Comme si le paysage politique pouvait supporter plus de tension. L’affaire fait actuellement couler beaucoup d’encre. Rached Ghannouchi a-t-il défié les décisions présidentielles du 25 juillet en poursuivant une activité parlementaire en sa qualité de président de l’Assemblée des représentants du peuple dont les fonctions sont suspendues ? C’est ce qui ressort de sa dernière communication sur sa page Facebook, annonçant avoir participé au congrès  par le biais de deux représentants.


« Le président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Rached Ghannouchi, a reçu une invitation de l’Union interparlementaire (UIP), pour participer à ses travaux et prononcer une allocution à Vienne (Autriche) pendant la période du 06 au 09 septembre 2021, » annonçait, en effet, la page officielle de Ghannouchi. Toujours selon la même source, étant donné les « conditions exceptionnelles que connaît le pays », les députés Oussama Khelifi (Qalb Tounes)

et Fethi Ayadi (Ennahdha) ont été désignés pour le représenter à cette conférence. Une annonce qui a provoqué une polémique et une guerre de déclarations dans la mesure où le président du parlement gelé est allé jusqu’à ignorer les annonces présidentielles en agissant de la sorte.

Pire encore, lors de cette conférence, Oussama Khelifi, président du bloc parlementaire de Qalb Tounès, a tenu des propos qui ont été hautement critiqués, à savoir son appel à une ingérence étrangère dans les affaires tunisiennes. Au cours de cette intervention, le député de Qalb Tounes a, en effet, déclaré que le président du Parlement et son adjoint n’ont pas pu assister à la conférence « en raison de la situation politique », ajoutant que « la Tunisie vit une déviation institutionnelle et légale dangereuse ». Et d’appeler l’Union interparlementaire à constituer une équipe de parlementaires représentant différents pays pour effectuer une visite de terrain en Tunisie dans les meilleurs délais afin de suivre de près la crise parlementaire et politique que traverse actuellement le pays.

Démission au sein de Qalb Tounès

Ces déclarations passent très mal même au sein de Qalb Tounès. C’est dans ce sens que le député Foued Thameur a annoncé, sur sa page Facebook à soumis son sa démission de Qalb Tounes compte tenu des déclarations d’Oussema Khelifi, qui ne « le représentent pas ».

Rappelant que l’ingérence étrangère dans la vie politique tunisienne est une ligne rouge, et que sa décision est irréversible. Dans ce post, il dénonce, effectivement, un « appel du président du bloc du parti, Oussama Khelifi, à une ingérence étrangère dans les affaires intérieures de la Tunisie ».

Pour se justifier face à cette polémique grandissante, le porte-parole du mouvement Ennahdha, Fathi Ayedi, a, quant à lui, expliqué avoir « défendu la Tunisie » en clarifiant « l’état des lieux, ce qui n’est point une infraction ».

Sauf que ces éclaircissements n’ont pas fait taire la grande polémique provoquée par la décision de Rached Ghannouchi et les déclarations de Oussama Khelifi. A en croire l’expert en droit constitutionnel Rabeh Kheraifi, le président de l’ARP a « désobéi aux ordres du Chef de l’Etat en ne respectant pas la décision de gel des activités du parlement ».  Il a dans ce sens expliqué que les trois pourraient être traduits en justice en vertu de l’article 315 du Code pénal et que le parquet est habilité à les poursuivre sur la base de cet article.

Des avis divergents

Le député indépendant gelé Mabrouk Korchid s’est également exprimé au sujet de cette affaire. Il a estimé qu’indépendamment des agissements de Rached Ghannouchi, la convocation formulée par l’Union interparlementaire (UIP) prouve qu’elle ne reconnaît pas les décisions de gel du parlement. « Le fait qu’il ait délégué le député Oussama Khelifi pour prononcer son allocution signifie seulement que l’Union ne reconnaît pas la décision de suspension », a-t-il écrit.

La députée au sein du parlement gelé Lilia Belil est d’un autre avis. Prenant la parole sur sa page Facebook, elle a affirmé qu’elle a décliné une invitation pour représenter Ghannouchi à cette occasion en signe de respect aux décisions présidentielles. « J’ai décliné cette invitation car je respecte parfaitement les décisions du président de la République mais aussi la volonté du peuple », a-t-elle tenu à clarifier.

En tout cas, la réaction du Président de la République se fait attendre, d’autant plus que ces derniers rebondissements font croire en effet que Rached Ghannouchi vise à aller jusqu’au bout de son bras de fer engagé avec le chef de l’Etat. Désormais, c’est une nouvelle stratégie qu’il mobilise, celle de la désobéissance. 

Notons que la conférence mondiale des présidents des parlements est coorganisée par le Parlement autrichien, l’Union interparlementaire et les Nations unies à Vienne, autour notamment de la gouvernance et du rôle des parlements dans le renforcement des libertés.

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