La réticence de plus en plus grande face à la vaccination pourrait se nourrir de la désinformation dans les réseaux sociaux, du manque de confiance dans le système de santé, mais aussi de la pénurie d’agents de santé et des problèmes d’approvisionnement. Toutefois, il s’agit de suppositions fondées jusque-là sur peu d’éléments. 

Alors qu’une nette amélioration de la situation épidémiologique a été observée mais que les risques sanitaires sont toujours de mise, la Tunisie booste sa stratégie nationale de vaccination contre le Covid-19.

Au début, cette stratégie était axée sur la vaccination des personnes vulnérables au vu de la rareté des vaccins disponibles en Tunisie, sauf que progressivement et avec l’élan de solidarité en faveur de la Tunisie nous avons observé une abondance des vaccins. Du coup, les autorités sanitaires ont misé sur les journées de vaccination ouverte aux différentes tranches d’âge. D’ailleurs, même les élèves ont été convoqués pour la vaccination en préparation à la rentrée scolaire fixée le 15 septembre prochain, en dépit des craintes d’une nouvelle vague en automne.

Mais actuellement, cette campagne nationale de vaccination fait face à de nombreuses lacunes mais aussi à certains défis de taille. La réticence des Tunisiens aux vaccins marque en effet l’un des plus gros problèmes de cette campagne.

Durant la pandémie de Covid-19, le pays a fait montre d’une particularité : celle d’être rétif à la vaccination. Si cette défiance n’était pas seulement le symptôme d’une pathologie tunisienne, mais aussi celui des pays riches et avec l’arrivée en masse des vaccins, les Tunisiens se montrent de plus en plus méfiants. S’agit-il de l’effet des rumeurs et des fake news ou est-ce en raison de la fiabilité des vaccins, comment expliquer le constat ?

Par exemple, le ministère de la Santé a annoncé qu’en date du 25 août 2021, seulement 30.529 ont reçu leurs doses sur les 83.228 personnes convoquées. Pendant les journées ouvertes de vaccination, le constat est toujours le même, une grande part des personnes convoquées ne se présente pas.

Jalila Ben Khelil, membre du comité scientifique de lutte contre le coronavirus, a affirmé qu’entre 30% et 40% des convoqués appartenant à la tranche d’âge supérieure à 40 ans sont toujours réticents à la vaccination. Selon les enquêtes, « 24% rejettent la vaccination parce qu’ils étaient déjà contaminés ou avaient autre chose à faire et les plus jeunes ont déclaré qu’ils ignoraient que la journée portes ouvertes leur a été dédiée ».

Outre ces raisons, un ensemble de facteurs pourrait expliquer cette situation, s’accordent les spécialistes.  La réticence de plus en plus grande face à la vaccination pourrait nourrir de la désinformation dans les médias sociaux, du manque de confiance dans le système de santé, mais aussi de la pénurie d’agents de santé et les problèmes d’approvisionnement. Mais il s’agit de suppositions fondées jusque-là sur peu d’éléments.

Sauf que cette réticence et ces faibles taux de vaccination dans certaines délégations exposent la population à des flambées épidémiologiques de grande ampleur, d’autant plus que la Tunisie s’attend à une nouvelle vague en octobre.

Quid des réserves en vaccins ? Le président de la Commission de vaccination, Hechmi Louzir, a indiqué que la Pharmacie centrale de Tunisie dispose actuellement d’un stock de 2,3 millions de doses et que « d’ici septembre prochain, la Tunisie va recevoir 2 millions de doses supplémentaires ».

Dans ces stocks actuels, on dénombre 1,050 million de doses de Pfizer, 620.000 doses d’AstraZeneca et quelque 160.000 doses de Johnson&Johnson. D’ici décembre 2021, la Tunisie espère recevoir 4 millions de doses de Pfizer et 325.000 doses de Johnson&Johnson.

Notons que le nombre d’inscrits sur la plateforme nationale de vaccination  evax.tn s’est, quant à lui, élevé à 5.473.986 dont 2.039.816 sont entièrement vaccinés contre le coronavirus. Parmi  la population entièrement vaccinée, 1.432.054 ont reçu deux doses, 312.688 ont pris une seule dose (vaccin Johnson & Johnson)l et 295.074 ont déjà contracté le Covid-19 et n’ont besoin que d’une seule dose. Ainsi, sur un total de 5.086.071 personnes vaccinées depuis le démarrage de la campagne nationale de vaccination le 13 mars 2021, 3.654.017 ont reçu la première dose et 1.432.054 ont reçu deux doses.

Vers une nouvelle vague ?

Le chargé de diriger le ministère de la Santé, Ali Mrabet, a mis en garde, récemment contre une nouvelle vague de contamination par le coronavirus en automne. Le ministre qui a fait état d’une nette amélioration de la situation épidémiologique dans la mesure où plusieurs indicateurs ont baissé, notamment le nombre de nouveaux décès et contaminations, évoquait la possibilité d’une nouvelle vague de contamination en Tunisie. De ce fait, il incite les Tunisiens à se conformer toujours aux dispositions sanitaires.

Jalila Ben Khelil a déclaré dans ce même sens que la crise épidémiologique est en rétrogression systématique « mais parler de victoire est encore prématuré ».

Et d’ajouter que la crise sanitaire ne s’estompera que lorsque le taux de tests positifs s’abaisse à moins de 5%.

D’ailleurs, le comité scientifique de lutte contre le coronavirus a recommandé mercredi dernier le maintien de la fermeture des passages frontaliers terrestres afin de prévenir le danger de propagation de la pandémie. Une décision qui a fait polémique, notamment en ce qui concerne la fermeture des frontières entre la Tunisie et la Libye. Entre risques sanitaires et menaces sécuritaires, ces frontières et passages frontaliers resteront fermés jusqu’à la mise en place d’un nouveau protocole sanitaire.

Selon le comité scientifique, l’amélioration de la situation pandémique dans le pays nécessite davantage d’application de mesures afin d’éviter l’apparition de cas de contamination par un nouveau variant du coronavirus.

Le ministère de la Santé a imposé des mesures draconiennes dont le confinement obligatoire de 10 jours pour les voyageurs en provenance de l’étranger qui n’ont pas achevé le processus de vaccination, a rappelé Dr. Ben Khelil. L’application de ces mesures est entrée en vigueur depuis ce mercredi au niveau des aéroports et ports maritimes, a-t-elle assuré. Mais au niveau des passages frontaliers terrestres ces mesures ne sont pas encore appliquées étant donné le manque actuellement de moyens, avec l’impératif de transférer des dizaines de milliers de voyageurs vers des espaces de confinement obligatoire, a notamment expliqué la même source.

Vaccination en milieu scolaire

Cette campagne est également marquée par la préparation de la vaccination en milieu éducatif. Le secrétaire général de la Fédération générale de l’enseignement secondaire, Lassâad Yacoubi, avait averti le ministère de l’Education : « La rentrée ne pourrait se faire sans la vaccination de tous les élèves de plus de 12 ans ».

Les autorités ont réagi. Jalila Ben Khalil a confirmé l’intention d’aller vers l’organisation de journées portes ouvertes dans les écoles pour la vaccination, coïncidant avec la rentrée scolaire. Elle a expliqué que la vaccination concerne le cadre éducatif et les élèves de plus de 12 ans après l’accord de leurs parents.

Il faut rappeler aussi qu’une journée de vaccination est prévue ce dimanche pour le groupe d’âge de 40 ans et plus mais aussi pour la tranche d’âge des 15 et 17 ans, qui comprend les élèves et ceux qui suivent une formation professionnelle, ainsi que ceux qui ont abandonné les bancs des écoles, le vaccin Pfizer sera utilisé.

 Photo : Abdelfettah BELAÏD
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