Les effets de la pandémie qui perdurent sont en train de porter un coup de grâce à un grand nombre d’unités hôtelières qui peinent à retrouver un semblant d’équilibre, depuis 2011 déjà.

A peine relevé d’une crise qui dure depuis plus de quatre ans, provoquée par une série d’attaques terroristes qui a ciblé, en 2015, une station balnéaire et le plus important musée national, — une soixantaine de personnes ont été tuées, sans compter les blessés —, le secteur touristique est de nouveau confronté à une crise d’un autre type.
« Encore une année sombre », « on ne peut parler de saison touristique », « c’est perdu d’avance »… s’accordent à dire, pessimistes, les hôteliers. La crise sanitaire mondiale vient aggraver un contexte national fragile. Si la Tunisie a multiplié les efforts pour sauver ce qui pourrait l’être, l’épidémie, qui a battu de tristes records en nombre de contaminations et de morts, a compromis définitivement une saison déjà chancelante.
Le pic de la courbe épidémique est enregistré en juillet dernier, les chiffres du mois de juin ne sont pas meilleurs. A ceci s’ajoute la lenteur de la campagne de vaccination qui a eu son lot de conséquences sur l’ensemble de la population et particulièrement sur le personnel du tourisme.
Ces facteurs réunis, il est logiquement prévisible que l’un des plus importants moteurs de croissance soit directement laminé pour la deuxième année consécutive. Les effets de l’épidémie qui perdurent sont en train de porter un coup de grâce à un grand nombre d’unités hôtelières qui peinent à retrouver un semblant d’équilibre depuis 2011 déjà.
D’après les dernières statistiques officielles publiées par le ministère du Tourisme, jusqu’au 10 juillet 2021, une nette baisse est enregistrée de 19,4% des entrées par rapport à l’année dernière, et, de l’ordre de -73,4% par rapport à 2019. Les chiffres indiquent que 1.101.521 touristes sont entrés en Tunisie, répartis entre 512.887 Maghrébins (-40,6%), 351.003 Tunisiens résidant à l’étranger (+24,9%), 200.668 Européens (+8,3%), 427 Chinois (-89,7%) et 36.536 autres nationalités (+9,6%).
Les touristes européens sont principalement composés de 90.295 Français (-17,5%), de 9.903 Allemands (-43,8%) et seulement de 2.197 Anglais (-74,7%). Le marché russe affiche une incroyable santé avec 34.622 touristes (+2284%). Quant aux touristes maghrébins, ils étaient 495.902 Libyens (+10%) et seulement 8.210 Algériens. Une chute vertigineuse de -98% qui a durement pénalisé les recettes touristiques.

Nous ne pouvons parler de saison

Le total des nuitées au 31 mai 2021 a atteint 1.314.563, accusant un repli de 42,9%. Par région, la zone Djerba-Zarzis se taille la part du lion avec 225.624 nuitées, ce qui correspond à -60,2%, suivie de près par TunisCôtes de Carthage, avec 222.248 nuitées (-51,2%), vient ensuite la ville côtière du Sahel, Sousse, avec 181.690 nuitées (-52,9%), et, enfin, la station balnéaire du Cap Bon, Hammamet, avec 174.050 nuitées (-30,3%). Les recettes cumulées ont atteint au 10 juillet la somme de 264,4 millions d’euros depuis le début de l’année.
Le tourisme local a-t-il amorti le choc de cette maigre saison qui touche à sa fin ? A chaque crise, tous les yeux se tournent vers le touriste local dans l’espoir qu’il colmate les brèches. L’on se souvient tous qu’après la série d’attentats qui a frappé la Tunisie entre 2015 et 2016, alors que la quasi-totalité des hôtels avaient déclaré faillite, dont certains sont toujours fermés, ce sont les Tunisiens mais aussi les Algériens qui ont volé au secours d’un secteur moribond. Cette fois-ci, les marchés libyen et algérien, eux aussi paralysés par la fermeture des frontières, décrétée par leurs autorités respectives ont manqué à l’appel.
Joint par La Presse, Jalel Eddine Henchiri, vice-président de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH), apporte des précisions à ce propos. Selon lui, les hôtels sont soumis à un protocole sanitaire qui réduit leur capacité d’accueil de moitié. Alors que d’autres unités moins bien loties ont gardé leurs portes closes. « Certains hôtels n’ont pas ouvert leurs portes, car on sait tous que la machine hôtelière est très lourde. Pour faire fonctionner une unité, il faut engager d’énormes dépenses», détaille le professionnel.

Le tourisme local à la rescousse

Le tourisme local peut-il sauver la saison estivale ? Selon notre interlocuteur, « nous ne pouvons même pas parler d’une saison touristique », tranche-t-il. « Le touriste tunisien couvre trois à quatre semaines par an. Le pic de la crise a été observé entre juin et juillet, avec confinement et couvre-feu, même si des touristes locaux ont passé quelques jours dans des d’hôtels à Djerba, surtout, on ne peut parler de saison cette année », a-t-il regretté. Mondher Hamrouni, gérant d’une agence de voyages à la banlieue nord de Tunis, confirme cette tendance. Le touriste tunisien, même s’il participe à augmenter le taux de réservations, notamment au cours de ce mois d’août, reste méfiant, car ni les conditions sanitaires, ni les événements politiques ne sont faits pour l’encourager à s’éloigner de chez lui et prendre des vacances avec sa famille. « Il y a eu beaucoup d’annulations. Toutefois, nous constatons comme une éclaircie avec l’amélioration de la situation épidémiologique et la stabilité politique observée ces derniers jours. »
Selon M.Hamourni, « le mois d’août s’inscrit sous le signe d’une relative reprise, certains hôtels affichent complet, pour une capacité de 50%. Ils se comptent cependant sur les doigts d’une seule main », a-t-il témoigné, en laissant voir l’étendue des pertes subies par les agences de voyages.

La Tunisie sur la liste rouge

Les indicateurs du suivi de l’épidémie continuent de grimper, le taux d’incidence, de positivité des tests et la présence de variants dont le redoutable Delta… ont incité les pays européens, dont la France, à placer la Tunisie sur la liste rouge. Cette mesure entraîne automatiquement des annulations en cascade par les tour-opérateurs, contraints de déprogrammer la destination. Conséquence directe, très peu de vacanciers européens et étrangers ont eu « le courage » de maintenir leurs vacances sur les côtes tunisiennes. Force est de le reconnaître, le Covid-19 a eu raison d’un secteur vital qui représente 14 % du produit intérieur brut (PIB). Et ce sont des milliers de foyers tunisiens qui vivaient directement ou indirectement du tourisme à avoir basculé dans la précarité.
Malgré tout, le vice-président de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH), M.Henchiri, se veut rassurant. L’amélioration de la situation épidémiologique laisse espérer une arrièresaison florissante. Maintenant que le personnel est vacciné, il faut communiquer de manière ciblée. L’île de Djerba abritera en novembre prochain le sommet de la Francophonie. « Si on parvenait à déclasser Djerba de la liste rouge, on pourrait penser à une arrière-saison qui pourrait amortir les dégâts». Espérons-le !

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