plus grande influence sur l’évolution des déchets, est issue de trois sources principales : le ruissellement arrivant à la décharge, les précipitations et l’eau constitutive des déchets. Les lixiviats ou liquides de percolation de la décharge sont chargés en  bactéries et surtout en substances tant minérales qu’ organiques. Ils peuvent se mélanger aux eaux de surface comme aux eaux souterraines et donc constituer un élément polluant tant par leur aspect quantitatif que qualitatif (éléments écotoxicologiques).

L’eau traversant la couche de déchets va se charger en substances polluantes telles que la matière organique soluble résultant de l’activité biologique de la décharge non contrôlée, des constituants inorganiques comme les métaux lourds (provenant notamment des piles) et des germes qui peuvent être dangereux pour la santé et l’environnement.

Il est difficile de prévoir avec précision la composition des lixiviats car elle dépend de la nature des déchets, du volume des précipitations, ainsi que du stade de dégradation atteint.

Le plus grand risque lié à la production de lixiviats est la contamination de la nappe phréatique. Cela aurait pour conséquence de polluer les puits d’eau de consommation et donc de priver la population d’un élément vital à sa survie. Signalons également que la pollution des réserves d’eau potable par des micro-organismes pathogènes est susceptible de provoquer des épidémies. En ce qui concerne le biogaz, sa composition en molécules majeures (méthane, gaz carbonique, oxygène et azote) est très variable et dépend notamment de l’âge de la décharge et de la composition des déchets.

Outre ces composants majeurs, le biogaz véhicule également une multitude de substances organiques. La nature de ces produits est très variée : aldéhydes, cétones, alcools, composés aromatiques, composés halogénés et composés organosulfurés. L’origine de ces substances est également très variée: d’une part, les processus particuliers de dégradation biologique et chimique de certains déchets et, d’autre part, le largage de gaz provenant de la mise en décharge de déchets les contenant : frigos, solvants, aérosols, etc.

Les pollutions engendrées par les décharges, et leurs impacts sanitaires et environnementaux sont difficiles à déterminer avec certitude car ils sont diffus dans le temps et dans l’espace. Plusieurs polluants, interagissent dans des milieux naturels différents (air, sol, eaux etc.) sur le long terme. Les liens de causalité entre les pollutions liées aux décharges et des maladies ou des modifications significatives de l’environnement sont donc particulièrement difficiles à établir, a conclu notre éco-conseiller.

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