Les années se succèdent et se ressemblent pour l’agence de la Cnam d’El Menzah-V. L’éternel raz-de-marée que connaît ce centre est, depuis longtemps, à l’origine de plusieurs tracasseries pour tous, assurés sociaux et personnel d’accueil confondus. Les retards excessifs sont la règle. Tandis que l’exception est le remboursement dans des délais raisonnables. Face à une population de pas moins de 100.000 habitants au bas mot, comprenant la longue série des cités d’El Menazeh et El Manar, Ennasr…, cette agence se trouve fatalement dans l’impasse. Les agents voyant défiler au quotidien devant les guichets, tenez-vous bien, pas moins d’une moyenne de mille visiteurs ! On va donc s’attarder tout de suite sur ses mille et une incuries. Cela non sans proposer les solutions idoines pour sortir ce centre de l’ornière.

Rien donc ne baigne dans l’huile pour lagence Cnam d’El Menzah-V. Déjà depuis  belle lurette, des voix ne cessent de s’élever pour déplorer à travers les médias et les réseaux sociaux les moult  défaillances caractérisant ce centre.

Sans maquillage

Donc, vite l’enquête sur les lieux, d’une manière informelle cette fois-ci, pour nous mettre à l’abri d’un éventuel maquillage habilement prévu pour la circonstance…  Et pour découvrir crûment la réalité des choses, surtout que rien ne nous empêche de nous infiltrer incognito dans la foule grincheuse, de mauvaise humeur, dans ses petits souliers et exaspérée par la longue attente. Le tout étant, à n’en pas douter, accentué par le jeûne ramadanesque. De l’autre côté de la barrière, c’est-à-dire derrière les guichets, la situation ne paraît pas au beau fixe. «Le Bon Dieu étant unique pour tous», comme dit si bien la sagesse populaire de chez nous.

La descente aux enfers !

Il faudrait dire de prime à bord que l’agence de la Cité d’El Menzah-V (que M. Carnoy avait, dans les années 70, fait édifier pour les «enfants du Bon Dieu» de l’époque ayant pu économiser la somme de 360 dinars, montant de l’avance), ressemble à tout sauf à une administration publique. Cela, de par sa configuration et son aspect, ainsi que de son emplacement étudié.

Le principal inconvénient? La bâtisse n’est autre qu’une villa, comme tant d’autres aux alentours, érigée par des moyens en rapport probablement avec le système «D», en mini-immeuble de 3 niveaux, en plus d’une cave ou rez-de-jardin. Il est accessible à travers des escaliers de cinq ou six paliers qui nous amènent vers un vestibule donnant sur une mini-salle destinée singulièrement à l’accueil!

«Carton rouge»

pour les handicapés !

Etant donné la raideur de la pente, il faudrait avoir bon pied, bon œil et une mobilité sans faille, pour se frayer un chemin vers les lieux sans difficulté. Ces lieux sont donc strictement impraticables pour les handicapés moteurs, dans leurs chaises roulantes. Personne ne le dit. La raideur de la pente est inacceptable. Celle-ci ne se prêtant aucunement à l’installation d’un couloir pour handicapés. S’agissant d’une faille de taille et une entorse aux textes réglementaires exigeant de tels passages, à l’entrée de tous les locaux abritant des services publics, textes relayés par plus d’une circulaire gouvernementale d’insistance et de rappel. Il s’agit là, ma foi d’une faille paradoxale de taille pour une administration s’adressant exclusivement à un public loin de péter la santé !

Attraper un lièvre

avec un tambour !

Côté salle d’accueil, il y a là aussi à boire et à manger. Le carré est juste assez grand pour contenir une vingtaine d’assurés et de non assurés.. Le coude et le corps à corps sont le pénible quotidien des visiteurs du centre des paradoxes. Où on a l’impression de vouloir attraper un lièvre avec un tambour !

Seuls trois ou quatre guichets y sont installés pour faire face au raz de marée humain et un public exacerbé par la longue et pénible attente et pressé d’aller vaquer à ses occupations.

La grimace a ses raisons

La mine grise, arborant parfois un sourire grimacé (pour sauver les apparences) et, parfois, affichant une grimace sans sourire, ces préposés, de malheureux souffre-douleurs, sont harcelés à n’en pas finir, à longueur de séance, ne sachant pas où donner de la tête.

Telle sœur Anne…

Les flux sont accentués par les retours fréquents des assurés qui, «Telle Sœur Anne», ne voient rien pointer à l’horizon ! Et se faire signifier le moindre virement, réclamant des explications, non sans moue et gesticulation de désapprobation et de contestation !

«Monsieur, par ces temps ramadanesques et de disette de sous, le sou est un sou, lance l’un des réclamants à l’adresse de son interlocuteur de l’autre côté du guichet. J’ai besoin de récupérer mes quatre sous de toute urgence. Malheureusement, dans ce centre, on n’est jamais pressé de nous les servir à temps. L’assurance-maladie est faite pour nous prémunir contre le déséquilibre financier indépendant de notre volonté. Dans ces conditions désavantageuses le système d’assurance passe à côte de la plaque» !

La règle, ce sont les retards

En entendant le brave homme plaider sa cause, un groupe de visiteurs de divers âges a tôt fait de nous entourer pour appuyer les récriminations qu’ils disent partager avec mon interlocuteur. «Oui, monsieur, nous aussi, nous en avons marre de ces retards non-stop, s’accordent-ils à avancer, la mort dans l’âme. Ici le retard est devenu la règle. Le remboursement dans les délais admissibles (de 15 à 20 jours) est devenu, hélas, l’exception».

L’un des assurés présents hausse le ton pour s’exclamer, sortant de ses gonds : «Là, on dirait qu’on demande l’aumône à la Cnam. On réclame un droit, amplement mérité grâce à nos propres deniers !».

Le bonus Ramadan

Par ces sales temps d’épidémie qui courent, nécessitant le fameux protocole sanitaire, toute la foule habituelle, densifiée évidemment par la séance unique, est tenue de dégager la salle d’attente, comme partout ailleurs dans les administrations publiques, pour se mettre à la queue leu leu, devant la porte du centre. La file peut atteindre une dizaine de mètres et, parfois, beaucoup plus que cela. Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il fasse un soleil de plomb, les assurés sont astreints de poireauter pendant de longues heures, progressant à pas de tortue vers les guichets de la délivrance !

Sauver la baraque !

Et, pour clore «le festival des incuries», il ne serait pas vain de mettre en exergue l’emplacement inapproprié du centre en question. Telle est donc brossée à grands traits la situation peu reluisante d’un centre devant susciter une réaction salutaire urgente de la part des braves Messieurs «menant le bal» à  Montplaisir.

Charger plus d'articles
Charger plus par Larbi DEROUICHE
Charger plus dans Société

Laisser un commentaire