Accueil A la une Tunisie – Agents de contrôle économique : Colosses aux pieds d’argile !

Tunisie – Agents de contrôle économique : Colosses aux pieds d’argile !

Le ministère du Commerce et du Développement des exportations recrute 194 inspecteurs du contrôle économique. Un concours externe sur dossier est ouvert du 11 novembre jusqu’au 2 décembre 2024 pour tous ceux qui sont intéressés.


Il est question de renforcer les effectifs du ministère en matière de contrôle économique. En effet, les enjeux sont de plus en plus importants et il s’agit, dans ce cas de figure, de relever les nombreux défis auxquels le pays est confronté.

D’ailleurs, on compte moins de 800 agents dont près de 600 seulement opèrent sur terrain. La tâche qu’ils sont appelés à remplir est des plus ardues et des plus complexes. C’est ce qui pose la question de l’efficacité des opérations de contrôle à travers le pays.

Nombre insuffisant d’agents

Le nombre de points de vente, quant à lui, est très élevé. Ce qui rend cette tâche encore plus compliquée devant les contrôleurs. Ces derniers sont parvenus à réaliser plus de 580 visites au cours de l’année 2023. Comment peuvent-ils couvrir les 330.000 points de vente disséminés à travers les 24 gouvernorats ? Quelle est la garantie pour eux de mener des actions efficaces, persuasives et, au bout du compte, dissuasives?

Malgré ces obstacles, les autorités font tout ce qui est possible pour faire appliquer les lois et faire respecter les dispositions réglementaires. Les reportages télévisés que nous voyons de temps à autre nous montrent les difficultés rencontrées sur terrain par ces agents.  Les plus anciens sont rodés et connaissent toutes les combines des marchands malveillants. Le Tunisien, lui aussi, devine aisément les pratiques dont les commerçants usent pour se dérober au contrôle et échapper aux éventuelles sanctions.

Lorsque les agents de contrôle font une “descente” dans un lieu (marché, cité, souk, etc.), ils ne passent pas inaperçus. Les téléphones se mettent à sonner pour avertir tous les proches et tout se met aux normes. Les prix sont affichés, les papiers en règle sortent des tiroirs. Tout est ok. Dans d’autres situations, les commerçants, qui ont quelque chose à se reprocher, ferment carrément leur locaux, mettent la bâche sur leur marchandise et attendent tranquillement que l’orage passe. Après, tout redevient comme avant. C’est-à-dire que les étals se découvrent, les portes s’ouvrent de nouveau, les rideaux se relèvent et, ce qui est plus important, les prix appliqués sont, toujours, au plus haut.

Bien sûr, nos contrôleurs ont conscience de ces agissements. Mais que peuvent-ils faire ? Absolument rien. La loi est ce qu’elle est. Elle doit être appliquée comme elle est. Elle ne leur permet pas d’aller plus loin.  Ils doivent se contenter de faire des constats, sans plus. Ils sont démunis dans des cas similaires. C’est là le quotidien des agents de contrôle. Aussi les appels sont-ils de plus en plus pressants pour demander d’adopter de nouvelles approches et de recourir à de nouvelles méthodes.

Pratiques malsaines

Pour l’heure, le Tunisien pense que les opérations de contrôle n’ont pas porté leurs fruits. Pour ne pas être trop pessimistes, nous dirons qu’ils n’ont pas le pouvoir dissuasif escompté. En fait, le contrôle économique tel qu’il est, aujourd’hui, n’est pas en mesure d’éradiquer les pratiques malsaines et de mettre fin aux agissements d’une véritable mafia. C’est une conviction unanime qui se dégage autour de ce sujet.

On a beau effectuer des visites dans le marché central de Tunis à l’instar de ce que le  gouverneur de Tunis a fait ou dans les halles du marché de gros de Bir Kassaa par le gouverneur de Ben Arous, les vrais acteurs agissent à distance. Ils ont la situation en main. Car, tout se fait dans ce qu’on appelle les circuits de distribution. Les centaines de camionnettes qui sillonnent le pays font la jonction entre le producteur (autrement dit l’agriculteur) et les nombreux entrepôts clandestins.

L’agriculteur, pour sa part, n’est pas à disculper totalement. Il préfère céder sa marchandise au plus offrant et à celui qui l’enlèvera au plus vite.  Sans trop vouloir jeter l’opprobre sur tous les agriculteurs, force est de signaler que beaucoup d’entre eux sont arnaqués par des intermédiaires. Les manigances se font, surtout, pour des marchandises périssables comme les tomates par exemple. L’intermédiaire commande une quantité donnée pour tel jour. Le producteur prépare la quantité demandée, mais constate, après coup, que l’acheteur lui a posé un lapin. La marchandise en attente ne sera chargée que plus tard. Et à un prix inférieur à celui sur lequel les deux parties s’étaient accordées.

Traquer les gros bonnets

En réalité, la lutte contre les spéculateurs et les intermédiaires véreux ne date pas d’aujourd’hui. Et, malheureusement, on ne verra pas sa fin de sitôt.  Pour parler platement comme le font beaucoup de responsables du secteur, il faut une stratégie. Plusieurs politiques ont déjà été menées dans ce sens, depuis plusieurs années. Mais on ne voit rien venir jusque-là. On en est, à l’heure actuelle, à chercher les voies qui pourraient mener à la solution finale. On est donc encore au stade des recommandations. C’est le cas de ceux qui prônent une surveillance plus étroite des circuits de distribution. D’autres exigent l’application stricte des réglementations notamment la présentation obligatoire de la patente pour ceux qui veulent s’approvisionner dans les marchés de gros. Il y a aussi ceux qui voient la solution dans la numérisation du contrôle et de la gestion des circuits de distribution ou encore ceux estimant que la capacité des chambres froides disponibles dans les marchés de gros est (étrangement) sous-exploitée.

Tout cela est beau. Toutefois il ne faut pas passer sous silence les opérations qui se déroulent derrière les rideaux et qui sont l’œuvre de spéculateurs professionnels qui connaissent toutes les arcanes et évoluent comme un poisson dans l’eau et réussissent à passer à travers les mailles du filet. Ces acteurs incontournables ont leurs agents partout. Le vrai travail consiste à les traquer et les dévoiler.

Tout, en vérité, se déroule entre le lieu de production (ferme, champ, port avec ceux qui se sont imposés mareyeurs…) et l’itinéraire vers le marché de gros. Donc, en dehors des circuits légaux de distribution. En effet, comment expliquer la prolifération de ces camionnettes qui exposent des fruits et des légumes dans les ronds-points, devant les grandes surfaces ou dans d’autres espaces publics ?  En narguant les autorités !

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