Gravement malade, pour ne pas dire agonisant. Notre pays est en effet dans une situation fort critique qui risque de lui être fatale. Nous n’avons jamais cessé de le répéter, au risque de lasser nos lecteurs.  Il ne s’agit pas là d’un alarmisme morbide, encore moins d’un fatalisme destructeur. C’est,  hélas, la triste réalité que bon nombre d’observateurs avertis et de spécialistes rappellent à  longueur de journée.

Nous avons dit « pays gravement malade » et non Etat, gouvernement ou  économie. Ce qui rend la réalité encore plus inquiétante. Diagnostic qui impose une intervention urgente volontariste, experte et qui doit écarter les solutions de rafistolage et les soins palliatifs.

Les conflits profonds et à tous les niveaux, qui secouent notre pays, peuvent, en effet, devenir encore plus violents et risquent de ce fait de le détruire. Devenus plus visibles  depuis, plus de dix ans, car le groupe dominant s’est, à l’époque, disloqué, ils sont l’expression de l’esprit de domination qui règne partout dans le pays et qui empêche l’éclosion d’une mentalité de concertation de coopération et d’intégration.   

Imprégnée d’un esprit de compétition pathologique, envieux et malsain, notre société est en fait une petite jungle où  chacun veut imposer sa loi et servir ses propres intérêts. Le seul droit qui y prévaut est celui du plus fort, malheur aux faibles.

Ici il n’y a pas un statut qui s’appelle « citoyen ». Notre société est, hélas  formée de groupes de type  tribal et à caractère mafieux, pour la plupart d’entre eux  et où tout se vend et tout s’achète, même les consciences. Hors de la bande, point de salut. Malheur à celui qui n’appartient pas, dans notre pays, à un quelconque groupe capable de le protéger de la violence des autres groupes.

Ici, il n’existe pas de vraies institutions, il n’y a que des structures minées par les conflits et où un groupe essaye d’asseoir son emprise sur le reste des groupes, où tout tend vers l’opacité, le flou et où tout effort et toute réflexion ont pour unique objectif de se protéger,  de contracter des alliances et de s’affirmer en tant que dominant. Des institutions, otages des groupes, qui essayent de dominer l’Etat, la société, l’économie ou les trois à la fois.

Au bord de la faillite, les institutions, de base de la société, la famille et l’école en premier n’ont jamais réussi à former de vrais citoyens, c’est-à-dire des personnes sachant réfléchir, proposer, décider, assumer leurs responsables, respecter la loi, produire et créer.

A cause de l’effritement de l’autorité parentale, de la déliquescence de celle des institutions scolaires, de la marginalisation des organisations d’éducation de la jeunesse et, réalité honteuse, du Service national, l’indiscipline et le manque de patriotisme sont devenus les caractères les mieux partagés par les Tunisiens.

Famille et école n’ont en effet pas réussi à implanter les compétences de base de toute personne capable d’évoluer et de devenir responsable. La plupart d’entre nous ne savent, ni discuter convenablement, ni réfléchir, ni même marcher dans la rue et évoluer dans l’espace public. Cette dernière notion est d’ailleurs inexistante et elle est plutôt considérée selon la représentation de «beylic» qui renvoie au statut de sujet écrasé et méprisé du bey.   

L’école et avec elle l’ensemble du système éducatif, d’enseignement et de formation  ont  par ailleurs échoué à former de vraies compétences, se contentant de produire des diplômés incapables de devenir rapidement opérationnels.

A cela s’est  venu s’ajouter l’immense désert culturel dans lequel se perd notre société et qui accentue la crise des valeurs, laissant la voie libre aux comportements instinctifs et à la formation de sous-cultures destructrices.                 

La faiblesse du sentiment d’appartenance et la mentalité inspirée du nomadisme sont devenues des valeurs de référence de notre société. Valeurs qui ne peuvent jamais aider au développement des valeurs responsables, comme celles du devoir, encore moins de la mentalité créatrice et constructive.

Notre société n’a, hélas,  pas réussi  à engendrer de vrais citoyens. Nous vivons, la plupart d’entre nous, une crise d’identité, avec un fort sentiment d’auto-dévalorisation. Une crise à laquelle  s’est mêlée la peur du présent, de l’avenir et pour notre avenir.

La peur à chaque instant de devenir victime de l’injustice, de l’indifférence, de l’incompétence des autres  et  du laxisme. D’où la prolifération d’une espèce que nous avons appelée l’«anti-citoyen ». Un être violent,  égoïste, centré sur ses instincts et  doté de mécanismes mentaux destructeurs.

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Un commentaire

  1. Magdy GAAFAR

    21/06/2021 à 08:22

    Je ne sais pas si je dois dire félicitations par ce que c’est très exacte ,mais très triste.
    Vous avez touché le point clé. Tout le monde tourne autour de pot. Mais vous commencez le vrai diagnostic. Beit El Qassid.

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