Triste 65e anniversaire de l’Indépendance. Rues vides, médias discrets, officiels inexistants. Voire, du jamais vu à pareille date : silence absolu, voulu, au sommet de l’Etat.

Amnésie subite ? Oh ! Que non.

On s’y «initiait» déjà sous Ben Ali. De gré ou de force. Le dictateur n’avait qu’une idée en tête, une obsession, effacer des mémoires le souvenir de Bourguiba. La révolution s’y employa, elle aussi. Pas la jeunesse en révolte, mais les politiciens de tous bords qui en confisquèrent le «wagon». Les islamistes, les gauchistes, les centristes, les nationalistes arabes, les déçus et les revanchards de la libération. Tous, pratiquement, s’entendaient sur le rejet du Zaim. Tous mettaient en cause son œuvre. Tous exigeaient une «page blanche» pour le pays.

Et, d’une manière ou d’une autre, à des différences, des nuances, des circonstances et des «liaisons» près, tous se relaient au pouvoir, depuis. Tous décident à notre place, aujourd’hui.

Aucun étonnement donc. Mais de l’amertume chez les citoyens, et de la colère, un peu partout, sur les réseaux sociaux. La Toile reste patriotique, et c’est heureux. Les Tunisiens montrent ainsi qu’ils savent faire la distinction entre acquis et ambitions. Entre histoire et révolution. Les nations ne perdurent qu’en préservant la mémoire de leurs grands hommes et de leurs hauts faits. Les nations meurent quand elles glissent dans le déni de soi.

Aucun étonnement, mais un échange, à notre avis nécessaire, avec tous ceux qui rejettent encore l’œuvre du Zaïm, qui ne croient plus utile de commémorer le 20-Mars 1956. Acquiescement et question à la fois. Vous vous prévalez, en rappel, à juste titre, des ratages et des abus de Bourguiba. Vous émettez des doutes sur l’indépendance et la souveraineté du pays. Vous allez jusqu’à relativiser, nier même, ses acquis. Soit, admettons, mais vous êtes aux commandes voilà plus de dix ans maintenant, qu’avez-vous offert en échange, qu’avez-vous proposé d’utile, de nouveau ? Les chiffres parlent : rien. Strictement rien. Pourquoi ne pas assumer la comparaison ? Pourquoi pousser la critique jusqu’au déni de soi ?

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