La Tunisie est passée, en effet, du cinquième au douzième rang mondial des pays producteurs de phosphate, un constat qui donne le vertige et nous pousse à réaliser la gravité de la situation, alors que nos concurrents en tirent largement profit.

Réformer l’économie nationale et redresser les finances publiques passent impérativement par la résolution de la crise de production, notamment celle du phosphate. Avant de procéder le 25 juillet à son coup de passage en force, le Président de la République avait effectué la veille une visite à Gafsa pour inspecter de plus près la situation du bassin minier. Pour lui, c’était un message clair, il n’est pas question de continuer dans cette situation de blocage.

En effet, il semble que le Président de la République ait mis le doigt sur la plaie, depuis les évènements de 2011, personne n’a pu mettre fin à cette hémorragie. Si le constat d’une descente aux enfers est connu de tous, en ce qui concerne la production nationale de phosphate, les causes sont multiples.

Depuis la suspension du parlement et le limogeage du chef du gouvernement, le locataire de Carthage ne cesse de souligner l’extrême importance de la reprise des activités de la Compagnie des phosphates  de Gafsa, faisant de ce dossier une priorité pour le redressement de l’économie nationale.

«Nous étions le deuxième pays exportateur de phosphate, aujourd’hui, nous l’importons. Certains ont paralysé la ligne pour monopoliser le transport du phosphate. Or, le phosphate est la propriété du peuple tunisien. Le gouvernorat de Gafsa a été victime de beaucoup d’injustice et il est temps de reprendre la production», a-t-il laissé entendre récemment en recevant une activiste de cette région.

Sauf que les différents gouvernements qui se sont succédé depuis la révolution ont échoué à remédier à la situation. Kaïs Saïed réussira-t-il là où tout le monde a échoué ? La mission s’annonce extrêmement compliquée pour le Président de la République si on sait qu’en 2020, la production nationale a chuté de 23,3 % par rapport à 2019 et atteint un des niveaux les plus bas depuis 2011, avec seulement 3,144 millions de tonnes contre 3,85 millions en 2012, 8 millions en 2018 et 3,9 millions en 2017.

La Tunisie est passée, en effet, du cinquième au douzième rang mondial des pays producteurs de phosphate, un constat qui donne le vertige et nous pousse à réaliser la dangerosité de la situation, alors que nos concurrents en tirent largement profit. En septembre 2020, le Groupe chimique tunisien (GCT) avait annoncé, pour la première fois, devoir importer d’Algérie près de 40 000 tonnes de phosphate, faute d’une production suffisante à l’échelle nationale.

Pourquoi en sommes-nous arrivés là ?

Crise, blocage, mouvements sociaux, perturbations, grèves, manque à gagner, mauvaise gestion, etc. ce sont les termes qui sont fréquemment utilisés pour expliquer cette situation. Or la situation est bien plus compliquée et ne porte pas uniquement sur des questions de revendications sociales.

Dans son discours après avoir pris le pouvoir, le Chef de l’Etat a adressé une sommation à un principal accusé. Le président Kaïs Saïed a appelé à la reprise immédiate de la production de phosphate et leur transport sans la moindre entrave. Pointant du doigt un principal accusé qui s’est drapé de son immunité parlementaire pour bloquer à sa faveur le transport des produits miniers.

Le Président a affirmé sa détermination à s’attaquer à ces pratiques. En effet, Saïed pointe du doigt un député qu’il n’a pas voulu nommer qui, selon ses dires, s’est approprié le transport du phosphate par ses camions et fait bloquer le transport par chemin de fer. Il a appelé à ce que les sommes indues perçues par ce député reviennent au peuple tunisien. « L’immunité parlementaire ne saurait donner lieu à l’impunité », a averti le Chef de l’Etat.

Au fait, le Président de la République Kaïs Saïed évoque clairement le député Lotfi Ali parmi les grands transporteurs routiers soupçonné d’avoir la mainmise sur le transport du phosphate par camions en appliquant des prix exorbitants. En mai 2019, l’ONG I Watch avait révélé que ce député et homme d’affaires est actionnaire d’un groupement d’entreprises ayant réalisé des bénéfices cumulés de 17 millions de dinars suite à la signature de contrats de transport du phosphate par camions.

Critiqué et accusé d’avoir monopolisé le transport du phosphate en provoquant même des actes de sabotage des voies ferrées, le député refuse toujours de s’exprimer sur ce sujet.

La fameuse ligne 13

En tout cas, la Société nationale des chemins de fer tunisiens (Sncft) a annoncé, vendredi dernier que le trafic des trains transportant du phosphate et des marchandises de nuit sur la fameuse ligne numéro 13 reliant Sfax à Tozeur via Metlaoui a repris son activité.

La Sncft a fait savoir qu’elle a mobilisé un train composé de 20 wagons pour assurer le transport de 1300 tonnes de phosphate entre Métlaoui et Skhira.

Rappelons que depuis la révolution, cette ligne a été paralysée par les sit-in constatés sur les rails pour arrêter les convois de phosphate.

La compagnie a été obligée de choisir le transport terrestre par des camions loués à des privés, et qui coûtent 47% plus chers que le transport ferroviaire.

La société a mis en exergue, dans ce cadre, les efforts fournis par les différentes parties pour garantir la reprise du trafic sur cette ligne considérée comme une artère vitale et stratégique affectant non seulement l’activité de la société et ses revenus, mais aussi l’économie nationale.

Notons que la production de phosphate commercial de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) a atteint 1,27 million de tonnes durant le premier semestre 2021

Charger plus d'articles
Charger plus par Mohamed Khalil JELASSI
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire