Plus de 4.000 projets publics lancés dans le secteur du bâtiment et des travaux publics sont bloqués depuis plusieurs années, et plus de 5.000 millions de dollars de fonds internationaux sont disponibles pour financer ces projets à grande rentabilité économique.

Le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) souffre, depuis une dizaine d’années, d’un retard de payement de ses opérateurs et d’un déficit d’activité qui n’a pas manqué d’impacter gravement l’emploi. Pourtant, le secteur offre plusieurs opportunités d’emploi, toutes catégories confondues, et constitue un levier de développement  dans la mesure où il regroupe plus de soixante-dix métiers et fait travailler plus de 520.000 employés directs. Le secteur peut contribuer à hauteur de plus de 14% du PIB alors qu’il n’est que de 4% actuellement.

La valeur ajoutée de ce secteur a chuté de 2.800 millions de dinars à 800 millions seulement en 2020 (source INS et BCT) ce qui a engendré une perte historique d’emplois et d’entreprises.

Dans ce contexte, M. Jamel Ksibi, président de la Fédération nationale des établissements du bâtiment et travaux publics (BTP), relevant de l’Utica, a indiqué que nos décideurs tardent à réaliser l’importance de ce secteur et à saisir l’opportunité offerte pour faire sortir le pays de la situation de récession dans laquelle il se trouve, et qui a été aggravée par la pandémie. Il existe, également, un autre problème essentiel, à savoir la rareté des projets publics où l’Etat n’investit plus ou presque plus.

Fonds internationaux disponibles

Ce qui aggrave la situation, c’est que l’acheteur public ne paie pas ses fournisseurs et les entreprises du BTP et la situation s’est de plus en plus compliquée ces deux dernières années avec la pandémie. Et pourtant, plus de 4.000 projets publics lancés sont bloqués depuis plusieurs années, et plus de 5.000 millions de dollars de fonds internationaux disponibles pour financer des projets à grande rentabilité économique doivent être exploités dans les meilleurs délais au risque d’être retirés.

M. Ferid Belhaj, vice-président de la Banque mondiale, a incité le gouvernement à utiliser ces fonds pour sauver les emplois et amortir les effets néfastes de la crise économique et de la pandémie. Par ailleurs, les projets de partenariat public-privé (PPP), dont la valeur est de quelques milliards, tardent à être réalisés à cause de la bureaucratie. L’administration n’arrive plus à suivre le rythme de réalisation des projets, faute d’une bonne gouvernance et d’une gestion optimale de ces projets.

Il devient impératif, par conséquent, de confier la gestion des projets à des professionnels tunisiens externes, bureaux de pilotage, de contrôle ou d’études qui ont la vocation et les moyens pour assurer cette mission délicate. Parallèlement, de nombreuses entreprises, surtout de petite et de moyenne taille, connaissent des difficultés, alors que d’autres ont déjà disparu.

Un nouveau phénomène s’est imposé et consiste en l’arrivée d’entreprises étrangères qui concurrencent l’entreprise locale. Celle-ci est sollicitée pour exécuter des projets en sous- traitance.

M. Ksibi a expliqué, également, que la part de marché de ces entreprises étrangères a atteint, en 2018, les 33% alors qu’elle ne dépassait guère 8% avant 2010, ce qui réduit nos chances de remporter des marchés de reconstruction en Libye vu que nos entreprises se trouvent affaiblies et n’ont plus les références adéquates.

L’accès difficile au logement

S’agissant des logements, il existe deux types de logement, à savoir celui commandé par le citoyen lui-même et celui qu’il acquiert auprès des promoteurs immobiliers. Le marché parallèle a pesé de tout son poids dans ce secteur et a eu des impacts négatifs sur le secteur formel.  D’où la flambée des prix que connaît la construction des logements. En outre, face à la chute du dinar tunisien, le coût de la main-d’œuvre et les prix des matériaux de construction augmentent. On se retrouve avec des coûts qui ne correspondent plus au pouvoir d’achat de nos citoyens.

La TVA et les multitudes taxes contribuent aussi à augementer les prix, ce qui rend difficile, voire impossible d’acquérir un logement. De plus, le Foprolos (Fonds de promotion des logements sociaux) réalise des revenus de plus de 100 millions de dinars par an. Il doit contribuer davantage à offrir des logements à prix abordables aux citoyens.   

Le secteur constitue un levier du développement. Il se caractérise par une capacité à créer des emplois. La remise en marche des projets en arrêt par une task force publique-privée et le lancement de projets dont le financement est disponible, et ceux du PPP (partenariat public-privé) seront le coup d’envoi d’une relance effective du secteur. Un investissement d’un million de dinars investi dans le secteur crée plusieurs emplois directs pendant 2 ans. Cependant, une révision des dispositions règlementaires est devenue nécessaire sur la base de l’abandon du système d’octroi des marchés au moins disant au niveau des appels d’offres. Il est possible de s’inspirer de l’expérience de pays comme le Portugal où le BTP est arrivé à dépasser 17% du PIB et a une portée stratégique dans le sauvetage économique du pays, a conclu notre interlocuteur.

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