En concomitance avec la célébration de la Journée internationale des musées, le 18 mai, la vie muséale en Tunisie est de retour, la veille de ce grand rendez-vous annuel, soit le lundi 17 mai, ce qui offre une lueur d’espoir pour le tourisme culturel. Cette journée symbolique marque également la clôture du Mois national du patrimoine, étalé du 18 avril au 18 mai.

Annoncée samedi par l’AMVPPC (Agence de mise en valeur du patrimoine et de la promotion culturelle), l’ouverture des musées coïncide avec le déconfinement général qui s’applique, entre autres, au secteur culturel, à partir de cette même date.

En concertation avec le Comité scientifique de lutte contre le coronavirus, le ministère des Affaires Culturelles, avait annoncé, jeudi dernier, la reprise en début de cette semaine de toutes les activités culturelles et artistiques.

A l’occasion de la Journée internationale des musées, l’accès aux musées, sites et monuments en Tunisie est gratuit pour tous les citoyens tunisiens et les résidents étrangers.

Musée du Bardo (Crédit photo Abdelfattah Belaid)

La communication muséale en Tunisie
Avant la pandémie, les musées tunisiens constituaient des points d’attraction touristique pour les voyagistes et les groupes de visiteurs qui fréquentent ces lieux dans le cadre de visites guidées. Certains touristes solitaires préfèrent s’y rendre par leurs propres moyens.

Cette dynamique touristique permettait aux musées de jouer un rôle majeur dans le développement économique. À cela, s’ajoute la vocation purement culturelle des musées qui organisent et accueillent différentes plateformes de débat allant des questions culturelles à celles sociétales modernes.

Depuis le début de la pandémie et en l’absence du tourisme culturel, les institutions officielles en Tunisie ont adhéré à la communication muséale numérique ( publications, webinaires…) mais qui demeure assez timide.

La plupart des musées sont absents des réseaux sociaux ce qui pose la question d’adopter de nouveaux moyens pour faire connaître les riches collections muséales et autres activités culturelles pour une réelle relance de la vie muséale en mode numérique. Sans oublier la communication avec les médias qui demeure quasi absente ou mal gérée au niveau des institutions officielles en charge des musées nationaux.

Il importe de constater que la reprise dans le secteur culturel en général et l’ouverture des musées en particulier, coïncident aussi avec une conjoncture sanitaire toujours délicate.

Par rapport à l’année dernière, la situation sanitaire en Tunisie est devenue moins rassurante. D’après les dernières statistiques publiées lundi soir, le ministère de la Santé Publique présente le bilan global des décès dus à la Covid, actuellement de 11.899 cas déclarés.

Le pari sur une véritable relance des musées à travers des visites des touristes se fera sur le long terme surtout que la campagne de vaccination, en cours, devra encore prendre du temps.

Un simple constat permet aussi de dire que la vie muséale est largement impactée par l’absence des touristes étrangers qui constituent le plus grand nombre de visiteurs de ces lieux devenus désertés depuis le début de la pandémie.

Et le retour des touristes est à son tour assez lié à la fin de la campagne de vaccination pour que le pays soit classé comme étant une destination sûre ouverte aux voyageurs.

Quoique certains Tours opérateurs (TO) enregistrent un retour de leur clientèle dans les divers pays, la présence des touristes encore moins le tourisme culturel en particulier demeure peu probable.

En temps de pandémie cette situation n’est évidemment pas propre à la Tunisie mais touche à tous les musées du monde confrontés à relever les défis de l’époque.

L’ICOM appelle à adopter de nouveaux modes de gestion muséale

Pour la célébration de la Journée Internationale des Musées, le Conseil international des musées (ICOM) a choisi cette année le thème « L’avenir des musées : se rétablir et se réinventer ».

A travers ce thème qui se situe au cœur des préoccupations de la société, la Journée internationale des musées 2021 « invite les musées, leurs professionnels et leurs communautés à développer, imaginer et partager de nouvelles pratiques de (co)création de valeurs, de nouveaux modèles commerciaux pour les institutions culturelles et des solutions innovantes pour les défis sociaux, économiques et environnementaux du présent ».

L’ICOM rappelle les conséquences de la pandémie depuis son apparition en 2020. La crise de la Covid-19  » a frappé le monde entier de manière abrupte, affectant tous les aspects de notre vie… ».

«Les musées n’échappent pas à ces changements, et le secteur culturel est parmi les plus touchés, avec de graves répercussions économiques, sociales et psychologiques à court et à long terme ».

L’institution estime que « le moment est venu de repenser notre relation avec les communautés que nous servons, d’expérimenter de nouveaux modèles d’expérience culturelle et de réaffirmer avec force la valeur essentielle des musées pour la construction d’un avenir juste et durable ».

UNESCO et l’état des lieux dans les musées sous Covid

Le 18 mai 2020, l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture) et l’ICOM avaient publié les résultats préliminaires de deux enquêtes, sur l’impact de la Covid-19 sur les musées et les institutions muséales, qui ont été conduites auprès des États membres et des professionnels des musées.

Ces enquêtes ont confirmé que les musées ont été particulièrement affectés par la pandémie de la Covid-19, près de 90% d’entre eux, soit plus de 85 000 établissements, ayant fermé leurs portes pour des durées variables durant la crise ».
L’UNESCO et l’ICOM avaient alors annoncé être « préoccupés par la situation des musées dans le monde », L’étude menée par l’UNESCO avait aussi révélé « de grandes disparités, l’Afrique et les petits Etats insulaires en développement représentant seulement 1,5% du nombre total des musées dans le monde ».

L’enquête menée par l’ICOM mettait en lumière le fait que les musées qui ont été privés de leur public doivent et devront faire face à une diminution de leurs revenus.

Un an plus tard, les préoccupations des deux institutions se confirment et la tendance générale est alarmante.
Le 13 avril dernier, l’Unesco a présenté un nouveau rapport dans lequel elle propose des pistes pour soutenir les musées. Ce rapport fait suite au premier rapport mondial publié en mai 2020 « Les musées dans le monde face à la pandémie de Covid-19 ».

Le rapport 2021 de l’Unesco « dresse un bilan provisoire de la situation des 104 000 musées face à la pandémie et confirme leur fragilité après un an de pandémie ».

Il a été réalisé sur la base des données fournies par 87 Etats membres de l’UNESCO dans le cadre d’une enquête en ligne menée en mars dernier.

Le même document affirme qu’en 2020, les musées ont été fermés 155 jours en moyenne et nombre d’entre eux ont subi de nouvelles fermetures depuis le début de l’année, ce qui a entraîné une diminution de 70% de leur fréquentation et une chute des recettes de 40 à 60% en moyenne par rapport aux résultats de 2019″.

Il fait état des subventions publiques qui ont diminué pour près de la moitié des musées des Etats ayant répondu à cette question, parfois drastiquement, puisque ces couts peuvent atteindre 40% du montant des subventions d’avant la pandémie. »

Cette tendance a de quoi alarmer, indique le rapport qui rappelle le rôle essentiel que jouent des musées dans la vie économique et sociale et dans le relèvement post-COVID. Il cite les fermetures prolongées, la baisse vertigineuse des fréquentations et des recettes qui pèsent sur l’organisation du secteur muséal, en rendant aussi plus difficile les mesures de conservation ou de sécurité des établissements tout comme les relations avec le public et les populations avoisinantes.
La mise en place d’une politique numérique d’envergure pour l’inventaire des collections, ou des mesures pour appuyer l’éducation, la recherche ou encore la formation, sont parmi les principales recommandations contenues dans ce rapport.

A l’occasion de ce rapport, l’Unesco a publié une citation de sa Directrice générale, Audrey Azoulay, disant que « les Etats ont un rôle essentiel à jouer pour soutenir les musées dans cette période difficile, à travers une politique culturelle ambitieuse, pour non seulement garantir leur survie mais les préparer à l’avenir », lit-on encore.

L’organisation onusienne rappelle que ce rapport entre dans de ses efforts continus visant à préserver, promouvoir et aider les musées, sur la base de la Recommandation UNESCO de 2015 sur les musées.

L’UNESCO réaffirme notamment son engagement « à accompagner les Etats membres et les institutions muséales dans cette transformation et fournira un cadre de référence tout en favorisant la coopération internationale ».

 

 


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